Liu Bolin : l’homme invisible d’Artbasel

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-Mais enfin, il est où cet artiste?

-Il se fond sûrement dans le décor, peut être même derrière ces bouteilles.

-Il faudrait prévenir les organisateurs que j’ai un pacemaker, je ne réagis pas bien aux surprises.

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Il y a trois mois, j’avais fait le trajet pour Reims avec d’autres représentants de la presse internationale afin de découvrir la carte blanche confiée à Liu Bolin par Ruinart. Dans les huit kilomètres de dédales de la crayère, nous jouions déjà au jeu du chat et de la souris avec l’artiste chinois, ce big king du camouflage. Aujourd’hui, nous le guettons à la foire d’Artbasel. Au dernier étage, se tient, comme chaque année, le cocktail de la Maison de Champagne.

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Sage de ses trois cent ans d’existence, ce fidèle sponsor de la manifestation bâloise donne la parole aux artistes contemporains pour valoriser ses bulles. Cette amitié artistique a commencé avec le Tchèque Alphonse Mucha qui fut l’un des premiers à collaborer dès 1896 avec Ruinart.

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Le Chinois fera un clin d’oeil à cette première collaboration en disparaissant parmi les lignes serpentines de cette affiche. De quoi provoquer un enthousiasme auprès des descendants de la figure dominante de l’art nouveau comme le raconte amusé Frédéric Dufour, le président de la marque : « Ils sont fans de Liu Bolin et ont adoré cet hommage rendu à leur ancêtre»

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Après les artistes Georgia Russell, Erwin Olaf ou encore Jaume Plensa, Liu et son équipe passent dix jours en résidence à Reims au cours de l’été 2017. Ils réalisent une série de prises de vue dans les vignes infinies où le modèle se confrontera aux températures élevées de l’été : « J’avais d’incessantes gouttes de sueur qui perlaient mon front recouvert de peinture acrylique durant tout le shooting », se rappelle Liu.

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Les photos prises dans la crayère posent, quant à elles, le problème de l’humidité avec l’impossibilité de sécher la peinture. « Il a fallu acheter des sèche-cheveux pour accélérer le processus», rajoute-t-il.

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Il pose aussi devant les reflets et volumes cubiques orangés des gyropalettes ou encore dans la grise et métallique ligne de dégorgement. Liu Bolin, pour ce travail, se confond dans le décor et met en scène les petites mains de la maison, les invitant à s’immiscer dans l’image, toujours à la première place.

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Une expérience unique pour Olivier Mousset, conducteur régleur en dégorgement qui a eu la chance de poser avec l’artiste chinois : « On m’a demandé d’acheter des habits et une paire de chaussures sans me donner plus de précisions. Le jour de la photo, on nous a positionné à un endroit délimité par du scotch pour figer le cadre.

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Les peintres travaillent in situ et déjà en amont sur les vêtements. C’est ensuite seulement que l’artiste et ses acolytes rejoignent le set. Une fois vêtus et placés ils ne bougeront plus durant tout le processus de peinture et du shooting qui dure généralement plus d’une heure.

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Fichtre mais que fait-on immobile pendant une heure ? « Mon travail a une approche spirituelle et philosophique. Je me mets moi-même dans un état méditatif le temps qu’on me peigne», explique Liu.

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L’artiste protéiforme chinois cumule les casquettes de sculpteur, performeur et photographe. Il en rit lui même : « je ne sais pas qui je suis ! ». L’homme, qui évoque Picasso, et Bacon comme premières sources d’inspiration, a commencé son travail en se rendant invisible sur des lieux historiques, des ruines, des chantiers ou encore devant des rayons de supermarchés comme celui des nouilles instantanées, l’occasion de rappeler la négligence de la sécurité alimentaire, puisque ces dernières contenaient des phosphores nocifs.

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L’homme invisible révèle en somme la confusion actuelle des Chinois face à l’avancée  technique et économique du pays qui préfère cibler le collectif en laissant derrière l’individu. Un artiste controversé dans son pays ? Que nenni. Il le répètera à plusieurs reprises : « à aucun moment on m’a pointé du doigt une direction artistique à prendre. On me laisse une totale liberté d’action. » Etudiant aux Beaux-Arts à Pékin, il y vit encore. D’ailleurs, il se défend d’être un artiste et non un politicien : « au public d’interpréter librement les messages de mes œuvres ».

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L’artiste a déjà collaboré avec d’autres marques à l’instar de Guerlain, Valentino ou Moncler. Résultat ? Un shooting en Islande, sous le regard affuté de la photographe Annie Leibovitz, où le performeur givre dans la neige d’un glacier, en doudoune forcément. Liu, qui s’exprime en chinois, même s’il comprend et parle parfaitement l’anglais, revient sur ce voyage et sur ces collaborations: « Je n’aurais pas pu produire cette photo sur un iceberg sans l’infrastructure, le support et l’aide de Moncler.»

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Avec Ruinart, il s’agit d’une porte ouverte qui lui permet de coupler la découverte de la culture du champagne et de ses différentes étapes de production. « Les vignobles français sont de plus en plus appréciés en Chine et cette Maison possède une longue histoire, un patrimoine et travaille à échelle humaine avec un savoir-faire artisanal. »

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Durant un an, Ruinart lui procure une forte visibilité puisque la Maison est partenaire d’une trentaine de foires d’art contemporain. Ils se déplaceront avec Liu dans les plus importantes à l’instar de Frieze, Artbasel, la Fiac, Paris Photo ou encore Artbasel Miami qui clôture la série. A l’issue de cette année, les photos rejoindront la collection de Ruinart à Reims. Ah oui ? Mais quid des habits peints sur les shootings ? « Je garde tout. Cette collection sera peut être le sujet d’une exposition. » Alors, to be continued.

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Les chapelles arty de Saint-Paul-de-Vence

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Là, rien à dire. C’est l’escapade idéale, entre terre et mer, où l’on se sent aussi bienheureux qu’un cabillaud côtoyant son lomo ibérique croquant. Concrètement, au départ de Genève, après les 50 minutes d’un vol au dresscode résolument orange pour Nice, il ne reste que 30 minutes de voiture avant de poser ses valises dans les hauteurs de Vence, au Château Saint-Martin & Spa. Ce timing fiche les frissons, non? Rien que de l’écrire, j’en ai la chair de poule.

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En 48 heures, on aura le temps de visiter les environs, de s’injecter une dose d’art et de culture en intraveineuse mais aussi de se faire dorloter lors d’un soin d’une heure, enrichi à l’Eau de Caviar avec la marque Suisse, La Prairie, qui a jeté son dévolu sur le Spa creusé à flanc de falaise.

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On pourra même clore le dernier Amélie Nothomb et crier « Jeu, set et maaaaatch ! » sur l’un des deux courts de tennis de l’hôtel avant un dîner étoilé.

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Donc pas de temps à perdre, on commence la visite par le deuxième village le plus visité de France avec 2 millions de touristes par an. Ici, à Saint-Paul-de-Vence, pour 3600 habitants, on compte une quarantaine de galeries.

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Cette cité des arts perchée sur une colline domine la campagne et la mer et devient un musée à ciel ouvert avec en prime cette année une biennale internationale. Au début du siècle passé, l’arrivée du trammway qui reliait la côte à cette région a permis aux peintres de quitter la côte d’azur. Ils découvrent un arrière-pays riche en couleur et senteurs (on y respire le jasmin, la violette et la rose) mais aussi une lumière unique pour la peinture.

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Ces artistes se retrouvent le soir au Robinson, une guinguette devenue depuis la Colombe d’Or. Les propriétaires, la famille Roux, achètent les toiles de ceux qui deviendront plus tard des grands maîtres : Braque, Léger ou encore … Matisse en guise… de quelques… pastis (je dis ça mais je n’en sais rien. Reste que la rime marche).

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Les acteurs qui tournent dans les studios La Victorine à Nice s’arrêtent aussi ici pour une partie de pétanques avant de monter les marches des premières éditions du Festival de Cannes. Yves Montand tombe raide dingue de Simone Signoret et l’épouse en 1951. En nouvel enfant du pays, le voilà titillant le cochonet avec Lino Ventura, Roger Moore ou Paul Belmondo. Le comédien fera des vers avec Prévert sans en avoir l’air (dis donc, d’humeur poète, moi…)

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Marc Chagall vivra dans ce village les 20 dernières années de sa vie. On l’imagine sur une terrasse à midi, accompagnant son ballon de rosé d’une pissaladière ou d’une socca, cette galette fine à base de farine de pois chiche avant de mourir à 97 dans son atelier qui, hélas, ne se visite pas.

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On grimpe les ruelles pavées pour rejoindre les hauteurs du village fortifié. Jean-Michel Folon, autre protagoniste de la scène artistique internationale, a habillé de ses toiles et de ses sculptures la chapelle des Pénitents Blancs. Le point d’orgue ? Sa mosaïque qui a demandé 9000 heures de travail pour un puzzle de plus de un million de pièces en pâte de verre émaillé.

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La guide me précise qu’en France on connaissait cet artiste belge principalement pour ses « hommes volants », qui accompagnait les génériques d’ouverture et de fermeture d’Antenne 2 de 1975 à 1983. Sorry… à cette époque, j’avais permission de veiller jusqu’à 19h30.

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A une quinzaine de minutes à pied (ou à 20 euros en taxi): la Fondation Maeght. L’audioguide explique qu’à la mort de leur fils, le couple de collectionneurs, Marguerite et Aimé Maeght, part sillonner les USA. Ils visitent les Fondations Guggenheim, Barnes et Phillips et rentrent éblouis. 11 ans plus tard, en 1964, André Malraux, alors ministre des affaires culturelles, inaugurera leur espace. Quand je dis que le voyage donne des ailes aux idées… Je n’ai pas si tort que cela.

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Les œuvres de Joan Miró, Marc Chagall, Alberto Giacometti, Georges Braque, Alexander Calder ou encore Fernand Léger dialoguent entre elles dans les salles et les jardins de cet édifice signé Josep Lluis Sert.

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La chapelle Saint Bernard est construite aussi par l’architecte catalan sur l’emplacement d’un ancien sanctuaire et héberge un Christ en bois polychrome du XIIe siècle offert par le couturier Cristobal Balenciaga à la Fondation.

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On pense en avoir eu assez de ces chapelles mais que nenni. Sur la route qui nous ramène à notre hôtel, on s’arrêtera à la Chapelle du Rosaire, celle que Henri Matisse a habillé pour le Couvent des Dominicains dans les hauteurs de Vence. On doit ce décor à l’amitié entre le peintre, qui s’installe ici en 1943 et une jeune aide-soignante qui lui servira de modèle avant de prendre le voile et de devenir Soeur Jacques-Marie.

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L’ascension vers le septième ciel se poursuit jusqu’au parc du Château Saint-Martin & Spa. L’établissement collabore avec deux artistes durant cette saison. Ainsi, les quatorze hectares sont parés des sculptures d’un artiste du pays, Bernar Venet (il a supprimé le « d  » de son prénom pour éviter que les Américains ne l’appellent Bernarde). Une compagnie agréable aux 300 oliviers centenaires.

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Le message de foi de cet ancien fief des Chevaliers des Templiers rayonne encore à travers la chapelle Saint-Martin revisitée par l’Arbre de vie de l’artiste protéiforme Erick Ifergan. Ce plasticien accompli : photographe, réalisateur de films et de clips musicaux partage son temps entre les Etats-Unis et le sud de la France où il a installé ses ateliers à Grasse et Vallauris. Il a même signé des films commerciaux pour Dior, Armani ou Hugo Boss.

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Après, un apéritif au coin du feu, je fais la connaissance le soir du chef exécutif qui officie durant l’hiver à l’Apogée de Courchevel. Jean-Luc Lefrançois a obtenu l’an dernier sa première étoile Michelin. S’il officiait dans les cuisines de palaces parisiens, il décide il y a 4 ans de faire rouler sa moto sur le bitume direction le sud de la France : « Je me considère comme un nomade, je ne suis pas matérialiste et me satisfais de peu pour être heureux. Je veux juste une vie qui a du goût, du relief.» Aussi sportif de haut niveau (si on compare ses efforts à mes 5 brasses dans la piscine à débordement chauffée), le voilà qui énumère ses activités sportives : triathlon, ski, peau de phoque en hiver et raid multisports.

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«L’avantage du château est sa proximité avec la nature, je pars courir tout seul ou avec des clients. En rentrant de ces balades sportives, je ramène une botte de thym sauvage que j’associerai le soir même à un poisson de la méditerranée ou à de l’agneau, ma cuisine restant très instinctive.»

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Avec son mental d’acier, Jean-Luc Lefrançois assume déjà 34 ans dans le domaine de la gastronomie et savoure le cadre que son travail lui offre: « Au château, on a un petit potager, on y cultive nos herbes comme la sarriette, le romarin et le basilic et des tomates. » Bienvenu au Paradis.

 

48 heures à Cannes sous ACID

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-Euh… Tu es sûre de ton titre ? Tu veux dire « sous acide » ?

-Mais non, pardi ! L’ACID : l’Association du Cinéma indépendant pour sa Diffusion !

L’ACID… Késako ? Cette section, en marge du festival de Cannes, offre depuis 1993 une vitrine professionnelle à une dizaine de premiers films souvent sans distributeurs. Une visibilité non négligeable puisque des exploitants, journalistes, programmateurs du monde entier assistent à ces projections avec l’espoir de dénicher un talent nouveau. Lucas Belvaux, Ursula Meier, Yolande Moreau ou encore Philippe Faucon (qui présente cette année « Amin » à la Quinzaine des réalisateurs) sont passés par cette case. Lire la suite

Un week-end à Mulhouse ? Really ?

11h10, sur le quai 3 de la gare.

– Vous connaissiez déjà Mulhouse ?

– Oui, enfin non. Disons que j’ai souvent pris son autoroute de contournement.

L’attachée de presse de l’Office de tourisme se fige. Je suis invitée par Atout France à découvrir la cité alsacienne durant 72 heures. Je la rassure : j’ai laissé tous mes préjugés lors de mon dernier changement de train à Bâle.

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Monaco, de Jeff Mills à Balanchine

Un carambolage culturel s’est tenu sur le Rocher, le week-end dernier, alors que les échafaudages et gradins jaillissent déjà de terre en vue du 76 Grand Prix de Formule 1.

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Plusieurs manifestations artistiques ont convergé vers la Principauté en marge du troisième salon artmonte-carlo qui s’est tenu du 28 au 29 avril 2018 au Grimaldi Forum Monaco sous le haut patronage de S.A.S le prince Albert II de Monaco. De quoi donner le tournis aux curieux boulimiques. Il a fallu boire du rosé pour garder le cap vu le programme minuty (clin d’œil aux connaisseurs). Lire la suite