L’envol d’Else sur la Riviera

 

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Dernier coup de pagaie et me voilà, raide comme un « i », sur un paddle devant un parterre de Chinois littéralement émerveillés par ma prouesse. Ces touristes s’agglutinent devant le pont-levis du Château de Chillon, joyau médiéval que je m’apprête enfin à visiter (« better late than never », dira ma petite voix intérieure qui s’est mise à l’anglais depuis le mariage de Meghan et Harry).

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Dans la salle à manger du Châtelain, j’apprends que selon le Maître Chiquart, cuisinier d’Amédée VIII de Savoie, la préparation des banquets mobilisait au XVe siècle des dizaines de mains et des quantités gargantuesques de nourriture : 100 bœufs, 130 moutons, 2000 têtes de volailles, 6000 œufs (et je ne m’attarde pas sur les produits de ma chaîne préférée « Chasse et Pêche »).

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A quelques zéros près, c’est ce que je pense avoir englouti durant mon escapade sur la Riviera. J’ai découvert cette région paisible, nichée entre lac et montagne avec son microclimat et sa végétation luxuriante, lors d’une Route du Bonheur signée Relais & Châteaux et d’un triathlon (oui, osons ce mot) entre flânerie, culture et excès sportif.

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J’ai conjugué cette virée en équilibre sur un paddle avec une randonnée au milieu d’un troupeau de moutons autour du col de Jaman et de sa Dent avant de terminer le séjour par une balade à vélo sur les quais fleuris de Montreux.

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Sur ce dernier parcours, des bancs invitent au repos mais aussi à la rencontre de personnalités célèbres ayant séjourné dans la région, comme Freddie Mercury ou Charlie Chaplin, en photo ci-bas.

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De quoi titiller sa culture générale. Si Lord Byron se positionne comme l’un des précurseurs, la plupart de ces poètes, musiciens, ou nobles européens – anglais et russe en particulier -déferleront massivement entre Vevey et Montreux dès l’apparition du chemin de fer en 1861.

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Fiodor et son épouse Anna Dostoievski s’installent, par exemple, à Vevey en mai 1868. L’auteur profitera de l’absence de feu sur le lac pour travailler au manuscrit de « l’Idiot ».

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Toujours à Vevey, dans le jardin du Grand Hôtel du Lac, inauguré en 1868, où je loge la première nuit, se trouve érigée la sculpture d’Henryk Sienkiewicz. Cet écrivain et patriote polonais, prix Nobel de littérature en 1905 pour « Quo Vadis? », a vécu ici en exil les deux dernières années de sa vie, de 1914 à 1916. J’apprends qu’il mourra sans jamais revoir son pays natal. De là, son regard étrangement mélancolique ?

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Cette résidence classée aux monuments historiques, sera entièrement rénovée par les soins de Pierre-Yves Rochon en 2006 pour un coût de… wait for it… 22’000’000 CHF.

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« Dans les années septante, les propriétaires s’étaient défaits de tous les éléments du passé, il a fallu chiner le mobilier historique chez des antiquaires aux quatre coins du monde pour recréer avec précision cette ambiance feutrée qui se marie désormais au cadre contemporain», m’expliquera-t-on lors de la visite des lieux.

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En juillet, un transfert à bord d’un Riva en acajou est proposé aux adeptes du Montreux Jazz Festival. On sirote sa coupe de champagne et quelques éclaboussures plus tard on amarre à deux pas de son concert. La classe, non ?

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Comme le Grand Hôtel du Lac souffle ses 150 bougies. L’année se ponctue par différents rendez-vous public dont la Birthday Garden Party qui se tiendra le 9 septembre. Une journée ouverte aux locaux avec des stands animés par les fournisseurs et vignerons du coin dont je découvre le soir même les produits lors du menu anniversaire signé Thomas Neeser, 1 étoile au Guide Michelin et 16/20 Gault&Millau, à la brasserie chic «La Véranda».

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Ce chef allemand est à la tête de l’équipe de cuisine depuis 2010. Je lui dois la découverte d’un vieux fromage suisse, la boule de Belp. Au lait cru de vache, il est enrobé de poussière d’ail et de poivre et se râpe en copeaux (comme la truffe) : une merveille sur le risotto aux asperges.

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Les 26 et 27 octobre ainsi que les 2 et 3 novembre, le chef officiera dans les cuisines du Château de Chillon pour la Confrérie du Guillon avec une communication également axée sur ce 150ème anniversaire. Je serai curieuse de savoir s’il se fixera le même nombre de volailles que Maître Chiquart pour ce banquet…

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Le lendemain midi, on rejoint (ma petite voix qui parle toujours qu’en anglais et moi même) les deux étoiles Michelin du restaurant du Pont de Brent situé dans les hauteurs de Montreux. Dans cette maison de village, Stéphane Décotterd poursuit l’œuvre initiée par Gérard Rabaey et révèle avec éclat les produits et recettes régionales. D’entrée de jeu, mon cholestérol le remerciera pour son beurre salé de la Laiterie du Crêt-près-Semsales que j’ai laissé s’étaler, l’air de rien, jusqu’à la dernière miette de mon pain de Chexbres.

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Le chef fribourgeois, qui a aussi vécu sur la Riviera vaudoise, est le Vice Délégué et représentant des Chefs de la Délégation Suisse & Liechtenstein de Relais & Châteaux. Pour lui, les valeurs de cette association, comme la préservation de la diversité des cuisines, la volonté de lutter contre toute standardisation excessive, lui sont chères. De fait, sa cuisine, en perpétuel mouvement, s’alimente de ses rencontres avec des fournisseurs locaux.

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Ma découverte ? Ce beurre aux feuilles de l’égopode qui titille la quenelle de Brochet et les Écrevisses du Lac Léman. Késako ce légo ? Cette apiacée potagère ou sauvage se cueille dans le Val-de-Charmey par une passionnée de plantes qui se promène au gré des commandes du chef. Un savoir séculaire haut en couleur qui ravit les papilles des Epicuriens.

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A l’issu du déjeuner, la brève rencontre avec Stéphane se conclut par des mots rassurant quant à la pression des chefs triplement étoilés :  » Il faut relativiser. Nous sommes des cuisiniers et non des chirurgiens. » Faute d’opération à cœur ouvert, l’obtention d’une troisième étoile sera forcément accueillie avec joie.

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Dernière halte à l’hôtel Victoria qui domine les rives ensoleillées du Léman et qui fait face aux sommets encore enneigés du Valais. Un pianiste aussi âgé que les murs de l’établissement (construit au XIXe siècle) fait résonner ses notes dans le velours des drapés dans une ambiance hors du temps.

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On imagine devant l’enfilade des salons, le faste d’une belle époque avec ce mobilier ancien et ces antiquités, témoins d’un riche passé, le murmure des voyageurs et des aristocrates libertins, les robes longues qui se figent sur le cliché sépia d’une carte postale.

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Sur la pelouse, des silhouettes en peignoir évoluent vers la piscine extérieure. « La plupart sont des habitués qui reviennent ici depuis 20 ans», confiera le maître d’hôtel lors du dîner en terrasse. Normal, qui pourrait rêver d’un meilleur lieu de villégiature.

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Le lendemain, au buffet du petit-déjeuner, entre le fromage des Alpes et le birchermüesli, une mère de famille d’Arabie Saoudite m’aborde avec douceur. Elle va mettre sa fille qui vient de souffler ses 20 bougies en pension à Glion : « Elle agit comme une écervelée de 14 ans, je ne sais plus quoi faire ! Je sais qu’elle est majeure mais j’ai peur qu’elle ne soit pas surveillée lors de mon absence.» En réponse à cette confidence, je lui glisse que c’est peut être par soif de liberté qu’elle se révolte ainsi. Ne sommes-nous pas toutes passées par là ?

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Soudain, avec cette conversation et le cadre de cet établissement, l’envie me prend de relire « Mademoiselle Else » le chef d’œuvre du Viennois Arthur Schnitzler. Je remonte le temps sur mon balcon face au décor naturellement splendide. Qu’importe si la protagoniste de ce livre se trouve durant quelques jours de vacances dans une station thermale italienne et non sur la Riviera.

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Entre deux chapitres, je lorgne sur le tableau qui habille la tapisserie pâle de ma chambre. Encore ce regard mélancolique, ce même regard croisé lors du petit-déjeuner chez cette jeune femme de 20 ans qui rêve secrètement d’horizon. Je me replonge dans les dernières lignes du livre quand Else déploie ses bras prête à s’envoler : « Ich fliege . . . ich träume . . . ich schlafe . . . ich träu . . . träu – ich flie . . . »

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48 heures à Cannes sous ACID

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-Euh… Tu es sûre de ton titre ? Tu veux dire « sous acide » ?

-Mais non, pardi ! L’ACID : l’Association du Cinéma indépendant pour sa Diffusion !

L’ACID… Késako ? Cette section, en marge du festival de Cannes, offre depuis 1993 une vitrine professionnelle à une dizaine de premiers films souvent sans distributeurs. Une visibilité non négligeable puisque des exploitants, journalistes, programmateurs du monde entier assistent à ces projections avec l’espoir de dénicher un talent nouveau. Lucas Belvaux, Ursula Meier, Yolande Moreau ou encore Philippe Faucon (qui présente cette année « Amin » à la Quinzaine des réalisateurs) sont passés par cette case. Lire la suite

Un week-end à Mulhouse ? Really ?

11h10, sur le quai 3 de la gare.

– Vous connaissiez déjà Mulhouse ?

– Oui, enfin non. Disons que j’ai souvent pris son autoroute de contournement.

L’attachée de presse de l’Office de tourisme se fige. Je suis invitée par Atout France à découvrir la cité alsacienne durant 72 heures. Je la rassure : j’ai laissé tous mes préjugés lors de mon dernier changement de train à Bâle.

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Monaco, de Jeff Mills à Balanchine

Un carambolage culturel s’est tenu sur le Rocher, le week-end dernier, alors que les échafaudages et gradins jaillissent déjà de terre en vue du 76 Grand Prix de Formule 1.

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Plusieurs manifestations artistiques ont convergé vers la Principauté en marge du troisième salon artmonte-carlo qui s’est tenu du 28 au 29 avril 2018 au Grimaldi Forum Monaco sous le haut patronage de S.A.S le prince Albert II de Monaco. De quoi donner le tournis aux curieux boulimiques. Il a fallu boire du rosé pour garder le cap vu le programme minuty (clin d’œil aux connaisseurs). Lire la suite