La cabane rustique chic de Robinson Crusoé

GLM_Crusoe Residences View from Palm Beach

Sur le bateau menant à Gili Lankanfushi, le capitaine annonce le changement d’horaire de l’île privée : « Ce resort time rallonge la journée. De quoi pouvoir siroter votre cocktail face au coucher de soleil. » Je n’ai à peine le temps de trouver l’idée cocasse qu’on m’invite à me déchausser et à ranger mes sandales dans un sac en lin. Saperlipopette, j’avais lu avec attention l’invitation vantant la politique de développement durable de l’établissement, son engagement écologique, son travail de sensibilisation quant au recyclage du plastique avec les écoles des îles voisines mais j’ai raté le « no shoes, no news ».

Gili Lankanfushi Resort Maldives

Je dois être la seule personne au monde qui se choppe des échardes avec des baskets. Et puis j’ai déjà eu une double fracture du péroné en marchant pieds nus sur une plage paradisiaque en Thaïlande. Ce « no shoes » représente un risque énorme que l’on me demande de prendre. «Je ne suis pas reporter de guerre ! », ai-je envie de crier à la chargée des relations publiques qui m’accueille sur le ponton.

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Une famille nous dépasse, ils circulent pieds nus sur des vélos en bambou. La fillette me salue de la main. On me désigne ma bicyclette. Le 13, comme le numéro de ma villa en bois, construite sur pilotis.

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Ma demeure fait plus de 200 m2 et possède un rooftop et une terrasse donnant sur l’eau cristalline de l’Océan Indien. L’impression d’être soudain propulsée dans les pages glacées d’un catalogue de vacances qu’un Russe, privé de soleil, feuilleterait tremblotant en attendant son bus dans une rue gelée de la banlieue moscovite.

GLM_Jetty 2 Overview

Gili Lankanfushi possède ce je-ne-sais-quoi de sauvage à la Robinson Crusoé : une baignoire, un matelas XXL et le champagne en plus qui rend la cabane rustique-chic. Malgré la haute saison, on ne croise presque jamais les autres résidents. On se sent coupé du monde, loin du tumulte (et des bus polluants de ce quartier ouvrier de Moscou). Certaines maisons ne sont joignables qu’à la nage ou à bord d’une embarcation privée. Chacune possède son hamac planté en pleine mer. Je rigole en imaginant la tête de celui qui sieste durant la marée montante !

GLM_Crusoe Residence Exterior View from Hammock

Le premier soir, baignade avant le dîner. J’évolue autour de ma maisonnette, le masque de snorekling vissé sur la tête. Des poissons multicolores, jamais vus auparavant, virevoltent près des coraux. Je tombe, livide, sur une tortue puis sur un requin qu’on m’assurera plus tard être « végétarien ».

GLM_Underwater Shot

Au cœur de l’île, après un dîner gargantuesque, le cinéma de la jungle réunit les cinéphiles du resort. Allongés sur un transat, on frémit face à George Clooney en cosmonaute valsant au septième ciel dans « Gravity ».

GLM_Jungle Cinema

La journée suivante commence par un cours de yoga en plein air. Le professeur répète inlassablement avec son accent indien : « Breathe in, breathe out. » Au loin, un dhoni, ce bateau traditionnel des Maldives glisse silencieusement sur la lagoon. « Don’t fall asleep!» qu’il me crie. Je sursaute. C’est pas de ma faute, c’est le jetlag de ce « resort time ».

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Le petit-déjeuner se décline du sushi au curry en passant par les viennoiseries que l’on savoure avec un sublime earl grey du Sri Lanka. Bob, le héron de l’île, en parfait hôte, passe de table en table vérifier que tout le monde ne manque de rien.

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Je digère ce repas, échouée telle une élégante baleine sur un hamac. Après la lecture d’un Vanity Fair datant de 2017, départ en kayak puis en équilibre sur un paddle à la découverte des environs de l’île. Enfin, l’heure du massage kundalini. La géniale Esther, une thérapeute philippine, m’emmène dans un voyage sous acide où mes chakras se débloquent l’un après l’autre dans un feu d’artifices. Je repars titubante soutenue par des Bisounours. Retour sur mon hamac, sous un cocotier. Breaking news, page 57 de mon magazine, Macron est élu président de la France. Note to myself : lire plus régulièrement mes magazines.

GLM_Meera Spa Treatment

Après quatre jours sur place, je suis obligée d’admettre le constat suivant : la sensation du « no shoes » s’avère libératrice. Même si je soupçonne les jardiniers d’enlever, tous les matins, les échardes de la plage à l’aide d’une pince à épiler. Celle du « no news » ne marche pas car je suis pendue à mes emails dans l’attente d’une information pour mon vol de retour que l’agence de voyage de l’hôtel, basée à Malé, tarde à fournir. Une réponse qui s’obtiendrait en 5 minutes en Europe.

GLM_Organic Garden

Après Bob le héron, je sympathise avec Aldo. Le chef exécutif des deux restaurants me fait découvrir son Eden : « Les herbes et salades que l’on sert proviennent du potager ». L’odeur du thym s’entremêle à celle de la fleur de souci. Je découvre les feuilles de curry, de citronnelle, de safran des Indes ou de pandan (servi le soir même en crème brûlée). Je repars avec de la menthe et du basilic pour aromatiser les bouteilles d’eau distillée qu’on nous met en chambre et un peu d’aloe vera qui s’étale sur le corps.

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Le terme eco-friendly est certes galvanisé mais retrouve ici ses lettres de noblesse. Ainsi, pour l’entretien du jardin, chaque jour 60 kilos de compost sont récupérés et recyclés en fertilisant. Les verres des bouteilles, comme ce Petrus de 2005 vendu le mois passé à 12’000 USD, sont pilés et utilisés pour fortifier les constructions.

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Dans la cuisine, j’assiste par à hasard à la livrée. Un pêcheur pose ses seaux débordant de sardines et autres gros poissons dont j’ai oublié de noter le nom. Le thon, lui, est l’aliment phare des Maldives et se décline sous toutes ses formes dans cette cuisine colorée et épicée.

GLM_Gili Veshi

Direction le centre Gili Veshi. En Dhivehi, cela veut dire : Environnement. Clare, licenciée en zoologie et conservation marine, est arrivée sur l’île il y a un an et demi. Son bungalow vient d’être inauguré le 8 juin dernier dans le cadre de la  journée mondiale de l’océan.

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Comme plusieurs autres hôtels de luxe de l’Océan Indien, il est question ici de conservation de protection de l’environnement marin. En Australie, tout comme aux Maldives, les coraux disparaissent, victimes du changement climatique. Avec six collègues, l’Anglaise facilite leur reproduction. Chaque vacancier peut sponsoriser l’une des 160 lignes de coraux et suivre sur un blog leur croissance. Après trois ans, ils seront transplantés dans le récif.

GLM_In preparation for Coral Lines

« On vit dans un pays qui est voué à disparaître, le touriste qui vient se doit d’avoir une conscience écologique au même titre que l’autochtone. » Clare crée « Paddle for plastic » : une fois par mois, elle récupère sur sa planche les déchets qui flottent dans un sillage de 12 kms. « Certains proviennent d’Indonésie voire du Pakistan comme ces filets en nylon bleus utilisés par des pêcheurs. Une fois percé, ils les jettent à l’eau ! On a aussi ramené plus de 300 bouteilles.»

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Et de conclure satisfaite : « j’ai sensibilisé une touriste australienne de 80 ans. Elle m’envoie des photos avec des sacs qu’elle remplit de déchets récupérés lors de ses promenades dans Melbourne». Moi aussi elle m’a motivée. Depuis mon retour à Genève, je me suis remise au paddle. En plus du gainage de ce fichu ventre que je n’arrive pas à muscler, je profite de ces virées pour récupérer tout ce plastique flottant sur notre beau lac Léman.

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