Ballet aérien à Londres entre la poire, l’art et le fromage

 

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De Mary Quant à Tim Walker en passant par un «old fashioned» high tea time et un cookie au chocolat surmonté d’un stilton corsé. De bleu! Voici une virée 100% Brexit free.

Fan de la série «The Crown» et en possession de £140, billets trouvés dans une vieille chaussette après un rangement dicté par la prêtresse japonaise Marie Kondo, je m’envole pour Londres. Je chéris depuis des mois le secret de vivre le Brexit depuis l’intérieur. Sauf que voilà, tout d’abord programmé au 31 octobre 2019, ce saut britannique dans le grand vide a été repoussé aux calendes grecques (voire fin janvier 2020). Adieu vertige. Qu’importe, la liste de musées à visiter est longue comme le bras. Et cherry on the cake, j’ai l’honneur de tester en personne un nouveau concept pour le voyageur de notre compagnie nationale : the SWISS Personal Airport Service, idéal pour des allers retours lors des journée toujours plus courtes.

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L’un des plus ? Les files d’attente deviennent un mauvais souvenir. J’ai donc rendez-vous à 6h50 du matin (pour un vol prévu à 7h20!) dans un salon privé. Un earl grey et hop, je saute tout de go dans l’arrière d’une limousine pour un transfert direct au pied de l’avion. Tandis que l’on roule sur le tarmac, je pense à cet épisode de la saison 3 de Crown où la princesse Margaret est accueillie sur le tarmac par sa sœur ainée, la reine Elizabeth II en personne. Ce matin c’est same same : la reine en moins, l’accent suisse alémanique de l’hôtesse tirée à quatre épingles en plus.

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Nous sommes à Londres. Exit pour l’instant les crêpages de chignons, les froufrous et le décorum poussiéreux de Buckingham Palace ou de Westminster. En guise de première halte, on fonce swinguer au Victoria & Albert Museum.

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Dans l’aile Ouest du musée sont exposés, jusqu’au 16 février 2020, les vêtements de Mary Quant. La créatrice, figure iconique des années 60 à Londres, habillait la jeunesse d’après-guerre. C’est elle qui a créé un style nouveau facile à porter avec des matières comme le jersey, qui se froissent si peu que la femme peut enfin sauter la case repassage. Lignes tirées au cordeau, mini jupes qui dévoilent les genoux, Mary Quant ose tout. Mères de famille, artistes ou intello-arty, tout ce beau monde se bouscule au portillon. Ses modèles affichent les coupes garçonnes et une silhouette longiligne. On pense au mannequin Twiggy (mon surnom depuis mes 13 ans à cause des chips Twiglets). Le voilà le canon de beauté du Swinging London.

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Dans l’aile Est du Victoria & Albert Museum, une rétrospective célèbre le génie créatif – pour ne pas dire complètement barré – de Tim Walker. Jusqu’au 8 mars, on plonge dans l’univers de ce photographe de mode. Que ne donnerai-je pas pour visiter son cerveau! Il intègre le monde vitaminé d’une Alice au pays des merveilles qu’il saupoudre de monstres tout droit sortis d’un tableau de Jérôme Bosch. Ce magicien originaire de Grande-Bretagne s’imprègne (sous acide?) du bestiaire animalier des peintres du Moyen Âge.

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Il invite la chanteuse Beth Ditto ou l’actrice Tilda Swinton à prendre la pose dans son monde fantastique. Si j’étais dans le showbiz, je lui ferai réaliser des épisodes de «l’Incroyable famille Kardashian» en plein milieu des salons austères de Buckingham Palace: «Kylie, darling, let’s pimp the queen», lâcherait la matrone Kris Jenner rehaussée d’une perruque rose fluo.

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C’est justement au cœur de ce Londres légendaire, à proximité de Sa Majesté, que je m’arrête pour le high tea time. The Lanesborough hotel, sous la gestion de Oetker Collection, a été élu une deuxième année consécutive «meilleur hôtel de la ville» par le prestigieux magazine Travel + Leisure. La construction de la demeure remonte à 1719.

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Bâtie pour James Lane, le dernier vicomte de Lanesborough, elle sera transformée ensuite un hôpital. Inauguré en 2015, ce cinq étoiles possèderait une entrée privée pour la reine Elizabeth II! Ici, tous clients sont secondés par leur majordome. Dans cette ambiance «Downton Abbey», chaque mobilier, bronze, sculpture, tenture, lustre ou porcelaine, chiné probablement chez un antiquaire, se marie à la foisonnante collection de tableaux du XVIIeet XVIIIesiècle où se succèdent paysages bucoliques et portraits de Lords.

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Cette reconstitution à l’ancienne apporte une touche aristocratique au palace post-victorien lové entre Knightsbridge et les jardins du palais royal. Blottie dans l’un des salons, je savoure, un brin impressionnée, des scones flanqués de leur whipped cream après une déclinaison d’agapes salées.

Le concierge – qui aura la gentillesse de me changer mes £140 de vieilles notes refusées de partout – me conseille la Maison Apsley située en face de l’hôtel. La demeure construite en 1778 a appartenu au Duc de Wellington à la fin de sa carrière militaire.

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Transformée en musée, elle donne un aperçu de la vie quotidienne de la noblesse londonienne de l’époque. A noter, la salle entièrement dédiée au vaisselier du Duc. Il l’aurait reçu des cours d’Europe après sa victoire historique sur Napoléon à Waterloo en 1815 :

– Congratulations, you saved our honor ! (Tiens Mimi, refourgue-lui la batterie de casseroles de ta mère), aurait pu dire un monarque.

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On quitte alors l’atmosphère old fashioned des canapés de velours pour rejoindre le Corinthia Hôtel. Ici, on craque pour son spa multiprimé. Il est l’un des plus spacieux de la City. Ses salles de soin, la piscine intérieure, le sauna et le hammam s’étalent sur plusieurs étages, le tout dans une ambiance tamisée avec feu de cheminée et marbre noir.

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Comme je me suis remise sur Instagram, après six mois de détox, je reconnais le torse musclé et humide de Jeremy Jauncey, le fondateur du blog «Beautiful Destinations», ambassadeur de WWF (et accessoirement homme le plus canon de la planète). Un peu plus tard, je croise dans les couloirs de l’hôtel l’acteur Jeff Goldblum. «Il fait la promotion de son nouvel album de jazz», expliquera son coiffeur dans l’ascenseur avant de rejoindre une grappe de journalistes. Vous le croirez ou pas, Jeff m’a lâchée un sourire.

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Toujours au Corinthia, j’ai rendez-vous avec Tom Kerridge. Le chef multi-étoilé et ancien obèse (c’est lui qui le dit) base sa cuisine sur le concept «comment manger sainement», vaste programme. La recette est pourtant simple et ça marche. Il perd 50 kilos grâce à ses préparations culinaires qu’il publie dans une série de livres. Avec son épouse Beth, il possède déjà un pub doublement étoilé «The Hand & Flowers» à Marlow, à l’Ouest de Londres. Des écrans de télévision diffusent les matchs, tandis qu’on s’empiffre de tartes aux cailles ou de moules marinières à la bière et au pain bis.

Au Kerridge’s Bar & Grill, il met à l’honneur la cuisine britannique comme le fish & chips. Pari gagnant. Dans la salle du restaurant, la rôtisserie exhale une odeur à vouloir lécher l’air. Les portions se veulent gigantesques et l’ambiance conviviale. Quid de la tradition dominicale? Le roastbeef et le Yorkshire pudding en dessert.

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Ce même soir, deux places de rêve pour le Royal Opera Ballet, à Covent Garden, me propulsent dans «Manon», le ballet classique inspiré du roman de l’Abbé Prévost. Kenneth MacMillan, ancien danseur et chorégraphe d’une quarantaine de ballets, sublime le pas de deux entre les protagonistes Manon Lescaux et Des Grieux. Il leur insuffle une touche moderne et dramatique. On se pince. Standing ovationfinale parfaitement méritée.

Manon 05/10/14, Copyright 2014 ROH. Photographed by Alice Pennefather
Manon 05/10/14, Copyright 2014 ROH. Photographed by Alice Pennefather

Le lendemain, entre l’exposition de William Blake à la Tate, celle d’Olafur Eliasson à la Tate Modern et surtout avant de reprendre l’avion, découverte d’une nouvelle adresse: le Pick & Cheese. Ce bar à fromages se tient au cœur du marché Seven Dials. La recette est simple : un train-train d’assiettes défilent sur un tapis roulant – comptez entre £2.95 et £6.10 la portion, une gageure pour Londres.

En bonne Suissesse (ciel il y a 5 «s»), et ce malgré quelques suspicions, je me dois de goûter les fromages de la perfide Albion. On m’assure que Mathew Carver, le propriétaire des lieux les choisit auprès des meilleurs producteurs du terroir. L’originalité se cache dans la témérité. Qui oserait marier un stilton – leur bleu local – à un cookie au chocolat? Un gâteau Eccles (Eccles cake) fourré aux raisins de Corinthe avec un morceau de Kirkham’s Lancashire, ce fromage de vache au lait cru.Qui l’eût cru? Les goûts explosent en bouche, la surprise est sublime. Mais n’en faisons pas un fromage…

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Madrid : muse de Pedro Almodóvar

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« Douleur et Gloire », actuellement sur les écrans en Espagne et en Suisse, concourait la semaine dernière pour la Palme d’or, la récompense suprême décernée par le jury au Festival de Cannes. Président de ce même jury en 2017, Pedro Almodóvar aborde ici un drame autobiographique porté à l’écran par Antonio Banderas, salué par un prix d’interprétation mérité, et Penélope Cruz. Le film, très référencé à ses dernières années solitaires, s’est tourné en partie à Madrid, cette actrice et muse du cinéaste et plus particulièrement dans son propre appartement : « Les meubles de la cuisine et le reste du mobilier sont les miens », raconte-t-il dans le dossier de presse. « Il en va de même pour les tableaux accrochés aux murs. »

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Cet oiseau de nuit et icône de la movida si chère aux années 1980 a marqué de sa présence la capitale espagnole à l’instar d’un Woody Allen avec Manhattan. Ainsi, le parcours des bus touristiques une fois terminé, les musées Thyssen-Bornemisza, le Prado et le Reina Sofía passés au peigne fin, on pose un regard nouveau sur cette ville que l’on retrouve, en perpétuel lifting, dans sa filmographie. Lire la suite

Marrakech : le safran et le nouveau musée Yves Saint Laurent

3) Yves Saint Laurent. Place Djemaa El Fna. © Reginald Gray

Au coeur de la ville des Rois, sur la place Jemaa el Fna, les clameurs des charmeurs de cobra, des porteurs d’eau, des tatoueuses de henné et vendeurs d’escargots se mêlent au cliquetis des calèches. Voici le Marrakech de Saint Laurent – immortalisé ici par le portraitiste Reginald Gray – qu’il découvre en 1966. Ville où il aimera se reposer par la suite après chaque défilé. Lire la suite

Palerme : Visconti,Verdi et les spaghetti à la sicilienne

Direction le chef lieu de la Sicile pour deux jours riches en opéra, soleil et églises. Un week-end 100% gluten flanqué d’une bonne rasade de vin volcanique.

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La première règle de survie en débarquant à Palerme ? Maitriser son coup de hanche pour esquiver les scooters qui zigzaguent en vieille ville et ne pas avoir honte de leur hurler (sur un ton très contrarié) : « Mamma Mia ! Spaghetti, tortellini ! » Lire la suite