Le chef Dominique Gauthier, fin gastronome du Chat-Botté

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Dominique Gauthier et son équipe réinvestissent le Chat-Botté après un lifting complet. La semaine passée, il dévoilait les tons ivoire et taupe du restaurant gastronomique du Beau-Rivage. Parmi les nouveautés, un pavillon-tonnelle exécuté sur mesure qui permet au chef sommelier de choisir ses vins ouverts. C’est d’ailleurs avec ce dernier, Vincent Debergé, qu’en cuisine, Dominique Gauthier intensifie sa collaboration pour obtenir des accords plus poussés histoire d’émoustiller les papilles gustatives. Rencontre avec cet originaire de la Côte Saint-André, le village natal d’Hector Berlioz, autour de trois plats aux saveurs automnales. Lire la suite

Carmen Chaplin : sur les traces de son grand-père

Actrice, réalisatrice et petite fille de Charlot, Carmen Chaplin rembobine la pellicule en noir et blanc et parle de ses soeurs, de ses parents et de sa tante Géraldine.

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Sur la terrasse ensoleillée du Four Seasons Hotel des Bergues, à Genève, Carmen Chaplin se sert un verre d’Evian. Dans quarante cinq minutes, l’égérie de Jaeger-LeCoultre venue tout droit de Londres coupera le ruban de la nouvelle boutique flagship.

Quel souvenir gardez-vous de votre grand-père Charlie Chaplin ?

Nous habitions dans le sud de la France dans une ferme et mon grand-père vivait en Suisse dans un manoir avec un majordome. Les enfants dinaient séparés des adultes dans un salon annexe. J’ai gardé le souvenir d’une ambiance cérémoniale. Mon père a eu une relation tourmentée avec lui donc il nous en parlait peu. Mais je sais, par exemple, qu’il passait des heures dans son bain ce qui m’a conforté puisque j’aime aussi me couper du monde pour laisser libre court à mon inspiration.

Aimez-vous son cinéma ?

Enfant, j’ai d’abord aimé ses films avant d’aimer l’homme. « Un roi à New York » reste mon préféré car mon père y tient un rôle. « Les Temps modernes » m’émeut à chaque fois que je le vois. J’attends que ma fille grandisse pour lui faire découvrir cette filmographie sur grand écran accompagnée idéalement d’un orchestre.

Vous passez derrière la caméra. Une manière de lui rendre hommage ?

Ce serait écrasant d’essayer de lui ressembler. J’ai dirigé ma sœur Dolores dans mon premier court métrage et lui écris actuellement un rôle pour mon prochain film. Ma mère et ma fille m’accompagne aussi dans « A time for everything » qui rend hommage aux 180 ans de Jaeger-LeCoultre. J’espère réaliser un jour un clip pour ma sœur cadette, Kathleen, qui évolue dans la chanson.

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Il y a sept ans, à Cannes, on vous avait vu les trois sœurs émues sur scène lors de la remise d’un prix. Quel souvenir gardez-vous de ce moment ?

Nous avions eu peur de Jeanne Moreau durant les répétitions qui criait dans le micro : « Alors, on y va les petites ! » Lors de la cérémonie, je tenais la main de Kathleen. Elle est discrète et exhibitionniste à la fois mais à ce moment nous étions toutes pétrifiées.

Dans la famille, vous comptez aussi sur une actrice hors pair, Géraldine Chaplin…

Ma tante est une femme lumineuse. Avec Dolores, nous étions en pension en Espagne et passions nos fins de semaine chez elle, à Madrid. Nous avions treize et quatorze ans et prenions de longs petits déjeuners ensemble. Nous avons toujours préservé cette complicité.

Que souhaitez-vous transmettre à votre fille ?

Nous avons reçu une éducation libre de nos parents qui nous ont toujours fait confiance. Nous avons suivi une scolarité dans une région rurale du sud de la France. Ma fille, qui va sur ses trois ans, aime l’école ce qui n’était pas mon cas. J’ai toujours été anticonformiste, je rejette les moules dans lesquels on doit entrer. Je lui souhaite de trouver son identité dès son plus jeune âge. J’espère pouvoir transmettre cela à ma fille et devenir sa confidente.

Art Basel 2015 : les 12 grappes de la raison de Hubert Le Gall

images © Wolf Mike

L’artiste lyonnais célèbre le vignoble champenois et signe un calendrier en verre soufflé pour la maison Ruinart, partenaire officiel de la foire Art Basel. Chacune de ses 12 sculptures raconte un mois de la vigne où le labeur de l’homme s’entremêle à l’évolution de la nature. En ressort le chardonnay, cépage iconique de ces bulles dorées. On rencontre le designer, artiste mais aussi scénographe le mardi matin au lounge VIP, alors que l’accès à la foire est encore réservée aux membres First Choice. Dans un bac, une bouteille glacée de Ruinart Blanc de Blancs transpire, allongée comme une sirène lancinante des vignes. « Darling, il n’est que 11 heures du matin », me susurre la Raison.

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images © Wolf Mike

Hubert Le Gall, aviez-vous déjà travaillé le verre soufflé ?

Oui pour des accessoires comme des poignées de commodes mais jamais en tant qu’œuvre d’art. Ce projet m’a permis de dégager du temps et de ralentir ma dynamique personnelle pour travailler cette matière que je ne maitrise pas. J’ai séjourné à plusieurs reprises à Murano où j’ai mené à bien cette réalisation au Studio Berengo.

A quel moment l’artiste cède-t-il le pas au maître verrier?

Le travail de communication se fait en amont avec une base dessinée en guise de référence. Sur place, je tenais le rôle de spectateur même si je restais derrière la main du maître verrier pour le diriger au moment des ultimes détails. Avec le verre soufflé, il faut impérativement connaître dès le départ la direction à prendre. Une fois le projet lancé, on ne peut plus faire marche arrière puisque la pièce est créée en fonction de son point final.

Le verre de Murano est célèbre car marqué par la main de l’homme, est-ce une métaphore du travail du vignoble ?

Chaque pièce raconte un moment de la vigne, un mois. En hiver, elle sommeille mais dès le printemps, l’homme travaille la sève, taille les grappes. Le rapport de l’homme à la nature devait se ressentir dans ce travail.

Lors du dîner Ruinart au château de Bottmingen avec Hubert Le Gall. images © Wolf Mike
Lors du dîner Ruinart au château de Bottmingen avec Hubert Le Gall. images © Wolf Mike

En plus de dessiner du mobilier, vous êtes aussi scénographe. Une manière d’aborder un art total ?

La scénographie est arrivée sur le tard. Mes clients m’ont proposé de décorer leur appartement et d’intégrer selon mon goût le mobilier que je leurs dessinais mais cela ne m’intéressait pas. Par contre, l’idée de valoriser le travail d’autrui pour une exposition dans un musée m’a tout de suite motivée. En plus du dialogue avec le commissaire, je mêle ma culture générale à ma sensibilité.

On reconnaît votre scénographie à la couleur. Où puisez-vous votre inspiration ?

J’ai effectivement osé intégrer une palette colorée dans les expositions. Le choix de ces tonalités est intuitif et nuancé. Je ressens des émotions qui me dirigent vers le chaud ou le froid. J’ai mis en scène l’exposition actuelle « Pierre Bonnard. Peindre l’Arcadie » au musée d’Orsay, il y a du bleu et des couleurs vives mais toujours en respect avec le travail de l’artiste.

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Frédéric Dufour, President & CEO de Ruinart (à gauche) avec Hubert Le Gall images © Wolf Mike

Olivier Krug, ambassadeur de la permanence rémoise

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Krug incarne la Rolls Royce du champagne. Sixième génération de la famille rémoise, Olivier Krug est le gardien de cette maison membre de la galaxie LVMH qui, malgré sa réputation mondiale, préserve une fabrication artisanale. On l’a rencontré dans un salon de l’hôtel Zoo Berlin en avril dernier. La veille, Jacky Terrasson, le célèbre pianiste de jazz, se produisait en showcase privé lors d’un dîner very VIP et bien arrosé.

La musique…

Comme nous sommes aussi un peu des artistes, la maison s’est associée avec le pianiste de jazz Jacky Terrasson pour 7 concerts donnés un peu partout dans le monde. En Asie, en Europe et aux Etats-Unis. Il faut dire que déjà mon grand-père possédait un salon de musique dans lequel il accueillait des concerts. C’est une manière de poursuivre une passion familiale. A Reims, nous avons reçu dernièrement The Dø avec lesquels nous avons passé la journée dans les caves et les vignes.

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L’héritage…

Je suis l’ainé de ma fratrie. Je me souviens, enfant, je voulais déjà ressembler à mon père. J’ai un paquet de madeleines de Proust : les odeurs, les vignes, les mots de vocabulaire bizarre que les vignerons utilisaient entre eux. Quand j’avais six ans, mon père rejoignait à 5h du matin les pressoirs pour vérifier la qualité des raisins. Je l’accompagnais. Jusqu’en 1996, il y avait aussi mon grand-père. Aujourd’hui, nous avons établi une coalition parfaite avec LVMH : je ne suis pas chez moi mais on me demande de faire comme si je l’étais. Je tiens le rôle énorme d’ambassadeur de la marque.

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La succession…

Je n’impose rien à mes enfants. Je les sais connectés aux réseaux sociaux. Ils suivent les soirées que nous organisons aux quatre coins du monde. Je les emmène aux vendanges sans jamais forcer celui qui ne veut pas.

Le savoir…

Pour réaliser l’assemblage de la Grande Cuvée, nous compilons 400 vins. 150 de réserve qui sommeillent parfois jusqu’à quinze ans et 250 de l’année que nous avons choisis en comité de dégustation. Notre comité compte sept personnes, je suis le membre le plus ancien. Nous nous regroupons autour d’Eric Lebel, notre chef de cave. Le comité de dégustation se réunit environ 80 fois dans l’année. A la fin du processus, avec le vieillissement en flacon, une Grande Cuvée contient plus de vingt ans de vins.

Maurice HENNESSY, gentilhomme voyageur

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Pour célébrer les 250 bougies d’une aventure extraordinaire partagée par huit générations, la maison basée à Cognac lance cette année le Hennessy 250 Collector Blend avec en prime un tour du monde promotionnel pour Maurice Hennessy. Rencontré sur la terrasse du Grand Hotel Kempinski à Genève, le digne représentant d’une famille chargée d’histoire vogue dans le sillage des glorieux ainés de la famille. Il lève le voile sur ses ancêtres connus comme étant des pionniers globe-trotters.

L’ivresse du voyage touchait-elle déjà vos ancêtres?

Mon arrière grand-père fendait mers et océans pour rejoindre l’Australie et l’Asie. Il se chargeait de la promotion de notre cognac qu’il transportait dans les cales et profitait de ces voyages pour ramener des juments de course.

Votre grand-père, de son côté, appréciait les flâneries colorées en avion…

A l’époque de la première guerre mondiale, les avions étaient peu hermétiques. Les températures baissent drastiquement avec l’altitude. Alors qu’il apprenait à piloter, il a été victime d’une pneumonie qui lui a valu la perte d’un œil et d’un poumon. Par la suite, il a parcouru l’Amérique du Sud puis l’Afrique. Une fois, n’ayant plus de nouvelles de lui durant deux semaines, ses proches ont fait fouiller le Sahara alors qu’il avait décidé d’atterrir à mi-chemin pour rendre visite à l’un de ses clients. En Europe, il volait de Cognac à Paris avec ma grand-mère à ses côtés. Elle lui lisait la carte.

Votre premier émoi en tant qu’apprenti aventurier ?

J’ai passé ma jeunesse à Cognac, au milieu des vignes. Enfant, je me faisais casser la figure comme tous les autres mais à la maison, j’étais un petit prince. La vie en Europe durant les Trente Glorieuses était si facile que j’ai ressenti le besoin d’être utile. J’ai filé en Afrique de l’Ouest, dans l’actuel Burkina Faso, où j’ai travaillé pour l’association humanitaire Frères des Hommes. J’y ai découvert une population intelligente, généreuse, c’est aussi la première fois que je voyais les Peuls. J’ai fait des études d’agricultures donc sur place j’ai mis la main dans la terre comme les autres. Une expérience qui permet de revenir plus fort.

L’anniversaire des 250 ans aura lieu aux quatre coins du monde, serez vous de la partie ?

J’ai atterri ce matin même de Bordeaux et m’envole après cette escale genevoise pour Saigon, Hong Kong, Macao, New York, Boston, Chicago. Après je rentre au bercail. C’en est déjà trop pour mon épouse.

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