Rosebud : Le souvenir poignant d’un chanteur nord-coréen de hip hop

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Il s’est fait tatouer sur son avant-bras gauche la date de son départ. Aujourd’hui, pour lui, la liberté signifie: « être capable de s’exprimer sans peur, sans menace. »

On se retrouve dans un quartier du sud-ouest de Séoul à plus de trente minutes en métro du centre. Kang Chun-Hyok nous a donné rendez-vous devant son église à midi précise. Les dimanches, ce Nord-Coréen installé ici depuis 2001 a pour habitude de les passer parmi ses pairs. Le christianisme s’est naturellement imposé à lui à son arrivée en Corée du Sud car « non, rigolera-t-il plus tard, il n’y a pas d’églises à Pyongyang ». Lire la suite

Hangover à la frontière nord coréenne et foodporn à Séoul

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A l’aéroport de Incheon, j’ai trois heures d’attente, le temps plus que suffisant pour mourir d’ennui. Alors, je passe en revue ma semaine à Séoul. 6 jours entourée d’une équipe de cinéastes internationaux venus présenter tout comme moi leur film en compétition au festival EIDF. Parmi eux, des Américains, une Chilienne, qui remportera le grand prix, un Hollandais, deux Vikings du Groenland, un Egyptien et moi.

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6 jours à prendre tous les matins le petit-déjeuner ensemble, à se retrouver le soir pour les projections, à comparer les différentes saveurs du Soju, cet alcool qui vous explose le crâne avant que vous ayez fini votre verre. Nous avons pu nous rendre compte ensemble que le poulpe servi encore vivant et son amie la moule géante n’aiment pas le contact avec la sauce épicée et les kimchis.

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J’ai profité de mon séjour pour rencontrer cette culture qui par moment me semble terriblement suisse-allemande quand il s’agit de planifier, d’organiser et de respecter des horaires. « Please come back in seven minutes », nous a répété durant toute une journée une guide. Quel ennuyant sens de la précision. Sans parler de la spontanéité qui, ici, a tout simplement dû être éradiquée des manuels scolaires.

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J’avais demandé à mon arrivée quelle était la nouvelle mode à Seoul. La tendance est celle du jeûne. Les adolescentes font grève de la faim pour ressembler à leurs idoles sur grand écran. J’ai rencontré Stella, une stagiaire du festival. Elle surfe le soir sur Internet et regarde le show de Banzz, une méga star qui se goinfre des heures durant devant une caméra. Tout passe au travers de son gosier. « Je ne peux pas m’endormir sans le regarder, comme ça j’ai l’impression d’avoir dîné. »

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Elle dort l’estomac vide, la chambre mitoyenne à celle de ses parents. « Ils connaissent les préceptes de la mode ici. Du coup, ils me comprennent et acceptent que je regarde cette émission et ce malgré le fait que manger en famille ou entre amis est un moment privilégié au sein de notre société. »

Ils sont plusieurs à avoir leur show diffusé sur la Toile, on appelle ce phénomène, le Mukbang et les stars, des Bj’s comme Dj’s sauf que ce sont des Broadcast Jockey. « Ils vivent de l’argent reçus par leurs fans qui font des donations en direct. C’est une marque d’admiration et ça aide ces derniers à se payer leur repas. » J’ai forcément voulu en rencontrer un. Aidée par une autre stagiaire, on a réussi à coincer ce Banzz dans un café (à lire bientôt son interview).

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Et puis, il y a cette autre facette de Séoul qui m’intéresse. Je voulais profiter de mon séjour pour rencontrer des réfugiés nord coréens. J’ai déjeuné avec Michele Sonen, avocate de formation et actuelle représentante d’une ONG.

Citizens’ Alliance for North Korean Human Rights s’occupe entre autre d’exfiltrer des nord coréens par delà les frontières chinoises. Indésirable en Chine, les déserteurs risquent la mort s’ils se font capturés et renvoyés chez eux par les autorités. Les chanceux tombent entre les mains de criminels: les femmes sont vendues à des hommes et découvrent la joie de l’esclavage sexuel. Les hommes finissent exploités dans des usines. Avec l’aide de Michele Sonen, je décide de rencontrer des réfugiés qui ont réussi après de nombreuses années en Chine à rejoindre un pays voisin puis enfin Séoul. Mais la mission s’avère difficile. Je reçois certes deux adresses emails mais personne ne me répond. Ils ne parlent probablement pas l’anglais. Enfin, une traductrice me laisse tomber le jour même d’une rencontre que je dois par désarroi annuler. Je traque en parallèle un réalisateur, un pianiste et un chanteur de Hip Hop. Finalement, avec l’aide d’un Américain installé depuis 8 ans à Séoul, j’arrive le jour même de mon départ à rencontrer le chanteur de hip hop. Agé de trente ans, il a vécu l’enfer et possède sur son bras un tatouage indiquant le jour de sa libération. (à lire aussi prochainement).

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Entre-temps, j’ai enfin pu visiter la Zone démilitarisée, DMZ, qui sert de frontière entre le nord et le sud de la Corée. Cette région fermée durant les tensions de la semaine dernière a réouvert ses portes seulement samedi, la veille de notre départ. Il s’agit d’une sorte de Disneyland touristique qui demande une demi-journée de voyage et qui comprend la visite d’un des tunnels d’agression construit par les nord coréens. Le troisième a été découvert en 1978. La galerie, percée à 73 mètres de profondeur, pouvait laisser passer 30 000 hommes par heure et devait permettre l’attaque de Séoul, la capitale située à moins de 50 kilomètres. On accède ensuite à un mirador duquel on découvre, de l’autre côté de la ligne, à deux kilomètres de nous, le panorama d’un sinistre pays. Avec l’aide de jumelles, on observe les bâtiments des villages d’en face. Il n’y a pas âme qui vive. L’un des hameaux se nomme ironiquement Propaganda village. J’espère voir un cycliste, un piéton. Mais je ne verrai rien.

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Avant de repartir, on visite la station de train qui permettra un jour – qui sait – de lier Séoul à Pyongyang. Je décide de m’allonger une fois de plus par terre (c’est la performance de l’été 2015) devant le soldat. Dan, un des réalisateurs américains, me photographie en criant semi-amusé, semi-hystérique : « C’est de la folie, il va nous tirer dessus! » Des étrangers se joignent à lui et me photographient. Une touriste décide de m’imiter et puis un autre.

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Enfin on passe par la boutique de souvenirs. J’aurais pu ramener un morceau de barbelé vendu à plusieurs dizaines de dollars mais j’ai opté pour une bouteille de vin nord coréen.

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En effet, jusqu’en 2007, la Corée du Sud importait du vin, de la bière et des légumes. Ma guide se rappelle avoir souvent acheté des champignons du nord car moins onéreux. Aujourd’hui, ces transactions sont interrompues. C’est dommage quand on pense que le gouvernement de Pyongyang fabrique le crystal meth le plus pur au monde.

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Corée du Sud: le festival EIDF à Séoul et les avions en papier de Monsieur Ping-Pong

24h: Afrique —> Moyen-Orient —> Asie.

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Durant le vol Qatar Airways qui m’emmène à Séoul, je repense à l’email télégraphique de ma mère : « Corée du Nord : armée prête au combat. » Suivi d’une sommation : « Ne va pas là bas! » Elle ne s’arrêtera donc jamais de s’inquiéter. J’imagine déjà Kim Ping-Pong lancer ses avions en papier par delà sa frontière et me réjouis presque de cette situation instable.

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Je viens de caresser dans le sens du poil une bouteille de Krug au lounge de Doha (Krug? Oui, Krug!) en écoutant un ancien ambassadeur. Il vient d’Abu Dhabi mais a travaillé plusieurs années en Tanzanie. Il s’y est acheté une maison avec 11 chambres à Arusha qu’il veut transformer en resort. Il me montre les photos de sa demeure sur son Ipad moi je le regarde les sourcils froncés. Je trouve qu’il ressemble fâcheusement à Bill Cosby. On parle du Moyen-Orient, de mes films, du financement qu’il pourrait peut être me trouver pour un projet de documentaire. Le serveur, lui, est kenyan alors on lui commande nos plats en swahili, langue que je maitrise à la perfection depuis mes deux semaines passées en Tanzanie.

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A peine l’avion atterri à Séoul et ma température prise par des officiels du département de la santé, je file aux WC de l’aéroport : une robe noire, du rouge à lèvres et je me voilà fin prête pour rejoindre la cérémonie d’ouverture du festival. Nous n’avons qu’une heure et quart pour y arriver. Juste avant la cérémonie, se tient un cocktail. J’arrive pile à la fin et vois sur une petite estrade les quatre autres cinéastes internationaux rouges de honte. Le présentateur leur demande de danser « Gangnam Style ». Mon interprète me pousse à les rejoindre. Je suis catégorique : jamais.

Enfin la salle de spectacle s’ouvre. Nos places sont numérotées. Je fais la connaissance d’un réalisateur indien qui est arrivé 3 jours plus tôt pour filmer à Séoul un court-métrage de science-fiction. On est tous en plein jetlag culturel. Un cinéaste hollandais que j’avais rencontré au pitching du réel de Nyon, il y a 2 ans, rit. Il paraît que 70% des sous-marins nord coréens ont disparu des radars américains.

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La cérémonie d’ouverture de ce festival – qui se veut archi pointu en documentaires et qui a comme présidente du jury  la directrice de l’IDFA – tient de l’Eurovision. Une succession de femmes et enfants chantent les uns après les autres tandis que des hommes en costume palabrent des heures durant remerciant Dieu sait qui. J’imagine la même cérémonie en Corée du Nord. Un des militaires se trancherait la gorge sur scène en hurlant son amour indéfectible à Monsieur Ping-Pong.  Heureusement qu’on a tous dans nos chambres un masque et la bible à portée de main. je me couche en repensant à cette folle journée et à ces continents traversés. Bon sang, mais qu’est devenu l’acteur qui jouait Bill Cosby? J’arrête pas de me poser la question.

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