Le Cascadeur du festival de Clermont : Ce héros au regard si doux

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Mardi dernier. 13h. Au troisième étage de la Maison de la Culture de Clermont-Ferrand, siège du prestigieux festival de courts-métrages, je rencontre l’un de mes compagnons du jury Labo. Nous devons fissa enchainer avec la photo officielle et le dilemme se pose déjà : bleu ou pailleté ? Cascadeur, de son vrai nom Alexandre Longo, ne se montre jamais à visage découvert. De fait, il tient dans ses mains deux cagoules de catcheur mexicain. On opte de concert pour la version à paillettes. On se repeigne chacun les sourcils. Clic. C’est dans la boite.

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Nous voilà compagnons de voyage durant 5 jours. 30 films au programme que nous serons amenés à départager avec « le troisième homme » du jury, Kleber Mendonça Filho, chef de file du cinéma d’auteur brésilien. Des oeuvres au langage singulier, innovateur, des auteurs prêts à expérimenter une approche peu consensuel. Chaque jour, deux programmes de six films chacun nous attendent. Entre deux projections, on découvre le Marché du film qui grouille de professionnels et passionnés venus des quatre coins du monde. Le soir, les soirées et concerts s’enchainent mais aussi les spécialités auvergnates qu’on arrose, sans abus, de Volvic. Cette eau n’est-t-elle pas née sur ces terres volcaniques ?

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Cascadeur est originaire de Metz en Lorraine. Élevé dans une famille de musiciens, il commence le piano à l’âge de 8 ans et distille, depuis deux albums, sa voix aérienne et cristalline dans la pop française. Il mêle des instruments acoustiques à leurs clones numériques et nous emporte dans un vol plané, la tête renversée au-dessus des nuages. Rien d’étonnant s’il remporte la Victoire de l’Album de Musique Electronique / Dance aux Victoires de la Musique 2015. « Je ne m’y attendais pas car j’avais comme concurrent David Guetta.» En face du mastodonte de la musique électro, le héros casqué a su séduire les jurés avec son délicat univers.

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Aujourd’hui, c’est à lui de choisir un ou plusieurs gagnants : « J’ai fait des études en art donc je suis sensible à la fois à l’aspect pictural et musical des films. Je ne sais pas si je possède une crédibilité dans le cinéma pour juger le travail des autres. Parfois on se retrouve moins sensible face à un court-métrage, je me demande dès lors si je n’ai pas saisi le message. On ne peut pas posséder toutes les clés pour décoder l’univers d’autrui. »

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Le premier soir, je l’accompagne chez un réparateur d’instruments qui a gracieusement accepté de lui prêter son clavier pour qu’il s’entraine même loin de chez lui. En face, il y a une librairie et à côté un magasin de vinyles. Nous sommes trois jurés comblés. Je filme avec mon smartphone ce moment de vie si précieux : un enfant fait ses devoirs à même le sol et Alex pianote un air brésilien tandis qu’une pluie fine perle les pavés de la vieille ville. Je prends soin de ne pas filmer son visage qu’il préserve du monde extérieur comme une ultime protection.

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« Enfant, j’avais un problème lié à l’exposition qu’elle soit à l’autre, à la lumière, à la musique. Pour rejoindre des espaces publics où se trouvaient des adultes, je revêtais de ma panoplie de chef indien ou de Zorro. Nous vivions au-dessus d’une école d’art dans laquelle mon père travaillait. Pour le retrouver la journée, je devais traverser ce bâtiment qui m’impressionnait beaucoup. Ma parade était de me peinturlurer pour devenir une figurine humaine. »

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Le masque et la plume. Il commence très jeune à écrire ses propres chansons qui mèneront naturellement à son 1er album The Human Octopus en 2011, une formule piano-voix. Le 17 mars 2011 est publié le premier morceau de l’album, « Into the Wild », le second le lendemain, « Memories », puis un morceau chaque jour jusqu’à la sortie de l’album lui même, le 28 mars 2011. Son deuxième album, Ghost Surfer, est composé de 16 titres dont « The Crossing » en duo avec Stuart A. Staples, fondateur et chanteur du groupe Tindersticks. Cet album sorti en 2013 est presque entièrement chanté en anglais.

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Et nous voilà partis pour « Singing Skies » l’exposition conjointe de Suzanne Osborne et… Stuart A. Staples qui se tient à Clermont Ferrand. Quand vous parlez de coïncidence ! Le chanteur anglo-saxon nous reçoit avec un concert acoustique. Il présente ses écrits tandis que son épouse signe neuf études détaillées de ciels en grand format. Le lendemain, toujours avec mes compagnons du jury, on découvre au Petit Vélo le concert de Tindersticks.

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Le groupe mythique présente les titres de leur dixième album et une série de courts-métrages réalisée pour l’occasion en collaboration avec le Festival du court-métrage. On passe à la fin derrière les coulisses. Cascadeur discute sans masque avec Stuart. Je suis une ancienne timide. Aujourd’hui aussi je porte un masque en société mais il ne se voit pas. Je me demande dès lors comment c’est de monter sur scène et de devoir affronter un public. Alex me répond. « Pour monter sur scène, j’ai le cérémonial du vêtement. C’est à la dernière minute que je revêts mon casque et ma tenue de scène. C’est une manière d’enfiler une peau nouvelle qui me protège sur scène. »

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Aujourd’hui, père de deux jeunes garçons, il sillonne le monde mais rentre dès qu’il peut retrouver sa famille à Metz. Il garde précieusement une boite avec ses dessins d’enfant :  » J’ai retrouvé une série de vaisseaux transparents avec des petits bonhommes à l’intérieur. L’un d’eux avait la tête en bas et tombait du vaisseau avec les lettres « Aaaaaaa ! » qui accompagnaient sa chute. » Certains diront qu’il mène la vie d’un schizophrène. Le magazine les Inrocks écrivait: «  L’enfant est en lui».

Je dirai « L’enfant reste en lui ». Un don si rare.

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