Et bien, valsez maintenant !

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J’ai décidé que l’année 2020 serait grandiose. Force est de constater que je l’ai bien commencée. Retour en arrière : nous sommes jeudi 23 janvier. La météo viennoise s’annonce clémente. Selon le proverbe ce serait dû à notre arrivée : « wenn Engel reisen, dann lacht der Himmel » (Quand les anges voyagent, le ciel rit)

Je suis invitée par le service de presse de l’office de tourisme – avec 6 autres journalistes internationaux (autant préciser ce détail) – au 79ebal Philharmonique de Vienne. Il se tient dans la célèbre salle dorée du Musikverein qu’on a tous vu au moins une fois à la télévision lors de son concert du Nouvel An avec mamie qui cherche son appareil auditif et qui ne le trouve pas et qui s’énerve alors que l’orchestre entame sa troisième valse. Lire la suite

Ballet aérien à Londres entre la poire, l’art et le fromage

 

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De Mary Quant à Tim Walker en passant par un «old fashioned» high tea time et un cookie au chocolat surmonté d’un stilton corsé. De bleu! Voici une virée 100% Brexit free.

Fan de la série «The Crown» et en possession de £140, billets trouvés dans une vieille chaussette après un rangement dicté par la prêtresse japonaise Marie Kondo, je m’envole pour Londres. Je chéris depuis des mois le secret de vivre le Brexit depuis l’intérieur. Sauf que voilà, tout d’abord programmé au 31 octobre 2019, ce saut britannique dans le grand vide a été repoussé aux calendes grecques (voire fin janvier 2020). Adieu vertige. Qu’importe, la liste de musées à visiter est longue comme le bras. Et cherry on the cake, j’ai l’honneur de tester en personne un nouveau concept pour le voyageur de notre compagnie nationale : the SWISS Personal Airport Service, idéal pour des allers retours lors des journée toujours plus courtes.

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L’un des plus ? Les files d’attente deviennent un mauvais souvenir. J’ai donc rendez-vous à 6h50 du matin (pour un vol prévu à 7h20!) dans un salon privé. Un earl grey et hop, je saute tout de go dans l’arrière d’une limousine pour un transfert direct au pied de l’avion. Tandis que l’on roule sur le tarmac, je pense à cet épisode de la saison 3 de Crown où la princesse Margaret est accueillie sur le tarmac par sa sœur ainée, la reine Elizabeth II en personne. Ce matin c’est same same : la reine en moins, l’accent suisse alémanique de l’hôtesse tirée à quatre épingles en plus.

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Nous sommes à Londres. Exit pour l’instant les crêpages de chignons, les froufrous et le décorum poussiéreux de Buckingham Palace ou de Westminster. En guise de première halte, on fonce swinguer au Victoria & Albert Museum.

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Dans l’aile Ouest du musée sont exposés, jusqu’au 16 février 2020, les vêtements de Mary Quant. La créatrice, figure iconique des années 60 à Londres, habillait la jeunesse d’après-guerre. C’est elle qui a créé un style nouveau facile à porter avec des matières comme le jersey, qui se froissent si peu que la femme peut enfin sauter la case repassage. Lignes tirées au cordeau, mini jupes qui dévoilent les genoux, Mary Quant ose tout. Mères de famille, artistes ou intello-arty, tout ce beau monde se bouscule au portillon. Ses modèles affichent les coupes garçonnes et une silhouette longiligne. On pense au mannequin Twiggy (mon surnom depuis mes 13 ans à cause des chips Twiglets). Le voilà le canon de beauté du Swinging London.

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Dans l’aile Est du Victoria & Albert Museum, une rétrospective célèbre le génie créatif – pour ne pas dire complètement barré – de Tim Walker. Jusqu’au 8 mars, on plonge dans l’univers de ce photographe de mode. Que ne donnerai-je pas pour visiter son cerveau! Il intègre le monde vitaminé d’une Alice au pays des merveilles qu’il saupoudre de monstres tout droit sortis d’un tableau de Jérôme Bosch. Ce magicien originaire de Grande-Bretagne s’imprègne (sous acide?) du bestiaire animalier des peintres du Moyen Âge.

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Il invite la chanteuse Beth Ditto ou l’actrice Tilda Swinton à prendre la pose dans son monde fantastique. Si j’étais dans le showbiz, je lui ferai réaliser des épisodes de «l’Incroyable famille Kardashian» en plein milieu des salons austères de Buckingham Palace: «Kylie, darling, let’s pimp the queen», lâcherait la matrone Kris Jenner rehaussée d’une perruque rose fluo.

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C’est justement au cœur de ce Londres légendaire, à proximité de Sa Majesté, que je m’arrête pour le high tea time. The Lanesborough hotel, sous la gestion de Oetker Collection, a été élu une deuxième année consécutive «meilleur hôtel de la ville» par le prestigieux magazine Travel + Leisure. La construction de la demeure remonte à 1719.

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Bâtie pour James Lane, le dernier vicomte de Lanesborough, elle sera transformée ensuite un hôpital. Inauguré en 2015, ce cinq étoiles possèderait une entrée privée pour la reine Elizabeth II! Ici, tous clients sont secondés par leur majordome. Dans cette ambiance «Downton Abbey», chaque mobilier, bronze, sculpture, tenture, lustre ou porcelaine, chiné probablement chez un antiquaire, se marie à la foisonnante collection de tableaux du XVIIeet XVIIIesiècle où se succèdent paysages bucoliques et portraits de Lords.

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Cette reconstitution à l’ancienne apporte une touche aristocratique au palace post-victorien lové entre Knightsbridge et les jardins du palais royal. Blottie dans l’un des salons, je savoure, un brin impressionnée, des scones flanqués de leur whipped cream après une déclinaison d’agapes salées.

Le concierge – qui aura la gentillesse de me changer mes £140 de vieilles notes refusées de partout – me conseille la Maison Apsley située en face de l’hôtel. La demeure construite en 1778 a appartenu au Duc de Wellington à la fin de sa carrière militaire.

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Transformée en musée, elle donne un aperçu de la vie quotidienne de la noblesse londonienne de l’époque. A noter, la salle entièrement dédiée au vaisselier du Duc. Il l’aurait reçu des cours d’Europe après sa victoire historique sur Napoléon à Waterloo en 1815 :

– Congratulations, you saved our honor ! (Tiens Mimi, refourgue-lui la batterie de casseroles de ta mère), aurait pu dire un monarque.

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On quitte alors l’atmosphère old fashioned des canapés de velours pour rejoindre le Corinthia Hôtel. Ici, on craque pour son spa multiprimé. Il est l’un des plus spacieux de la City. Ses salles de soin, la piscine intérieure, le sauna et le hammam s’étalent sur plusieurs étages, le tout dans une ambiance tamisée avec feu de cheminée et marbre noir.

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Comme je me suis remise sur Instagram, après six mois de détox, je reconnais le torse musclé et humide de Jeremy Jauncey, le fondateur du blog «Beautiful Destinations», ambassadeur de WWF (et accessoirement homme le plus canon de la planète). Un peu plus tard, je croise dans les couloirs de l’hôtel l’acteur Jeff Goldblum. «Il fait la promotion de son nouvel album de jazz», expliquera son coiffeur dans l’ascenseur avant de rejoindre une grappe de journalistes. Vous le croirez ou pas, Jeff m’a lâchée un sourire.

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Toujours au Corinthia, j’ai rendez-vous avec Tom Kerridge. Le chef multi-étoilé et ancien obèse (c’est lui qui le dit) base sa cuisine sur le concept «comment manger sainement», vaste programme. La recette est pourtant simple et ça marche. Il perd 50 kilos grâce à ses préparations culinaires qu’il publie dans une série de livres. Avec son épouse Beth, il possède déjà un pub doublement étoilé «The Hand & Flowers» à Marlow, à l’Ouest de Londres. Des écrans de télévision diffusent les matchs, tandis qu’on s’empiffre de tartes aux cailles ou de moules marinières à la bière et au pain bis.

Au Kerridge’s Bar & Grill, il met à l’honneur la cuisine britannique comme le fish & chips. Pari gagnant. Dans la salle du restaurant, la rôtisserie exhale une odeur à vouloir lécher l’air. Les portions se veulent gigantesques et l’ambiance conviviale. Quid de la tradition dominicale? Le roastbeef et le Yorkshire pudding en dessert.

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Ce même soir, deux places de rêve pour le Royal Opera Ballet, à Covent Garden, me propulsent dans «Manon», le ballet classique inspiré du roman de l’Abbé Prévost. Kenneth MacMillan, ancien danseur et chorégraphe d’une quarantaine de ballets, sublime le pas de deux entre les protagonistes Manon Lescaux et Des Grieux. Il leur insuffle une touche moderne et dramatique. On se pince. Standing ovationfinale parfaitement méritée.

Manon 05/10/14, Copyright 2014 ROH. Photographed by Alice Pennefather
Manon 05/10/14, Copyright 2014 ROH. Photographed by Alice Pennefather

Le lendemain, entre l’exposition de William Blake à la Tate, celle d’Olafur Eliasson à la Tate Modern et surtout avant de reprendre l’avion, découverte d’une nouvelle adresse: le Pick & Cheese. Ce bar à fromages se tient au cœur du marché Seven Dials. La recette est simple : un train-train d’assiettes défilent sur un tapis roulant – comptez entre £2.95 et £6.10 la portion, une gageure pour Londres.

En bonne Suissesse (ciel il y a 5 «s»), et ce malgré quelques suspicions, je me dois de goûter les fromages de la perfide Albion. On m’assure que Mathew Carver, le propriétaire des lieux les choisit auprès des meilleurs producteurs du terroir. L’originalité se cache dans la témérité. Qui oserait marier un stilton – leur bleu local – à un cookie au chocolat? Un gâteau Eccles (Eccles cake) fourré aux raisins de Corinthe avec un morceau de Kirkham’s Lancashire, ce fromage de vache au lait cru.Qui l’eût cru? Les goûts explosent en bouche, la surprise est sublime. Mais n’en faisons pas un fromage…

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C’est jour Ferré pour le roi de la galette !

Vous venez à peine de digérer la bûche au chocolat de Noël que l’heure de l’Épiphanie a sonné ! Le régime sera pour lundi prochain: voici un sujet 100% gourmand qui fait fi des résolutions 2020.

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Ritournelle obligée de janvier, la galette des Rois donne l’occasion aux chefs pâtissiers de prouver l’étendu de leur talent. Si à Paris, chacun titille sa créativité la rendant tantôt cacaotée, tantôt fruitée, le chef pâtissier Régis Ferré nous donne un petit cours privé pour réaliser sa recette: une galette qui respecte les traditions avec un feuilletage maison pur beurre digne d’enchanter nos palais.

Nous sommes dans les cuisines de l’InterContinental Genève. Proche du Palais des Nations Unies, ce cinq étoiles est devenu depuis son ouverture en 1964, un haut lieu des rencontres historiques entre hommes d’affaires et diplomates. Saviez-vous par exemple que la guerre froide se serait réchauffée dans l’un des salons de cet hôtel lors du Sommet de Genève réunissant en 1985 Reagan et Gorbachev ?

1985 Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan

Tariq Aziz y a rencontré James Baker avant la première guerre du Golfe en 1991. Et le président syrien Hafez el-Assad a papoté avec non pas un, mais deux présidents américains : Carter et Clinton. Côté showbiz, on compte parmi leurs VIP, Dalida, Sophia Loren, Omar Sharif, Tina Turner et Ray Charles. Vous dites ? Il manque des têtes couronnées à cette liste ?

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En cette nouvelle année, elles sont nombreuses à l’hôtel. Elles se lovent entre la frangipane et la pâte feuilletée de quarante galettes. En effet, mardi 7 janvier, l’InterContinental Genève organisait sa 53Fête des Rois avec plus de 600 convives. Un événement qui lance les mondanités de l’année en présence des meilleurs clients de l’hôtel, du monde politique et des représentants des Organisations internationales.

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Mais retournons à nos fourneaux. Ce gâteau traditionnel garni de frangipane crémeuse est entrecoupé d’un feuilletage inversé. Le secret ? Le temps de repos entre les cinq tours du feuilletage. Tandis que Régis Ferré s’affaire au tracé précis du dessin classique, revenons sur son parcours. Après cinq ans à l’Hôtel de Crillon à Paris où il est l’adjoint du chef pâtissier français Christophe Felder, il rejoint Yannick Alleno. Il voyage pour lui  durant six ans entre Pékin, Dubaï, Beyrouth et Marrakech.

Régis Ferré ramène dans sa besace l’art des saveurs qu’il met savamment en avant avec cette petite touche orientale qui se tapit élégamment dans les arômes de fleur d’oranger, d’eau de rose et d’agrumes confits qui ont accompagné ses périples. Mais voilà que le four sonne le tocsin ! Car oui, dernier détail, ô combien important, pour obtenir une galette parfaite, la cuisson se doit d’être au poil – c’est évident mais comme j’ai la fâcheuse tendance à tout brûler.

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Au moment de partir, je lance la question comme une galette dans la mare. « D’ailleurs, elle remonte à quand cette tradition ? ». Silence en cuisine. « Elle a été créée pour un roi, non ? » s’aventure un cuisinier. Mmmmhhh… Dans le bus qui me ramène chez moi, je farfouille sur la toile. Il s’agit en fait d’un mélange de tradition païenne, puis chrétienne – un syncrétisme de plus ! Car la coutume de la galette des rois remonte aux saturnales, une fête romaine organisée à la gloire de Saturne, dieu de l’agriculture et du temps.

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Si l’un des convives tirait la fève– à l’époque un simple légume – il était désigné roi de la table. Plus proche de nous, j’ai découvert que Jean Calvin – qui avait rompu avec le catholicisme papal lors de sa Réforme­ – avait aussi lutté contre ces  superstitions catholiques dites  « aliénantes » en supprimant les fêtes catholiques de son austère calendrier. Après avoir interdit les célébrations de Noël, l’intransigeant s’attaqua à la frangipane de la galette des rois, autre rituel chrétien qui célébrait les Rois mages et qui fut interdit.

On n’ose imaginer la punition infligée au petit enfant gourmand pris en flagrant délit le doigt dans la farce crémeuse par la virulente Police des mœurs de Genève de cette épique époque. Il faut dire qu’avec François Ier(et plus tard Louis XIV), la cour de France organisait des banquets si fastueux pour l’époque que ce plaisir pompeux poussé à l’excès en serait tout simplement devenu indécent.

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de déguster la galette de Régis Ferré, elle sera servie ce dimanche lors du brunch au restaurant Woods. CHF 85/pp.

Heures d’ouverture : 12h00-15h00

Réservez par téléphone au +41 22 919 33 33.

Une Biennale gargantuesque pour une faim de Lyon

Oui c’est possible jusqu’au 5 janvier 2020 : la Biennale d’art contemporain, une halte gastronomique et un cocooning soyeux dans un hôtel historique de l’ancienne capitale des Gaules.

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– Et voici en guise d’amuse bouche de la cervelle des canuts.

– Vous dites ?

J’évite poliment l’étouffement. Le déjeuner a lieu à l’Epona, la nouvelle brasserie chic de Lyon, capitale de la gastronomie où tripes et abats vivent encore des jours heureux. Je suis exactement à l’endroit où Rabelais exerça comme médecin sur les rives du Rhône, au Grand Hôtel-Dieu. Jadis, cet hospice déjà prestigieux, couronnait l’entrée de la ville. Jacques-Germain Soufflot, l’architecte du Panthéon de Paris, est le père de cet édifice à vous couper le souffle. Cet emblème de la ville a fait aujourd’hui peau neuve. Il accueille dans son écrin granitique l’InterContinental Lyon Hôtel Dieu, inauguré il y a 6 mois seulement. Lire la suite

Peau de phoque sur les pentes du Val d’Anniviers historique

Premières glissades à St-Luc et Chandolin. Deux stations de montagne traditionnelles pour les épicuriens férus d’authenticité. Un paysage bucolique digne d’une carte postale.

Copyright Romain Daniel / Sierre-Anniviers Marketing

«Essayez de convaincre une vache de vous suivre dans ces chemins escarpés ! Je vous assure que ce n’est pas la même chose que de promener son chien», s’amuse Charlotte Renaud Boutilly en regardant les photos de la désalpe du Val d’Anniviers, de septembre dernier.

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Animations folkloriques et ambiances musicales complètent la descente des troupeaux en plaine. Dans le cortège, parmi les reines fleuries, se distinguent Titeuf (la vache pas l’enfant terrible de préaux) et la directrice du Chandolin Boutique Hôtel. Ce chalet cossu en pierre et bois de cèdre au design résolument zen a d’ailleurs été consacré en 2019 «meilleur hôtel de montagne en Europe». Sacrée à deux reprises reine laitière, Titeuf broutera son foin cet hiver dans une étable de la station de ski et nous – les clients de l’établissement quatre étoiles – goûterons sa délicieuse tomme à l’affinage maison.

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