L’île Maurice, du dodo aux currys épicés

Fonds marins et végétation luxuriante, temples hindous et singes voleurs, l’île Maurice se décline à l’infini de ses eaux cristallines. Une parenthèse de rêve pour oublier notre pesante grisaille.

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– «Bonzour!»

– Notre guide zozoterait-elle?

– Non, elle vient de dire «bonjour» en créole mauricien, me chuchote ma voisine de bus.

J’ai atterri sur cette perle de l’océan Indien à 5h20, et j’embarque fissa pour l’excursion « Maurice autrement ». Le bus quitte le Club Med de la Pointe aux Canonniers avec une joyeuse bande de gais lurons, tous des Gentils Membres comme moi, l’éternelle single des groupes.

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Elodie Bonaventure, notre guide, se lance tout de go sur la richesse linguistique de son pays : «Les Mauriciens sont trilingues, voire quadrilingues.» Ancienne colonie hollandaise, française puis britannique (sans parler de l’influence arabe et portugaise), cette population arc-en-ciel manie l’anglais à des fins administratives, le français pour parler d’amour et le créole pour cancaner sur les touristes (je schématise un peu). A cela se rajoute le tamoul, le hindi, l’ourdou, le marathi, le gujarati ou encore l’arabe. Les Sino-Mauriciens – cette main d’œuvre débarquée avec les Indiens pour remplacer les esclaves dès 1835 – communiquent en mandarin ou cantonais.Résultat de ce melting pot? «Enn sel lé peps, enn sel nasyon», soit «un seul peuple, une seule nation». L’hymne national de ce pays qui est devenu indépendant en 1968 avant d’obtenir son statut de république en 1992. Good-bye Elizabeth! Sur le bord de la route, des enfants en uniforme se rendent à l’école. «Tout ça pour dire qu’ils sont au bout de leur vie nos gamins! Imaginez toutes ces langues à apprendre», rigole Elodie.

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«Ze dodo is dead, I repeat, ze dodo is dead». Je venais de demander si nous allions voir l’animal emblématique de l’île. J’ai trois cent ans de retard, semble-t-il. Extinction complète de cet oiseau de la taille d’un dindon, pesant dans les 20 kilos et mesurant jusqu’à un mètre. On dit qu’il ne pondait qu’un œuf par an, et ce, à même le sol. Bonzour les chances de survie! Avec ses trois misérables plumes en guise d’ailes et les chiens introduits sur l’île par les colons, ze dodo is really dead.

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Côté volatiles exotiques encore vivants, je jette mon dévolu sur le Bulbul orphée, un oiseau à la crête noire façon Jeanne Mas surfant sur le succès de son tube «En rouge et noir» ou le Serin du Cap aussi appelé le Tisserin gendarme avec son bec noir et sa robe jaune. Mais cessons de piailler.

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Première halte à la maison Eureka, au cœur de l’île. Construite en 1830 sur une plantation de sucre, la demeure coloniale sera rachetée par la famille Le Clezio (oui, l’auteur J.-M. G en parle dans ses livres). Avec ses 109 portes et fenêtres et ses salons en enfilade, la bicoque reflète un passé plutôt riche. Son mobilier raffiné provient de la Compagnie des Indes. On déambule dans le salon chinois. On s’extasie sur la vaisselle de Canton, la porcelaine de Limoges et celle de Sèvres. On frôle des fantômes, en lin blanc, sirotant une citronnade sous le porche ombragé. A côté du piano Pleyel, une illustration d’époque représente la tragique histoire d’amour de «Paul et Virginie» publié en 1787. Mon sujet au bac! Ces deux personnages romanesques de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre ne se sont-ils pas aimés puis perdus à Maurice, jadis appelé l’Isle de France?

Litchi, le fruit de l’ivresse

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A la Takamaka Boutique Winery, on déguste un vin sans raisins. Oui, M’dame, sans raisin! Ici, c’est le litchi qui entre dans la composition du moût originel. La cueillette et la récupération de la pulpe de ce fruit exotique se font à la main. Alexander Oxenham,cet œnologue un brin rêveur, utilise les techniques de vinification traditionnelles pour transformer avec subtilité les litchis en vins fins, du sec au liquoreux.

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Au bord du lac sacré, aussi appelé le Grand Bassin ou Ganga Talao, des Hindous font des offrandes tantôt à Shiva, tantôt à Ganesh alors que des singes leur volent des friandises. Ici, une fois par an, se tient un pèlerinage réunissant jusqu’à 600’000 fidèles. L’un des plus importants en dehors de l’Inde.

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A Chamarel, la terre des Sept Couleurs, ce phénomène naturel et géologique, atteste d’une présence volcanique sur l’île. Au loin, une rhumerie dite agricole jouxte une cascade: paysage de rêve où le jus de canne à sucre est extrait sur place avant même d’être distillé.

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Les Hollandais ont introduit la canne à sucre de Java en 1639. On en fait de l’arak, un alcool suffisamment fort pour aider ces bougres à s’endormir dans les nuits tropicales aussi bruyantes qu’effrayantes.

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Les Français, eux, la transformeront en sucre. «La canne à sucre, c’est comme le cochon : tout est bon. Son jus fait le rhum, le sucre et l’éthanol. L’écorce finit sur les toits». Elodie Bonaventure éclate d’un rire franc. En face d’elle, nous titubons après dix shots de rhum avalés d’une traite. Arômes vanille, café ou cardamome, elle a raison : tout est bon.

Coquillages et crustacés

LOTUS

Entre deux cours de tir à l’arc, de snorkeling et une tentative de ski nautique, je découvre le jardin de Pamplemousses avec 80 espèces de palmiers sans compter ses nénuphars, lotus sacrés et orchidées. Pierre Poivre a développé ce jardin botanique. Ce chasseur d’épices y planta fleurs, fruits et légumes qu’il ramena de ses périples des quatre coins du globe.

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Le soir, dégustation de ces épices introduites sur l’île dès 1766 dans les créations du chef tunisien de la Pointe aux Canonniers. Malek El Bahie, aux fourneaux, revisite la cuisine mauricienne avec le biryani par exemple, un plat indo-pakistanais à base de riz relevé aux clous de girofle et à la cardamome. «On rajoute du poulet ou du marlin pêché dans l’océan Indien. Une fois fumé, on peut aussi le déguster avec une salade de cœurs de palmiers croquants.» Un délice.

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Changement d’adresse. On file au sud de Port Louis, sur la côte ouest, pour découvrir le 5 Tridents de la Plantation d’Albion. Ici, plusieurs catégories de logements sur un domaine de 21 hectares baigné par l’odeur entêtante des frangipaniers. En famille ou entre amis, on peut opter pour les villas avec piscine, jardin et majordome privés. Ma chambre avec vue sur la mer se situe, quant à elle, dans un havre de paix : à 10 mètres de la piscine zen (sans enfants), 15 mètres du spa Cinq Mondes et du fitness. Olivier Brunois, ancien footballeur professionnel reconverti en coach sportif et professeur de Vibhava(« évolution » en sanscrit) se charge du programme wellnessavec des cours de yoga, de respiration ou de stretching dans la piscine. «Ici on respire la nature, on la sent », explique-t-il. Le cadre apaisant se prête à merveille pour s’initier au yoga sur un paddle ou lors d’une méditation face au coucher de soleil.»

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Au bureau des excursions, je craque pour une croisière dans les eaux translucides du lagon Bénitier avec le Morne Brabant pour voisin. A l’allée, on croise les doigts : «si vous êtes sages, vous verrez peut être des dauphins», nous lance le capitaine. On en verra 5 ! Enfin, l’ancre jetée, on patauge parmi des poissons multicolores avant de déguster des langoustes grillées au déjeuner.

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Au fil des jours, les habitudes se prennent dès le petit-déjeuner avec une halte au buffet mauricien. Cette cuisine colorée et épicée se caractérise par le passé colonial de l’île. Le matin, la mine frite, un plat d’origine asiatique avec des nouilles revenues dans un wok s’accompagne d’un thé aromatisé à la vanille des jardins exotiques de la plantation de thé Bois Chéri. On craque ensuite pour le dhall puri, la rougaille (sorte de ragoût à base de sauce tomate), les currys. On accompagne le tout d’un satini pommes d’amour (un chutney de tomates fraîches et coriandre) et de pickles, ces achards de légumes.

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L’après-midi, après mon cours de voile avec Issa, mon prof sénégalais, je rejoins le spa pour un rituel sur plusieurs jours. Au programme, un hammam suivi d’un massage ayurvédique ou polynésien et d’un gommage avec soin du visage. Enfin, coucher de soleil dans l’océan Indien sur la terrasse du bar Le Phare. Un cocktail bleu azur à la main, je salue Bulbul orphée qui s’en va rejoindre les bras de Morphée sur une branche.

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Informations pratiques :

En occupation à deux personnes et sans transport : A partir de 1589 CHF par adulte à La Pointe aux Canonniers en Chambre Supérieure Famille. A partir de 1672 CHF par adulte à La Plantation d’Albion en Chambre Supérieure. A partir de 2 843 CHF par adulte aux Villas d’Albion en Villa 2 chambres, vue jardin. Cerise sur le gâteau, les lundis et vendredis du 28 octobre 2019 au 2 mars 2020, Air Mauritius offre des vols direct au départ de Genève.

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