Charlie Chaplin, son noir et blanc et mes antibiotiques

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Samedi 16 avril, c’était l’anniversaire de Charlie Chaplin. Pour ses 127 ans, il recevait un musée à Corsier-sur-Vevey. La veille, pour marquer la fiesta et son inauguration officielle après presque 16 ans de gestation, Jaeger-LeCoultre, l’un des sponsors, orchestrait un dîner privé. Le dresscode ? Noir et blanc, comme la majorité des films du comique. Lire la suite

« Fame » et NarsarsuaQ, le nouveau spectacle de Maud Liardon

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Direction l’ADC où se joue actuellement « NarsarsuaQ », la nouvelle création signée Maud Liardon. Des amis communs, on en a beaucoup mais je n’ai jamais pu voir son travail jusqu’à ce jour. La danseuse, devenue chorégraphe et maman, interroge ici son père lors d’un voyage sonore qui nous entrechoque brutalement avec la terre enneigée du grand nord. Lire la suite

La Neuvième de Beethoven, Béjart et la révolution cubaine

50 ans après sa création, 250 artistes ont interprété à la patinoire de Malley la Neuvième de Beethoven.  Mais durant le ballet, c’est le chiffre six qui me turlupine. Comme les six secondes d’archives qui réunissent deux monstres sacrés de la danse…

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Le quatrième mouvement avec le Tokyo Ballet et le Béjart Ballet Lausanne. Ils célèbrent la fraternité universelle.

Lors de la préparation de mon 2e long métrage « Horizons », sur la danse classique à Cuba, j’ai dû me pencher sur la biographie ténébreuse et mouvementée d’Alicia Alonso. Cette prima Ballerina Assoluta et ambassadrice du castrisme dès le début des années soixante a fréquenté durant une période un génie : Maurice Béjart.

Tandis que je cherchais l’angle de mon film, j’ai rencontré à plusieurs reprises Azari Plissteski. Frère de la grande Maya Plissetskaïa, ce russe d’origine a dansé durant près d’une décade à Cuba devenant le partenaire attitré d’Alicia. Aujourd’hui octogénaire, le maître de danse enseigne tous les matins au Béjart Ballet Lausanne.

J’ai supplié Azari de farfouiller dans les méandres poussiéreux de son passé. Il m’a enfin ressorti d’outre tombe de vieilles pellicules filmées avec sa Bolex. Des heures de visionnement, de répétitions, de représentations, d’inconnus qui font partis de cette première génération de danseurs à Cuba et qui défilent heureux devant le ronronnement mécanique de la caméra. Ils incarnent l’image d’une société nouvelle qui se construit sur des bases supposées égalitaires. A ce moment, aucun désenchantement n’assombrit l’image en noir et blanc.

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Et soudain, dans le méli-mélo de plans coupés, ce moment suspendu dans le temps. 6 secondes au total. Alicia Alonso et Maurice Béjart discutent dans ce qui devrait être des coulisses. Alicia fardée va-t-elle monter sur scène ? En descend-elle ? Qu’a-t-elle dansé ? Sont-ils à Paris, à La Havane ? Les deux se font surprendre par la caméra et rigolent. Derrière eux, je reconnais Loipa Araujo, l’un des « quatre joyaux » du Ballet National de Cuba. Elle a depuis participé à la notoriété de Carlos Acosta, étoile du Royal Ballet de Londres.

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Oscar Chacon dans le 4e mouvement.

Quelle surprise de découvrir dès lors que Béjart, en visite à La Havane dans les années soixante, s’est laissé enivré par une représentation créée par une jeune compagnie de danseurs noirs. Impressionné par le vent frais de la révolution qui souffle encore lors de son séjour, l’idée lui vient de créer un ballet symphonique composé d’ethnies de toutes les couleurs. A ce moment, dans les rues cubaines, il est question plus que jamais de fraternité, d’amour universel.

C’est de retour en Europe qu’on lui susurre la Neuvième de Beethoven pour accompagner ce « concert-dansé ». Ainsi prennent forme les mouvements incarnant tour à tour la terre, le combat pour atteindre un idéal mais aussi le feu, la joie de la danse, l’eau, l’amour et enfin la liberté et l’air. Sur scène, la musique, le théâtre, le chant et la danse s’entremêlent avec au total 250 artistes. Ils tournent, courent, s’ébaudissent.

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Kathleen Thielhelm et Masayoshi Onuki dans le deuxième mouvement.

Aujourd’hui, Fidel Castro jardine. Son île vit le crépuscule d’une idéologie ternie par d’occultes forces. Le dictateur a détruit l’illusion d’un monde nouveau. De son côté, Alicia Alonso, 94 ans, dirige complètement aveugle et ce, d’une main de fer, son ballet qu’elle a figé après maintes coups de laque dans une époque passée. Comme Gloria Swanson dans « Sunset Boulevard » elle refuse de voir le monde en couleur. Les murs de sa compagnie craquèlent. L’effondrement guette.

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Elisabet Ros et Julien Favreau dans le troisième mouvement.

Maurice Béjart, au final a tiré sa révérence à temps. Que serait-il devenu aujourd’hui ? Un génie grincheux ? Au lieu de cela, son fantôme règne en maître. Il a emporté avec lui ce vent frais d’une révolution qui, à l’époque, avait de quoi faire rêver. Subsiste pourtant sur scène, ce souffle transcendé par le chorégraphe, aérien et léger, avec des figures apolliniennes et dionysiaques qui irradient le public par leurs sauts de chat et arabesques.

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Au final, la politique finit comme de la mauvaise herbe sur une tombe mais la danse, elle seule, constitue un langage universel qui permet d’établir des liens entre les cultures.