Gstaad, la station où il fait bon ne pas skier (et deux gousses d’ail)

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« Hey! viens voir ma chambre! » Lors d’un voyage de presse, on adoooore se rendre jaloux entre journalistes. C’est à qui possède le petit truc en plus que les autres n’ont pas. Durant ces 48 heures, je gagne. L’algorithme du service de réservation du Gstaad Palace m’offre une chambre donnant dans l’une des 4 tourelles. Combien de fois me suis-je demandée quelle pauvre princesse a dû jadis tricoter les larmes de son corps en attendant son preux chevalier du haut de sa tour ? Et bien voilà, maintenant je sais qu’elle le guettait tout en prenant son bain devant la télé murale.

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Quand j’étais petite, j’avais déjà longé les interminables couloirs du Palace construit en 1913. Nous rendions visite à une tante lointaine, la veuve d’un ambassadeur d’un pays, lui aussi, lointain. Elle posait ses valises quelques semaines par année dans l’Oberland Bernois. Nous passions la journée aux côtés de cette dame âgée « à papoter ». Je me rappelle que du haut de mes 8 ans j’entendais le tic puis le tac puis à nouveau le tic et encore le tac d’une horloge. Dieu que la vie était partie pour être lente…

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Et puis, à mes 25 ans me revoilà, tout schuss, en tant que réalisatrice. Je tournais mon premier documentaire pour une boîte de production genevoise. On a filmé le yacht club (je cherche encore le lac ou la mer à Gstaad).On a enregistré une vente aux enchères de voitures de luxe qui ouvrait la saison d’hiver au Palace.

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Je suis revenue en février filmer le mois des mondanités des cimes. J’ai même été présentée à Nadine de Rothschild. Comme j’ignore absolument tout de l’étiquette, j’ai hésité entre la révérence et le baise-main avant d’opter pour un franc serrage de pince. Dans la foulée, j’ai dansé devant Bernadette Ardisson à l’une des soirées De Grisogono.

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Dernièrement, j’ai papoté « chevaux » avec Pippa Middleton et le Président du Polo Club Gstaad, Pierre Genecand. J’ai cherché les loups d’Hélène Grimaud et écouté d’autres prodiges du piano lors du Menuhin festival. En somme, s’il y a une chose que je n’ai jamais pensé faire dans ce décor des Alpes suisses, c’est skier.

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Et je pense que je ne suis pas la seule à trouver audacieux d’oser la glisse alors qu’on pourrait passer la journée lové dans un canapé du lobby de l’hôtel après avoir envoyé ses enfants se casser une hanche au curling.

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De toutes ces expériences en haute montagne, je dois avouer que le programme du farniente total m’a aussi séduit. Lors de ce dernier séjour, il neigeait. J’ai donc passé une journée entière au spa à nager tantôt dans la piscine intérieur, tantôt dans l’extérieur. Le soir, l’hôtel nous a concocté une sortie romantique en calèche. « Habillez-vous chaudement » qu’on nous a susurré avant le départ.

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Je remonte dans ma chambre chercher ma paire de gants et l’écharpe de 2m de long que la défunte princesse avait eu le temps de me tricoter avec les larmes de son corps. Direction Lauenen en voiture. Là-bas deux calèches nous attendent. On embarque sur un chemin enneigé éclairé par la lune et la lampe frontale du cocher qui de dos ressemble terriblement à l’affiche du film les « Huit salopards » de Quentin Tarantino.

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Chaque calèche est tirée par deux chevaux. Nous quittons la civilisation, la nuit est noire. La promenade est fermée en hiver aux voitures, du coup, on ne croise  que les fantômes de nos peurs.

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Après une heure de route, nous arrivons vers le lac de Lauenen et vers notre paradis: le «Mattenstübli».  Une dame à la retraite, nous accueille avec bonhommie dans un minuscule chalet. Nous nous tenons serré dans la salle à manger, seule pièce chauffée, pour déguster la meilleure fondue de l’univers cosmique. On sort la prune pour nous réchauffer, on débouche quelques bouteilles de blanc et hop, nous voilà revigorés. En guise de dessert, de la chantilly maison nous nargue sur un gâteau au chocolat, une crème au caramel ou encore des meringues.

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A la fin de ce festin, je chaparde inconsciemment deux gousses d’ail dans la cuisine que j’enfile dans chacune de mes poches. L’attelage est prêt. Cette effrayante randonnée hivernale reprend même si on nous assure que le chemin sera plus court. Je me perds dans mes pensées face à ce paysage immaculé.

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En tant que cinéaste, mon rêve a toujours été de rencontrer Roman Polanski, cet habitué de la région. A l’époque, quand il était assigné à résidence, j’avais assisté à un match de tennis du Swiss Open Gstaad et songé à organiser un apéro géant devant son chalet. Imaginez: 1000 cinéphiles qui boiraient des spritz sous ses fenêtres.

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Le cocher donne un coup de cravache à ses chevaux ce qui me rappelle soudain la scène finale du « Bal des vampires » de Roman Polanski. Les deux personnages loufoques : le professeur Abronsius et son fidèle assistant Alfred, ces petits chasseurs de vampires voyageant au fin fond de la Transylvanie disparaissent dans la neige sur leur calèche…

Me voilà, serrant dans mes mains mes gousses d’ail. On ne sait jamais.

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