Le blanc prestige de Courchevel et Méribel

20180323_161534.jpg

7h du matin. Tandis que je baille allongée sur un lit moelleux, au cœur des Alpes françaises, le chef exécutif de l’Apogée Courchevel, le village le plus prisé des Trois Vallées, entame son ascension en peau de phoque vers les cimes enneigées.

Junior_Suite_#414_1632

Le septième ciel atteint sans trop de labeur, le sportif de haut niveau originaire de Rouen descendra d’une traite les pistes habillées d’or blanc mais encore vierges de skieurs jusqu’à la porte de sa cuisine.

20180324_103426.jpg

Ceint d’un tablier, sa toque vissée sur la tête, Jean-Luc Lefrançois se faufile cinq minutes plus tard, de table en table, dans l’ambiance feutrée du copieux petit-déjeuner. Il salue chaque client de ce prestigieux cinq étoiles.

27912519_754202114774767_6464337643804561102_o.jpg

Passé par les plus grandes tables gastronomiques de Paris, du Ritz au Bristol ou l’Hôtel de Crillon, le chef revient, à ma demande, sur son mental d’acier : « Je peux courir 170 kilomètres en montagne en 30 heures. Je me fixe ce but et m’oblige à ne pas dépasser cet horaire. » En voilà un qui mène sa vie avec relief. On va d’ailleurs éviter de lui dire qu’on avait prévu de se recoucher une petite heure encore.

Apogee_Courchevel_-_Exterior_2492

Côté goût, Jean-Luc Lefrançois a trouvé son équilibre puisqu’il gère durant la saison estivale son étoile Michelin au Château Saint-Martin & Spa, près de Vence. Dès les premiers flocons, le voilà aux commandes de l’Apogée Courchevel avec, cerise sur le gâteau, le Koori, un restaurant japonais en pleine montagne. « J’ai eu la chance de séjourner à  plusieurs reprises au pays du Soleil-Levant et de me familiariser avec leur gastronomie qui me fascine. » Au Koori, le voyage poétique et gustatif oscillera du tataki de thon au bœuf wagyu sauté minute en passant par le black cod et son gratiné de miso. Un délice.

Breakfast_at_L'Apogee_Courchevel_2165.jpg

Le « ski room » offre un accès direct sur les pistes. Un valet me boucle mes chaussures (oui, il y a des choses que je n’arrive toujours pas à faire seule). Moment d’extase : elles sont parfumées et chauffées. L’impression d’être un instant une Cendrillon, cousine lointaine de la Princesse des Glaces. Mais voilà que son collègue sort mes vieilles planches en bois des années 1990. Douche froide, elles font au moins 50 centimètres de plus que les autres skis. Je blêmis de honte devant ce modèle effroyablement vintage. Et oui, j’ai beau être Helvète, je crois que mes origines libanaises ont pris le dessus quant à mon talent de skieuse experte du chasse-neige et du cri pour annoncer mon arrivée en bas de piste.

Ski_Butler_7743.jpg

Dans la télécabine au départ de Courchevel 1850, l’heure est à la planification d’un programme sur mesure grâce à l’application de la station qui transmet en temps réel les informations sur les conditions météorologiques, les horaires des navettes et les animations du jour. Il s’agit de trois vallées et du plus grand domaine skiable du monde avec 600 kilomètres de pistes reliées par 172 remontées. Déjà que je ne retrouve jamais ma voiture au parking: autant ne pas se perdre dans ce tableau blanc sur fond blanc façon Malevitch.

FD-140218-321

Ce midi, sur les conseils du concierge qui proposera aussi un vol en montgolfière ou une sortie en chiens de traineau, je craque pour les sucettes de reblochon des Folies Douces, depuis le temps qu’on me parle de cette institution perchée en pleine montagne.

Ce cabaret festif mélange gastronomie et clubbing. Le champagne y coule à flot. Je n’ose demander les statistiques sur le nombre de jambes cassées à chaque fin de journée.

Ski_slopes_8115

Le lendemain, la bisque de homard fume dans mon assiette servie sur la terrasse ensoleillée de l’Apogée, ce luxueux chalet, écrin de luxe d’Oetker Collection. Le soir, tandis que l’on me déchausse une fois de plus, je profite d’une boisson chaude et d’une gourmandise pour me remettre de mes émotions passées sur la poudreuse. Pour parfaire un esprit sain dans un corps sain, passage obligé par le spa pour une invitation à la relaxation lors d’un massage signé la Prairie. Et si on se refaisait le japonais ce soir ?

Swimming_Pool_9826.jpg

Méribel, la vallée des Allues

Si à Courchevel, tout a commencé en 1946, dans un contexte d’après-guerre, l’histoire de Méribel, la station de ski distante de seulement 8 km, s’entame un peu plus tôt. A la fin des années 1930, le major écossais du nom de Peter Lindsay, skiait en Autriche et en Allemagne. Après l’annexion de l’Autriche par le moustachu hystérique et colérique que l’on connaît, le Scottish part en quête de nouvelles pistes.

Peter Lindsay, chalet Tara

Ami du champion du monde Émile Allais, le voilà qui foule la poudreuse de la vallée des Allues. Immédiatement séduit, il inaugure en 1938, un télétraîneau de 31 places. Comme il s’agit de construire des chalets, il s’acoquine avec la décoratrice intérieure Charlotte Perriand, « élève » de Le Corbusier (oui, elle ne fut pas que son élève,  semble-t-il).

©Sylvain Aymoz100117-8

A peine, ont-ils posé leurs skis en bois à Méribel, que la deuxième guerre mondiale éclate comme une avalanche. Bref, dès 1945, les constructions reprennent et les chalets sortent de terre à vitesse grand V. Parmi les architectes Christian Durupt impose le bois et la pierre du pays comme principaux matériaux, les lauzes sur les toits à double pente et les chalets d’une hauteur limitée comme modèles de référence.

20180324_110929.jpg

Parmi les autres personnalités, on rajoutera une médaille en or à Raymonde Fenestraz surnommée aussi la Castafiore pour son goût des beaux bijoux. Fille de paysans, elle a eu le flair de comprendre l’essor à venir des stations de ski. Elle lance dès 1966 son entreprise familiale avec la construction de chalets de luxe puis d’hôtels dont le plus célèbre : Les Airelles à Courchevel.  Elle profite des Jeux Olympiques d’hiver 1992 d’Albertville pour en faire le « palais de Sissi », nouveau QG de toutes les têtes couronnées.

MF_2012_140-2382_resultat.jpg

A Méribel Mottaret, à 1750 mètres d’altitude, son fils Raoul a repris l’affaire familiale et gère l’Alpen Ruitor, on en sort chaussé de ses skis pour dévaler le domaine qui s’étale lui aussi à l’infini.

RUITOR-2016-SPA-046p.jpg

Le soir massage ayurvédique dans le spa avec les huiles essentielles et naturelles de la marque Anne Semonin avant de craquer soit pour une raclette au fromage fumé de la région soit pour une fondue à la truffe qu’on arrosera à la fin de Génépi, ce digestif du Moyen-Âge qui a de quoi se moquer de nous avec ses 40 degrés.

RUITOR-2016-Resto-La Table-248

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s