Zurich: La salive de Pipilotti Rist, le passé simple de « procrastiner » et mon film

Barcelone-Macau-Hong Kong – puis enfin l’aéroport de Zurich. Il est 6h du matin. Me voilà dans le train avec deux poches sous les yeux et une valise devant moi prête à rejoindre le centre ville. En face, une sexagénaire. Elle pose le « 20 Minuten » sur la tablette. Quelques instants plus tard, je lui demande en allemand si je peux le lire. Notez que j’essaie de tisser un contact amical et ce dans sa langue. Elle me regarde outrée et grommèle un « rrrrächhhruuuurirrrrachli… » Welcome to Switzerland! Je me rends vite compte que j’ai dû oublier ma bienveillance dans le vol de nuit que je viens de faire. Je lui rends donc sa grimace en descendant à la gare de Zurich. Vas-y mégère, emporte donc mon faciès méprisant pour ta journée de « rrrrrchssrrracchli ».

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Heureusement, la réceptionniste du Park Hyatt m’accueille sourire aux lèvres. D’autant plus que je fais mon check-in sacrément à l’avance. Peu importe, elle m’invite à profiter du petit-déjeuner et m’offre une chambre de jour. Comme je ne suis pas capable de dormir, je prépare mon discours du soir. Dès 18h, les 4 salles du cinéma Houdini présenteront mon film « Horizontes », 4 projections, 4 présentations suivies par 4 débats.

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Pour éliminer mes cernes, je m’offre une balade bucolique avec La Prairie et leur nouveau produit que je viens de recevoir. Dans mon bain, je lis la notice : « L’Ice Crystal Émulsion Cellulaire Suisse dépose un voile d’hydratation dynamisant et retardateur de vieillissement. Cette formule infusée de lumière lutte contre les effets de la fatigue et du stress » Ils pourraient rajouter au sujet du stress : « et ce, après un premier contact avec un autochtone grincheux. »

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L’après-midi, la photographe et la journaliste de la NZZ viennent dans ma suite pour une longue interview à paraitre le lendemain. A noter que la photographe ne me trouve pas fatiguée pour un sou (colchiques dans… La Prairie, fleurissent, fleurissent…)

J’enchaine avec un rdv avec l’équipe de Nespresso pour finaliser mon séjour avec eux lors du prochain festival de Cannes et hop, je pars direction le Houdini avec une halte méritée dans le meilleur magasin de seconde main de la ville: le Lux Plus Vintage & New qui se trouve au 24 Ankerstrasse. En moins de deux minutes j’emporte un bracelet doré et donne par la même occasion raison à un ami qui me disait récemment que j’avais l’achat compulsif.

J’enchaine avec les 4 projections du film. Des amis sont venus de Zurich mais aussi de Lausanne et Bâle. Entre les séances, je m’enfile 2-3 mezzés et une merguez marocaine que je ne finirai jamais au restaurant Bebek, à côté du cinéma.

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Une des projections est réservée aux employés de l’UBP. La banque a financé une partie du film et voulait inviter sa branche zurichoise à la première.

Ellipse. Mon réveil sonne à une heure indécente: 10h du matin. Premier geste: vérifier si ma tête est toujours là. Pas besoin de toucher mon front, un marteau piqueur me rappelle que la nuit fut courte. Brouillard… ah, je revois les 6 mojitos bus au Houdini. En effet, l’un des partenaires du film n’est rien d’autre que Havana Club donc nous avons pu inviter tous les convives à trinquer à l’issue du film. Encore du flou… ah… oulaa… des bières et… ouïch… des shots de tequilas… un taxi… et enfin un lit XXL après 36h debout.

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Je descends dans mon pyjama licorne au petit-déjeuner et commande un latte macchiato avec du lait sans lactose – parce que j’ai 40 ans et que je trouve chouette de compliquer la vie des serveurs – un jus orange / carotte / gingembre et surtout les meilleurs oeufs à la florentine de la planète entière. J’ouvre le journal NZZ et vlan, in your face! Trois quart de page dans le journal de la NZZ. Il faut préciser que le dimanche précédent, je faisais la couverture du Sonntagsblick Magazin. Pourquoi la presse suisse allemande parle-t-elle autant d’une cinéaste romande? Serait-ce parce que son film est bon? Que nenni. Je suis née à Zurich et j’ai su mettre ce petit détail de ma bio en avant. Et voilà comment briser en une phrase le Röstigraben.

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Aujourd’hui, j’ai une journée libre. Direction le Kunsthaus desservi en ligne direct du Park Hyatt par le tram 8. Pipilotti Rist y présente « Your saliva is my diving suit in the ocean of pain ». Cette pionnière de l’art de la vidéo déploie son oeuvre sensuelle et distille son audace créatrice avec ses installations.

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Un dédale de tentures animées nous accueillent avant de déboucher au centre dans une maison. Le visiteur s’assied tantôt sur un canapé tantôt à la table dressée pour un repas. On devient soi-même un élément mobile du décor. On entre ainsi dans une nouvelle dimension scénique tandis que la frontière entre vidéo et accessoire ou objet du quotidien disparait. On passe du macro au micro avec des projections comme celle d’un oeil qui nous observe et qui se cache dans un coquillage ou dans un sac à main. Déboussolée par cette verve créatrice, je me dis que je devrai aussi remplacer mes sels de bain par des pilules colorées de LSD histoire de baigner dans ce même imaginaire.

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Quand on séjourne à Zurich, on se rue les yeux fermés à la confiserie Sprüngli mais pourquoi ? Moi je préfère le  Schober dans la Niederdorfstrasse. Ce petit havre de paix en pleine vieille ville. J’accompagne le chocolat chaud maison à 7.50sfr.- par quelques pages du Monde tout en me promettant que je retournerai au sport demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne… Hum…Dans la foulée, chers lecteurs, je me permets de vous rappeler le passé simple du fabuleux verbe « procrastiner »:

je procrastinai
tu procrastinas
il procrastina
nous procrastinâmes
vous procrastinâtes
ils procrastinèrent

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Une autre figure clé de l’art contemporain de notre cher pays s’avère être exposée en ce moment à la galerie Karma International. Sylvie Fleury présente des oeuvres anciennes qu’elle mêle à ses nouvelles productions comme cette moto violette. « Every woman has a purple bike inside ». L’image de la femme indépendante, libre, qui avance, cheveux au vent, et qui ne voit plus personne sur sa Triumph 1970.

Deux autres pièces « My life on the road » et « My life on the road (with Amethysts) » me font sourire. Sylvie doit être la seule Genevoise qui figure dans mon carnet d’adresses qui passe autant de temps dans sa voiture, elle adore avaler les kilomètres au volant de sa Porsche ou de sa Jeep. « Car Wash » est d’ailleurs une de ses célèbres vidéos qui rend hommage à cette passion dans un mode loop et qui date de 1995.

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Avant de terminer mon séjour bobo zurichois, je vais me prélasser dans l’un des bassins du Hürlimann Spa. Cette ancienne brasserie a été transformée en havre de paix. Durant 1h30, je vis pleinement une réinterprétation de la culture des bains romains vieilles de plus de 2000 ans mélangée à celle de l’Irlande avec un circuit « romano-irlandais »sous les voûtes et sans single malt car, il est temps de rappeler que l’alcool est dangereux pour la santé.

 

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