Bodrum : le roi Mausole et sa boîte de nuit Halicarnasse

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La première fois que j’ai mis les pieds à Bodrum, j’ai couru, mon passeport en main, durant 15 minutes sans jamais regarder derrière moi. J’avais 17 ans et rentrais d’une escapade sur les îles grecques. Une amie m’accompagnait. Rebelles, nous voulions vivre nos premières aventures au lieu de se prélasser au bord de la piscine. La négociation auprès de nos parents fut âpre : 3 jours maximum. L’impression de vivre l’Iliade en mode accéléré avec des sauts de puce d’une île à une autre:

– Z’y va Homère, pimpe tes vers, on n’a pas 15 ans pour pécho Pénélope mais 3 jours pour le tour des îles.

Grâce à un an de grec ancien je déchiffrais les panneaux (sans rien y comprendre) et partais dans des diatribes anachroniques :

Salut philosophe ! Où pouvons-nous donner de la paille à notre cheval ?

-Sorry ?

– Ah! Tu parles anglais. Yep, alors en fait, je cherche à faire le plein d’essence du scooter.

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Une fois à Kos, des Grecs nous ont assuré que la Turquie se trouvait en quarantaine : «Les images à la TV sont sordides, les gens meurent. De jolies filles comme vous doivent rester chez nous.» Angoisse. Et si nos parents étaient entrain de mourir ? Il nous fallait les sauver. Le lendemain, nous achetons des billets pour une mini croisière proposant le déjeuner à Bodrum avant de rentrer se faire voir chez les Grecs.

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A peine l’embarcation amarrée au quai turc, nous prenons la fuite tout en brandissant nos passeports. Quelle surprise de découvrir le centre ville de cette luxueuse station balnéaire sans cadavres jonchant le sol. Evidemment parmi nos amis turcs, nous étions devenues le sujet de tous les quolibets.

C’est à ce moment précis que j’ai compris que les hommes étaient prêts à tout pour nous retenir. Entre autre à mentir. (Lol)

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Une vingtaine d’années plus tard, me voici à nouveau dans la péninsule. Je loge durant ce séjour à Göltürkbükü. Un nom imprononçable, il faut l’admettre. On me répètera trois fois la même anecdote sur ce village. C’est donc qu’elle doit être vraie:

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Dans les années 1980, les vaches y broutaient paisiblement. Les paysans donnaient en héritage à leurs filles les terres non cultivables à savoir en bord de mer. Grande erreur. Ces dernières, avec l’arrivée du tourisme, ont toutes fait fortune. Aujourd’hui, hôtels et pensions familiales se succèdent avec son lot de restaurants, bars et jetées privées sur lesquelles le vacancier prendra sa revanche au backgammon après une sieste sur son transat bercé par le mélodieux chant des criquets.

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Assise à l’une de ces terrasses je savoure mon premier café turc. Comme le dit un proverbe local : «une tasse de café mérite quarante ans de reconnaissance». Le Türk kahvesi, est préparé avec le marc, on le prend sans sucre, moyennement sucré ou sucré. Une fois la tasse à moitié bue, on la renverse pour que le marc noircisse la tasse et hop on trouve une vieille bigote pour qu’elle nous y lise notre avenir.

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Jusqu’au milieu du XXe siècle, Bodrum ressemblait aussi à un paisible village de pêcheurs. Sa notoriété venait de son commerce d’éponges. Suite à l’intérêt d’une communauté d’artistes, penseurs, poètes et d’intellectuels mené par l’écrivain Cevat Şakir, la région la province de Muğla se tourne vers le tourisme. La ville de Bodrum et les villages alentour totalisent 155.000 habitants. Mais la population décuple en été (même si les étrangers ont déserté les plages). De son côté, le chanteur Zeki Müren s’est laissé séduire par les oliviers, figuiers, mandariniers et pins maritimes qui ornent cette belle région d’Egée. Il a ainsi hissé la ville au rang de Saint-Tropez turc en popularisant Bodrum comme destination phare de la fête et de la musique.

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De nombreuses activités culturelles sont proposées durant l’été : en juillet, se tient le Festival de musique classique de Gümüşlük. En août, le Festival international d’Opéra et de Ballet et en septembre : le Festival de Turgutreis qui propose concerts de musique classique sur le port. Sans oublier la biennale des Arts de Bodrum avec expositions de peintres et sculpteurs internationaux qui a lieu en octobre.

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Sur les sept merveilles du monde, deux se trouvent en Turquie : le temple d’Artémis dans l’ancienne ville d’Ephèse, désormais appelée Selçuk, vers Izmir, et le mausolée d’Halicarnasse, situé à Bodrum. Je demande à mon chauffeur de taxi de m’amener voir la deuxième.

– Halikarnas ? Mais c’est une discothèque !

–  La 5e merveille du monde est une discothèque?

Le malentendu vient du fait que la ville était nommée «Halikarnassos» aux temps antiques et du fait que mon turc est un poil moins bon que mon grec ancien.

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Bodrum conserve en son sein de multiples œuvres issues des empires romains, byzantins et ottomans. Sa période historique la plus importante ? Lorsqu’elle fut la capitale de la région de la Carie à l’an 353 av. J.-C. Pile à ce moment, le roi d’Asie Mineure, Mausole ordonne la construction d’un tombeau immense qui ne fut terminé que trois ans après sa mort en 353 avant J-C. Plusieurs tremblements de terre et pillages fissurent au fil des siècles ces vestiges. Début XVe, les chevaliers de Rhodes utilisèrent la majeure partie des éléments du mausolée dans la construction de la citadelle de Bodrum. Aujourd’hui, une partie de la richesse archéologique se trouve éparpillée aux quatre coins du monde dont au British Museum.

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Au milieu de ce musée à ciel ouvert, seules les fondations du mausolée sont encore visibles. Il faut faire preuve de concentration pour imaginer que l’édifice mesurait 45 mètres de haut. Au premier niveau, un podium en escaliers, sur lequel se trouvaient la chambre funéraire et le sarcophage, était entouré de 36 colonnes. Au-dessus, la colonnade supportait un toit en forme de pyramide. Au sommet de cette pyramide se trouvait un chariot tiré par quatre chevaux en marbre.

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Le théâtre antique construit au IVe siècle av. J.-C borde, pour sa part, une artère à 4 voies et reste le vestige le plus intact de la région. Je rejoins le château fort à pied en me perdant préalablement dans les dédales de Bodrum. L’occasion d’y apprécier la physionomie de la ville qui se singularise par les nombreuses petites maisons aux murs blancs et aux fenêtres en bois bleu.

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Il est aussi fort agréable de flâner sur la promenade du port et d’apprécier les yachts et les traditionnelles goélettes en acajou (gulet). Les Stambouliotes sont friands de ces voiliers en bois et s’échapent souvent une semaine entre amis pour naviguer de crique en crique. Lors de cette «croisière bleue», le capitaine est généralement secondé par un cuisinier qui grille le poisson du jour, farcit les poivrons au four et tranche la pastèque. Un dîner arrosé de Raki, l’alcool national à base d’anis.

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Au bout de la promenade sur le port : le château Saint-Pierre (Bodrum kalesi). Le nom de Saint-Pierre, Petreum en latin, sera transformé en Bodrum par les Turcs. En voilà une nouvelle anecdote croustillante à distiller lors d’un repas mondain.

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Il faut savoir que je suis, comme beaucoup de gens en ce moment, à la saison 7 de « Game of Thrones ». Déjà, en visitant le Mausolée, je trouvais que Daenerys, la mère des dragons, aurait pu sans autre y orchestrer deux ou trois décapitations. Alors une fois dans les entrailles du château, je ne peux m’empêcher d’imaginer la reine Cersei Lannister balayant le sol de sa longue robe entre les couloirs et tourelles donnant sur la mer et criant à tue-tête :

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– Où se trouve mon frère Tyrion ? Qu’on le décapite !

– Mais enfin, je croyais que vous l’aimiez ?

– Ce nain? Depuis la saison 1 je ne l’aime pas. Suivez donc un peu l’histoire et profitez de votre été indien car… l’hiver approche.

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Informations pratiques :

Turkish Airlines propose 22 vols par semaine au départ de Genève pour Istanbul. Chacun  permet une connection bien desservie sur Bodrum. L’occasion aussi de coupler un séjour balnéaire avec une visite de la Sublime Porte.

Les prix en classe économie sont à partir de 251 chf toute taxes comprises. Plus d’informations sur : http://www.turkishairlines.com/

 

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