Voyage au Japon : Tokyo stories, une histoire de nouilles

Views across Tokyo skyline towards Mount Fuji

En mai, j’ai fait ce qu’il me plait à savoir un vol plané qui m’a valu une entorse sévère et trois semaines de béquilles, puis 2 voyages aux retours ratés avec des vols annulés. Résultat : 22 heures pour faire Larnaca – Genève et 19 heures pour arriver chez moi au départ de Cluj-Napoca, en Roumanie. Alors quand l’hôtesse m’annonce un upgrade en classe affaire pour mon vol Air France à destination de Tokyo, je me dis que juin sera un meilleur mois.

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En plus, ils servent du Deutz à bord du Genève-Paris: dur de refuser une coupe. Dans le vol suivant, j’ai potassé mon guide sur le Japon avant de découvrir une sélection de films primés au Festival de Cannes.

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J’ai choisi « Harmonium » de Koji Fukada. Autant se mettre dans le bain nippon. 10 minutes après, je me suis rappelée l’avoir déjà vu. J’appelle cela l’Alzheimer-cinéphile.

Lobby

A Tokyo, je n’y reste que 24 heures. A peine arrivée, je jette mon sac à dos dans  ma chambre zen et épurée de l’hôtel Aman. Elle est située au 36e étage de la tour Otemachi et surplombe les terrasses des gratte-ciels avoisinants. Presque toutes sont flanquées d’un hélipad privé. L’impression d’avoir pour voisins des membres de la caste Alpha, ces protagonistes d’Aldous Huxley dans « Le Meilleur des mondes ». Je reconnais le Palais Impérial et ses jardins paisibles avec, se dressant au loin, les tours de Shibuya, royaume de la culture pop et du shopping à outrance. Ami épileptique, si tu lis cet article, n’y va pas.

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Je file au Momat, le musée national d’art moderne de Tokyo que j’atteins à pied depuis ma tour d’ivoire. Un homme d’affaires s’engouffre in extremis dans l’ascenseur qui nous mène au 4e étage. Il lorgne sa montre, impatient. Intriguée, je suis son pas pressé. Il traverse une salle pour s’échoir devant ce paravent « Les femmes des îles » peint par Tsuchida Bakusen. L’artiste s’inspire, en 1912, de Paul Gauguin. Faute de voyage à Tahiti, il part à la découverte des tropiques sur l’île de Hachijo. L’homme d’affaires, subjugué, recharge ses batteries devant l’oeuvre : en oublierait-il, le temps d’une parenthèse, le rythme frénétique de sa vie urbaine qui se déroule à la vitesse d’un Shinkansen, le InOui nippon (en version ponctuelle) ?

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Le soir, je flâne au bord de la piscine surplombant la ville et regarde « Tokyo Stories ». Pas le « Tokyo Story » de Yasujiro Ozu datant de 1953, portrait touchant d’un couple de retraités qui se rend pour la dernière fois auprès de ses enfants. Ces citadins, sont tellement occupés par leur nombril, qu’ils ne se rendent pas compte que leur mère se meurt. Non, je parle ici, de la série produite par Netflix qui se déroule dans un bar à nouilles et qui narre les petites histoires de tout un chacun perdu dans cette mégalopole tentaculaire. Un somnifère bio idéal.

views towards Tokyo Skyline at dusk

 

Le lendemain, lors de mon premier petit-déjeuner japonais, j’apprends qu’il faut  d’abord entamer sa soupe miso puis tenir dans une main son bol de riz qui fait office d’assiette et piquer avec ses baguettes les légumes vinaigrés, le tofu et le saumon.

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Départ pour le quartier arty qui se trouve à une vingtaine de minutes en métro.  Réputé pour ses restaurants, sa night life et ses bars, Roppongi est aussi une destination prisée pour ses musées et galeries d’art contemporain.

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Le magnat de l’immobilier Minoru Mori a construit un complexe composé de bureaux, d’appartements, de magasins, de restaurants et cafés (dont l’Atelier de Joël Robuchon), cinémas, hôtels, night-clubs, parcs et jardins. Le Mori Arts Museum  inauguré en 2003, se trouve au 52 et 53e étage de la tour. Ses expositions temporaires varient des héros de Marvel aux vieux maîtres du musée de l’Hermitage. Le concept du constructeur était de faire fi des trajets pour avoir tout à disposition près de soi: une bonne idée pour une ville  de 13,5 millions d’habitants.

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Sur la place, devant la tour, « Maman » de Louise Bourgeois sert de lieu de rendez-vous pour la jeunesse dorée avec ses 10 mètres de haut. « Hey ! On se choppe sous les oeufs de l’araignée à 19h? » « Ouais trop cool. »

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Après Paris, Hong Kong, New York et Séoul, c’est tout naturellement que la galerie parisienne Perrotin a ouvert ses portes le 7 juin dernier dans ce quartier en pleine émulation artistique avec, pour marquer le coup, une exposition du géant de la peinture, Pierre Soulage. L’artiste de 97 ans entretient une relation étroite avec le Japon où son oeuvre a été exposée dès 1951 avec notamment une grande exposition en 1969 au MOMAT. La galerie de 130m carré se trouve au Piramide buildings qui héberge aussi d’autres galeries.

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La visite culturelle se poursuit au Complex 665, un bâtiment voisin dont le terrain appartient aussi au groupe Mori. La galerie Tomio Koyama expose Kishio Suga. Le septuagénaire a déjà présenté trois fois ses oeuvres à Venise et représente une figure centrale de l’art japonais de la post-guerre.

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Toujours dans le même quartier, l’architecte Kisho Kurokawa signe le Centre National d’art de Tokyo avec 5 étages vitrés de salles d’exposition dont, lors de mon séjour, la rétrospective d’Alberto Giacometti avec pas moins de 135 œuvres réunies en collaboration avec la collection Fondation Marguerite et Aimé Maeght.

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Dans le centre commercial Galleria Tokyo Midtown se situe le nouveau musée d’art Suntory dessiné par Kengo Kuma, l’art de vivre à la japonaise se décline par thématique. On conclut la visite par une dégustation de thé en bonne et due forme. Dans le jardin du Midtown, la salle d’architecture 21_21 Design sight. Fondé en 2007, le bâtiment est un symbole de l’architecture moderne à Tokyo et organise deux fois par an de grandes expositions.

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Les pieds en sang, à force d’avoir trop marché, je rejoins le Golden Gai. Au coeur du quartier chaud de Kabukicho, ces six allées composées de minuscules bars s’animent dès la tombée de la nuit et sont reliées entre elles par des passages que seuls les anorexiques peuvent emprunter tant ils sont étroits.

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A la Jetée, Tomoyo a fait ses études en France. La cinéphile tient son bar, de la taille d’un mouchoir de poche, depuis plusieurs décennies. Quentin Tarantino, Wim Wenders, Léos Carax ou encore feu l’Helvète Daniel Schmid sont des habitués.

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Si dans l’après-guerre, ces adresses accueillaient des bordels et lieux dépravés, dans les années 1970, ils prennent une autre direction et deviennent des bars à thématique: « Il y a le bar où se retrouvent les journalistes, les comédiens de théâtre. Ici, c’est le repair des cinéastes », glisse Tomoyo derrière son bar surchargé qui ne peut accueillir plus de 6 à 8 personnes à la fois. De fait, comme ses voisins, elle fait payer un prix d’entrée avant celui  de la consommation.

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Grâce à elle, j’apprends que mon film « Horizontes » est non seulement sorti en salles à Tokyo mais aussi à Osaka, Nagoya, Kagoshima et dans deux autres villes dont je n’ai pas retenu le nom. Et sa distribution aurait été soutenue par l’ambassade cubaine. Cocasse comme découverte. Forte de cette nouvelle, je rejoins mon lit à l’hôtel Aman et mon somnifère bio: l’épisode numéro 2 de « Tokyo Stories » car demain je pars tôt pour les Alpes japonaises.

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Informations pratiques : 

Air France propose deux à trois vols quotidiens pour Tokyo au départ de Paris Charles de Gaule. La durée au départ de Genève est de 14h35. Les tarifs pour la classe Economy démarre à partir de 729 CHF l’aller retour et en Premium Economy, ce qui faut la peine vue la durée du vol est à partir de 1239 CHF. www.airfrance.ch

Aman Resorts : A Tokyo, au coeur du quartier financier d’Otemachi, entre les étages 33 et 38 de l’Otemachi Tower, l’Aman Tokyo revisite la zénitude des Ryokan traditionnels dans une version moderne et urbaine. On peut aussi profiter de la vue et du Black Bar pour un Cocktail noir ou un Black Afternoon Tea. https://www.aman.com/resorts/aman-tokyo

 

 

Paris, we love you !

Au programme de ces 48 heures parisiennes : l’art de recevoir du Peninsula, expositions, cinémas, néo bistrots et rencontres avec une actrice à l’actualité chargée.

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Dans le TGV Lyria, je feuillette un article qui annonce le nouveau partenariat de la compagnie ferroviaire avec Stan Wawrinka. Je me redresse. Et si « Stan the Man » était assis dans mon wagon ? Je refais mon chignon. Dans le reflet de la vitre, je me trouve soudain niaise. Lire la suite