Charlie Chaplin, son noir et blanc et mes antibiotiques

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Samedi 16 avril, c’était l’anniversaire de Charlie Chaplin. Pour ses 127 ans, il recevait un musée à Corsier-sur-Vevey. La veille, pour marquer la fiesta et son inauguration officielle après presque 16 ans de gestation, Jaeger-LeCoultre, l’un des sponsors, orchestrait un dîner privé. Le dresscode ? Noir et blanc, comme la majorité des films du comique.

L’occasion de me rendre compte, pétrifiée, que je ne rentre plus dans aucune de mes jupes noires. Heureusement, j’ai trouvé au fond de mon armoire un pantalon qui a eu la gentillesse de ne pas craquer pendant le souper.

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Mon point commun avec Charlie Chaplin ? Je pourrais dire que nous sommes tous les deux cinéastes mais ce serait prétentieux de me comparer à lui. Non, ces derniers jours, je parlais aussi bien le muet que lui durant ses premières années au cinéma. Aphone. Complètement aphone. 3 jours sans pouvoir placer un mot, moi la pipelette des Pâquis. Il parait que c’est le corps qui s’exprime en me coupant les cordes vocales. Comme j’ai enchainé avec Barcelone, Hong Kong, Macao et Zurich où j’ai présenté mon film en moins de dix jours, c’est donc sans voix, que j’ai fait mon check-in à l’hôtel Des Trois Couronnes de Vevey. Dans ma chambre avec vue sur un lac brumeux, je découvre un cadeau de Jaeger-LeCoultre sur mon lit :  le dvd du « Kid » de Chaplin.

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Shootée aux  antibiotiques, je rejoins les 6 autres journalistes invités pour le dîner. Nous sommes à l’auberge de l’Onde, une adresse privilégiée de Charlot qui appréciait particulièrement leur poulet rôti au four.

La direction de Jaeger-LeCoultre est au complet, deux invités de marque se distinguent: Carmen Chaplin et Monsieur Meylan, l’un des Helvètes bornés à qui l’on doit ce nouveau musée. Entre chaque plat, Simon Jaccard, le musicien de Bastian Baker, rejoint le piano en bout de table. La lumière s’éteint et voici qu’apparait l’acteur dans une cage. Il s’y est enfermé par erreur alors qu’un lion dort à ses côtés. Il tente d’attirer l’attention des badauds pour le sauver mais seul un chien le remarque. Ce dernier aboie dans sa direction risquant ainsi de réveiller le fauve. Je ris silencieusement devant cet extrait du « Cirque ». Et me laisse émouvoir en regardant les yeux brillants de la petite fille de Chaplin. Tiens, suis-je la seule à le voir? On dirait que son grand-père la salue de la main. Ah… la magie du cinéma.

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Carmen, elle-même maman d’une fillette de trois ans, confesse ne pas lui avoir encore parlé de son arrière-grand-père. « J’ai souffert, à l’école, de son imposante réputation. Je veux la préserver, elle le découvrira plus tard au moment opportun. » Ces interludes musicales ponctuent le dîner, on découvre ainsi, l’univers poétique des « Temps Modernes » et « Limelight » et surtout la générosité de ce grand enfant né dans un milieu précaire en Angleterre et parti vivre son rêve aux Etats-Unis.

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Quand l’acteur, producteur, (dictateur) et réalisateur s’installe en Suisse en 1953, le gouvernement helvétique salue ce grand homme, qui a marqué l’histoire par son talent, en lui offrant un cadeau une montre Jaeger-LeCoultre Memovox gravée sur son boîtier en or des mots suivants : « Hommage du gouvernement Vaudois à Charlie Chaplin – 6 octobre 1953 ». Depuis, cette montre mécanique dotée d’une fonction réveil est précieusement conservée par la famille Chaplin.

Jaeger-LeCoultre Historical Memovox-® Johann Sauty 2

Le lendemain, le Chaplin’s World by Grévin s’ouvre à la presse. Je cache mon antibiotique dans un birchermuesli que je déguste en peignoir dans le salon de ma suite. J’ai de la fièvre, je tousse et le lendemain je pars pour le Népal et le Bhoutan, autant dire que je panique un peu à l’idée de me retrouver plus de 15 heures dans les nuages.

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Sur le site du manoir de Ban, dans les hauteurs de Vevey, s’ouvre donc le musée. Dans le Studio situé à côté de la demeure de 1830, on laisse la magie du spectacle opérer. Voilà qu’on nous demande de visionner un film de dix minutes constitué d’archives et présentant la biographie de Chaplin. A la fin, l’écran se lève, les rideaux rouges s’ouvrent et le spectacle peut commencer. On découvre une rue, tirée d’un de ses films, peuplée de statues de cire du Musée de Grévin qui ponctuent la visite. La scénographie  nous emporte d’un film à l’autre. On voyage avec le « Roi à New York », on découvre sa panoplie d’amis de l’époque comme Cocteau ou le clown Grock. La presse internationale est là, des journalistes filment Federico Fellini et Woody Allen, ses grands admirateurs. Le contenu est ludique et informatique à la fois et lève le voile sur les diverses facettes de l’artiste.

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On suit sur la pointe des pieds le fil de sa vie qui peu à peu se nourrit de couleur et de son à l’instar du 7e art. Les yeux brillants on soupire en se remémorant le « Kid » que nous étions il n’y a pas si longtemps que cela en fin de compte. Je n’assiste pas à la conférence de presse et n’écoute pas Michael Chaplin car ma fièvre augmente et surtout j’ai des étoiles dans les yeux et ne veux pas les perdre.

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En rentrant en train à Genève, j’aide un touriste indien qui semblait perdu avec sa grosse valise et prends une décision capitale au moment d’atteindre mon arrêt: celle d’ôter la couleur à mon nouveau court-métrage. Il sera dorénavant en noir et blanc. Merci Charlie pour ce conseil et cette poésie.

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