Vienne : élégance reloaded

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Il m’aura fallu quatre heures et demie pour retrouver la sortie du colossal Kunsthistorisches Museum de Vienne. Le poil ébouriffé, la jambe titubante et l’œil hagard, je m’empresse de demander au premier passant si Donald Trump est encore le président des Etats-Unis.

Kunsthistorisches Museum, Wien, 2009, Copyright www.peterrigaud.com

Ce musée, à un jet de pierre du Palais impérial, abrite depuis 1891 les collections des Habsbourg : des peintres flamands de Cranach à Rubens en passant par Van Dyck et sa collection de Bruegel, la première au monde. La Kunstkammer, héritage des cabinets de curiosités, sert d’écrin aux quelques 2200 pièces uniques réunies par la famille souveraine comme la Salière de Benvenuto Cellini et autres bizarreries.

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Ne pas s’ankyloser, semble être devenu le maître-mot du musée qui fait dorénavant dialoguer son patrimoine culturel avec des artistes contemporains. Ainsi, les étages se déflorent en compagnie de la drag-queen Die Tiefe Kümmernis qui guide sa visite en travesti et déniche parmi les collections les personnages queer.

La musaraigne de Wes Anderson

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Certains opteront pour l’option plus classique de l’audio-guide, indispensable pour l’exposition temporaire de Wes Anderson et de sa compagne Juman Malouf. Dans «Spitzmaus Mummy in a Coffin and other Treasures», le cinéaste et la costumière ont fureté durant deux ans dans les combles du musée pour en extraire une sélection de petits bijoux. L’auteur du «Grand Budapest Hotel» et de «La Famille Tenenbaum» titille l’éclairage, le cadrage (aussi frontal que dans ses films) et le  champ-contrechamp des tableaux.

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La mise en scène est intuitive et aura arraché les cheveux des employés du musée : un casse-tête technique pour que les vitrines, parfois minuscules, fluctuent selon l’hygrométrie nécessaire à chaque pièce historique. Parmi les 400 objets, on navigue entre le cercueil à musaraigne qui a donné son nom à l’exposition, des antiquités égyptiennes, grecques et romaines et des peintures de la Renaissance. Ce cabinet de curiosités s’orchestre avec l’humour et la poésie du cinéaste. Ainsi des œuvres sont exposées à mi-mollet pour capter le regard d’un enfant. Et tant pis si vous arrivez trop tard, l’exposition suivante s’annonce magistrale avec Mark Rothko qui conversera avec les grands maîtres.

Orson Welles et le coucou suisse

  • Vous souvenez-vous de la cithare d’Anton Karas? De la scène du chat ? La réplique d’Orson Welles qui se fout des Suisses ?
  • Euh…
  • Mais oui: « L’Italie sous les Borgia a connu 30 ans de terreur, de meurtres, de carnage… Mais ça a donné Michel-Ange, de Vinci et la Renaissance. La Suisse a connu la fraternité, 500 ans de démocratie et de paix. Et ça a donné quoi ? … Le coucou ! »

Gerhard Strassgschwandtner, le directeur du Dritte Mann Museum situé à 10 minutes à pied de la Sécession, rigole. Ma mémoire vacille devant les détails pointés par le spécialiste du« Troisième Homme », ce film de Carol Reed, Grand Prix du festival de Cannes en 1949.

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Depuis 1997, l’ancien guide touristique a rassemblé avec son épouse plus de 2500 objets liés à ce film qui souffle ses 70 bougies. Tourné dans les décombres d’une Vienne disloquée de l’après guerre, le film n’intéresse toujours pas les Autrichiens. Le musée, le seul au monde a être entièrement dédié à un unique film, sorte de croisement hybride entre la caverne d’Alibaba et le cabinet du Professeur Foldingue, survit sans subsides : «On travaille la semaine pour le financer», explique ce passionné dans l’une des 13 salles.

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Les cinéphiles y font pourtant leur pèlerinage. Gerhard montre les photos de Romy Schneider qui fêta son anniversaire avec Anton Karas, ce musicien découvert par hasard lors des repérages du « Troisième Homme ».

 

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Le pauvre bougre animait un Heuriger avec sa cithare avant de devenir un compositeur célèbre dès la sortie du film. Dans la foulée, les fans du film visiteront les entrailles de la cité impériale où s’est tenue la course poursuite avec Orson Welles. Des égouts à la Grande Roue du Prater et nous voilà à visiter Vienne sur les traces d’un chef d’œuvre du septième art.

La guerre du Schnitzel est déclarée

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J’ai lu qu’Elvis Presley connaissait quatre mots en allemand : « Auf Wiedersehen » et « Wiener Schnitzel ». La bouche pleine du trio vainqueur : escalope veau de lait, beurre et chapelure, j’écoute Nikolaus Gräser de l’office de tourisme de Vienne faire avec révérence la leçon, l’index levé : « il doit être doré, tendre, croustillant et léger ». Nous sommes à la brasserie Meierei im Stadtpark, accolée au Steirereck, la table doublement étoilée d’Heinz Reitbauer. Notre voisin de table se lèche les babines avant de passer à confesse : il est venu exprès d’Allemagne pour ce Schnitzel, oui celui-là.

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Maintenant que tu as les ingrédients, à toi de le cuisiner. Pour cela, on rejoint le «Schubertring», la partie résidentielle et chic du boulevard du Ring. Dans ce quartier, de nouvelles adresses gastronomiques occupent le rez-de-chaussée d’anciens palais privés. Meissl & Schadn, ouvert en 2017, redore le blason de son ancienne version, une institution détruite en 1945. Ici, tablier ceint autour de la taille, j’écoute les conseils avisés du chef Gschwendtner.

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Durant ce cours qui se tient une fois par semaine, un petit groupe va apprivoiser l’icône viennoise. Pas besoin d’un ascendant austro-hongrois dans sa généalogie pour le réussir. En dix minutes, mon premier Schnitzel sera flanqué d’une rondelle de citron et mon poignet agrémenté d’une tendinite (à force de battre la bête).

Dstrikt Steakhouse

De cette enseigne, on traverse la rue pour rejoindre, pile en face, les fourneaux de Christian Petz. Invité d’honneur depuis février dernier du Dstrikt steakhouse (oui, il manque un « i », c’est leur concept), ce rockeur étoilé de la gastronomie, génie à la réputation sulfureuse, maîtrise ses classiques et revisite la cuisine autrichienne qui, au cours de son passé impérial, s’inspirait des spécialités venues de l’Italie et la Bohême en passant par la Hongrie. Au menu : tête de veau marinée et tripes au riesling. Une collaboration pop-up qui risque de se prolonger.

The Negroni Experience

Toujours dans le même quartier, le Pastamara, ouvert cette année, propose les piatti de Ciccio Sultano. Ce Sicilien doublement étoilé défend l’aperitivo. Son chef barman crée des cocktails sur mesure servis sur un chariot tellement design que je donnerais un rein pour l’avoir chez moi. Commander son Negroni parfumé devient une expérience sensorielle.

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Avec le lifting de Vienne et la construction du Ring sous le règne de François-Joseph, nombreux furent les hôtels particuliers et parcs à voir le jour autour du boulevard. Le Ritz-Carlton occupe depuis 2012 quatre de ces anciens palais du XIXe siècle reliés entre eux. La réception et le lobby se trouvent dans le Verein Adliges Kasino qui servait jadis de lieu de rencontre des aristocrates autrichiens et des militaires.

L’extérieur du palais Gutmann qui abrite chambres et spa s’inspire du Palazzo Farnese de Rome. Cette famille Gutmann a fait fortune dans le commerce du charbon avant de s’imposer comme collectionneurs d’art en Autriche. Des peintures de la suite présidentielle et de la cage d’escalier sont signées August Eisenmenger.

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Au cœur du quartier bobo de Spittelberg, O. E. Wiesenthal, un autre collectionneur d’art et homme d’affaires s’installe en 1991 dans l’ancien palais privé d’un industriel. Chaque chambre de l’hôtel Altstadt est décorée par un artiste. Le petit-déjeuner se prolonge avec douceur dans les salons en enfilade. Ambiance cosy, parquet, bibliothèque riche en livres d’art, hauts plafonds et feu de cheminée : voilà la Gemütlichkeit viennoise à son acmé.

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La Vienna City Card, sésame de mobilité incontournable, donne accès aux transports communs et 210 avantages de la scène culturelle à celle de gastronomie.

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