Week-end royal dans le Val de Loire

Bateau traditionnel - vue panoramique de Saumur - © JS. Evrard 2014

Escapade de trois jours entre Saumur et Tours, entre châteaux, caves à vin et forteresses médiévales. Attention spoiler: durant cette virée, aucun fantôme, que ce soit celui d’Aliénor d’Aquitaine ou de Jeanne d’Arc, ne sera maltraité.

Saumur by night - © JS. Evrard 2014

L’arrivée se fait un vendredi après-midi à Saumur. Les pieds à peine posés dans la Loire, nous voici déjà la tête dans l’Histoire grâce à Susi, une guide allemande, qui nous fait découvrir fissa le château, une ancienne forteresse transformée en palais par les ducs d’Anjou. Depuis cet emblème de la ville construit en pierre de tuffeau, célèbre dans la région pour son calcaire, le panorama s’étend sur la Loire tandis que le soleil se couche.

musicale Alain Laurioux - IFCEENE.

Le cours d’eau sauvage qui dessine Saumur se longe à vélo et traverse les régions centre et Pays de la Loire sur des pistes cyclables ou des petites routes peu fréquentées. Des séjours « clés en main » pour voyager en toute liberté sont organisés. Nous, on rejoindra à pied les quartiers anciens du centre ville et c’est déjà suffisant comme première ballade. La cité, qui possède 27000 habitants, est aussi célèbre pour sa tradition équestre. Les anciens bâtiments du Cadre Noir s’étalent sur plusieurs hectares. Cette école militaire a été créée sous Napoléon pour former l’élite de la cavalerie française. L’équitation académique reproduit, encore aujourd’hui, des chorégraphies en costume d’apparat noir et or durant les manifestations publiques dans le Grand Manège. De quoi comprendre comment tomber les quatre fers en l’air avec élégance.

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Comme nous sommes dans la 3e région viticole de France, on nous propose de visiter la cave de la maison Ackerman, la plus ancienne de fines bulles. Fondée en 1811, elle produit près de 20 millions de bouteilles par an. Avant de tester le Crémant de Loire Royal, réalisé selon la méthode traditionnelle (à savoir champenoise), on se promène au cœur de leur cave troglodyte creusée dans le tuffeau. Le parcours de 7 kilomètres de ces galeries se veut pédagogique et artistique avec des installations XXL signées par des artistes contemporains.

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Depuis 2007, la maison conjointement avec l’abbaye de Fontevraud, deux acteurs historique du Val de Loire, ont décidé d’unir leur savoir-faire pour créer un espace de création nouveau : La résidence Ackerman + Fontevraud La Scène. Ainsi, chaque trois ans, un artiste est choisi pour habiller de son imaginaire les parois rocheuses.

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En ce moment, Vincent Mauger présente « Monument synthétique », une œuvre composée de 1000 cagettes de plastique. On me fait comprendre qu’il serait mieux de ne pas m’appuyer contre elle : « il s’agit là d’un vrai défi aux lois de l’équilibre ». http://www.Ackerman.fr

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Nous posons nos valises au château Le Prieuré qui surplombe le village de Chênehutte-Trèves-Cunault, à dix minutes de Saumur. Ce quatre étoile est la dernière perle de la Grande Maison Younan Collection et pourtant son histoire commence dès le Xe siècle avec les moines bénédictins.

Zaya S. Younan LGMYC

Monsieur Zaya S. Younan, l’heureux propriétaire des lieux a vécu l’American dream. D’origine assyrienne, il suit sa famille, issue d’un milieu modeste, aux USA. Il commencera au bas de l’échelle chez General Motors et gravira rapidement les échelons avant de faire fortune dans l’immobilier. En vacances en France, il s’entiche de cette région et tombe sous le charme de l’impératrice Joséphine. L’histoire napoléonienne le fascine au point de vouloir des tableaux représentant Bonaparte dans presque chaque salon et un mobilier majoritairement de style Empire.

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Il décide d’investir dans l’hôtellerie et ouvre en quelques années cinq adresses. Le Prieuré subit un lifting et nous voici parmi les premiers à tester ses chambres. On m’attribue celle du propriétaire avec son lot de dorures, tapisseries, tableaux et lustres qui accompagnent la haute cheminée et mon lit à baldaquin.

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Le dîner pantagruélesque, clin d’œil à Rabelais, est signé par un autre enfant du terroir : Richard Prouteau. Le menu se décline autour de la truffe de Chinon : jaune d’œuf bio coulant aux artichauts et oseille aux noix de Saint-Jacques tièdes avec leur bouillon de courge muscade et clémentine en passant par les Langoustines d’Ecosse au lard fumé et fleur de coriandre d’un voisin maraicher.

richard prouteau

Le lendemain matin, le chauffeur de taxi censé nous mener à l’abbaye de Fontevraud nous oublie. Il fera crisser les pneus de sa voiture une heure plus tard. Son épouse l’accompagne : « Mille excuses, nous faisions nos courses ! » Tandis que celles-ci décongèlent dans le coffre, nous traversons la prairie vallonnée et les bosquets d’arbres.

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Julien, notre guide, nous attend à l’entrée du site monumental fondé en 1101 et symbole de la puissance des Plantagenêt. Après la révolution française, les biens sont nationalisés. Napoléon 1er reconvertira l’ancien monastère en un domaine carcéral. Je n’y ai jamais pensé mais on parle bien de cellules pour moines et pour prisonniers, non ? La nef de l’abbaye sert aussi de nécropole royale d’Aliénor d’Aquitaine qui a contribué à la richesse des lieux avant de s’y retirer jusqu’à sa mort en 1204, d’Henri II Plantagenêt, de leur fils Richard Cœur de Lion et d’Isabelle d’Angoulême. Et dire que ce beau monde se détestait de leur vivant…

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Les 14 hectares du domaine accueillent des artistes en résidence, des concerts comme ceux d’Ibrahim Maalouf et de Goran Bregović, des expositions temporaires et des installations. Celle de Claude Levêque, « mort en été », occupe tout l’ancien dortoir. Il marie un jeu de lumière cosmique – grâce à des néons rouges – à des barques qui ponctuent l’espace et dans lesquelles sont invités les visiteurs à s’allonger pour profiter de l’univers sonore. Autre grand projet: celui du musée d’art moderne qui ouvrira en 2019 avec la collection de Martine et Léon Cligman. L’occasion de découvrir des œuvres méconnues de César, Delacroix, Degas ou encore Kees van Dongen.

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Le déjeuner se tient dans le domaine de l’abbaye, à l’iBar. On découvre l’univers du chef Thibaut Ruggeri, Bocuse d’or monde 2013, 1 étoile au guide Michelin 2017. Faute de temps, on opte pour une version rapide présentée sous la forme d’une planchette. Sa cuisine contemporaine et épurée puise une partie de ses matières premières dans le potager de l’abbaye. Ce dernier pourvoit le restaurant en légumes, miel, fruits et oeufs biologiques.

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La deuxième nuit, se passera au Château de Beauvois, qui fait aussi partie de la Grande Maison Younan Collection. Il est situé au cœur d’un paysage romantique fraichement sorti de l’hiver. L’établissement propose des vélos, l’occasion de digérer ses rillettes et de découvrir ce qu’ils appellent les balades de Louis XIII.

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Le roi aimait chasser le gibier dans la campagne voisine, nous explique-t-on. Sur le plan qu’on nous donne, il y a 4 itinéraires. Etant hélas totalement dépourvue de sens d’orientation, je me perds et rate les fermes bucoliques de la vallée de la Bresme. Par contre, je peux vous dire où se trouve la zone industrielle de Luynes, son PMU et Super U.

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Le lendemain matin, on passe devant le château d’Ussé. Notre nouveau chauffeur de taxi qui nous accompagne pour le reste du séjour (car oui, nous ne sommes toujours pas foutus de conduire notre propre voiture) nous explique que cette demeure dite de plaisance raffinée (si, c’est écrit dans le prospectus) aurait inspiré le conte de la Belle au Bois Dormant.

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En tout cas, de l’extérieur, il a tout du conte de fées et ressemble même fichtrement à l’effigie de Walt Disney, non? On l’a compris, cette adresse est destinée aux enfants avec même un jeu de piste pour découvrir ses petits secrets.

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On enchaine avec la forteresse royale de Chinon située sur le périmètre du Val de Loire classé au patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO. Du haut de l’éperon rocheux, se dévoile le panorama sur la Vienne et les toits de la ville.

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Un escape game est proposé aux familles pour rendre la visite ludique de ce qui fut au XIIe siècle, l’une des principales places fortes du roi d’Angleterre Henri II puis en 1429 le lieu de rencontre entre le Dauphin Charles et Jeanne D’Arc. Enfermés dans une chapelle oubliée, les joueurs se doivent, durant soixante minutes, de résoudre des énigmes autour du personnage historique de Jeanne D’Arc en faisant appel à la logique et au sens de l’observation.

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Une fois les écritures du grimoire décryptées, on file tester, à l’entrée de la ville, l’escape game œnologique situé dans le Chai de Pierre et Bertrand Couly, une autre manière de s’initier aux vins, principalement rouges, de Chinon et de cette famille de vignerons dont le domaine s’étend sur 21 hectares de vignes.

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Le jeu sera réussi par contre le test d’alcoolémie se rate haut la main (mais on s’en fiche puisque nous ne conduisons pas). On décuve à l’arrière de la voiture qui nous mène au château d’Azay-le-Rideau. Exit l’art du Moyen-Age, abrupt et un brin tristouille, nous sommes périclités dans l’une des plus belles architectures Renaissance du Val de Loire datant du début du XVIe siècle, sous le règne de François 1er.

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Construit sur une île dessinée par l’Indre, le château possède les influences italiennes qui s’entremêlent à l’art de bâtir français. Le duo d’artistes contemporains Piets’O et Peter Keene ont, pour leur part, orchestré un parcours onirique d’automates « Les enchantements d’Azay » qui dialoguent avec le mobilier, les tapisseries et les tableaux anciens.

© Maison Blanche

Le voyage se termine le lendemain matin à Tours où l’on reprendra le TGV pour Paris avec une halte gastronomique à la Maison Blanche avant rentrer sur Genève. Je trimballe ma valise remplie de produits régionaux : des pommes tapées, de la rillette, des vins, des huiles artisanales, du jus de pomme. Situé au 7e étage d’un immeuble de la prestigieuse avenue Montaigne, le restaurant, ouvert il y a déjà 28 ans, possède deux terrasses avec une vue panoramique sur la tour Eiffel et la Seine.

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Le chef, Fabrice Giraud, originaire de la Ciotat marie la cuisine française et les recettes de sa grand-mère à ses découvertes étrangères (il travaillera à Shanghai et à Istanbul). Je savoure le plat du jour : des encornets poêlés, chorizo fermier, crémeux de piquillos au Banyuls et riz vénéré (jadis destiné aux empereurs chinois, me précise le maître d’hôtel) tout en contant mon périple dans la Loire à un ami journaliste. Voilà comment j’ai survécu aux fantômes des rois et empereurs de France. Voilà comment j’ai découvert la rancune tenace d’Aliénor d’Aquitaine qui, jalouse de découvrir les infidélités de son mari Henri II, a soulevé ses fils contre lui. Fichtre, ce séjour me donne envie de découvrir la France et son histoire.

Nice: Les artistes de la Baie des Anges

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Sur la promenade des Anglais, des sportifs soufflent et des enfants chahutent insouciants devant un couple d’Italiens émerveillé par le coucher de soleil. « Nice s’est relevé de son 14 juillet», déclare sereine une grand-mère. Un vent printanier caresse son visage.

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Selon une légende urbaine, sur cette même promenade déambulait, dans les années cinquante, deux artistes du cru aux ambitions révolutionnaires. Yves Klein et Arman, alors jeunes adultes, décident de se partager le monde. L’un acquiert le bleu du ciel pour en faire sa signature. L’autre, la terre et ses richesses accumulées. Lire la suite

Paris, la tête dans les nuages

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J’ai à peine entamé le bœuf bourguignon, plat signature de la brasserie Réjane, dans le 1er arrondissement à Paris, que Céline Gaudier, mon amie genevoise, assistante à la mise en scène, m’annonce, devant son gratin de macaronis au comté, que son compagnon Albin de la Simone donnera un concert le soir même au Bataclan. Fichtre ! Le Bataclan. Je ne pensais pas me retrouver à peine arrivée à Paname face à ce dilemme : retourner ou non dans cette salle de concerts visée par les attentats du 13 novembre ? Lire la suite

Le festival de Cannes et une courgette, what else?

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« Depuis quand vais-je à Cannes ? » Voici la question qui m’a taraudée durant mon récent séjour sur la Côte d’Azur. Je manque d’exactitude dans ma vie mais je pense avoir foulé le sol de la Croisette une quinzaine de fois. 15 années à cumuler des ampoules aux pieds, à hurler un « je n’ai plus rien à me mettre! » devant ma valise vide alors que je sors à peine d’une projection et que je dois me rendre à un cocktail de la plus Ôôôte importance. Mais je retiens surtout 15 années durant lesquelles j’ai cumulé des 4 heures de sommeil par nuit pour décuver dès 8h aux projections (qui commencent à 8h30). Lovée dans mon siège, j’ai pu applaudir, renifler, m’endormir, sursauter, gémir d’impatience devant parfois les plus beaux films du monde. Lire la suite