#Istanbul.

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Triste jour. Triste avenir. Mardi 7 juin, un nouvel attentat défigurait la Cité aux sept collines. La veille, je me promenais dans ce même quartier, celui de Beyazit et aussi dans celui de Sultanahmet. J’ai visité Sainte Sophie, l’ex-basilique transformée en mosquée puis en musée par le visionnaire Atatürk qui rêvait jadis d’une laïcité éternelle. Cette Sainte Sophie risque, dans un futur pas si éloigné que ça, de redevenir une mosquée marquant un retour en arrière sur certaines convictions qui semblaient acquises. 

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J’ai tenté de négocier des épices au marché couvert (que j’ai finalement payées le double du prix de départ) et j’ai ramené du miel des montagnes que je mangerai chez moi avec du simit, ce pain turc en forme de couronne recouvert de sésame et du kaymak, une crème de lait épaisse qui rendrait jaloux les plus fervents adeptes de la double crème de Gruyère.

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L’après-midi, j’ai lu des histoires sur Soliman le Magnifique dans l’Eden du Four Seasons Sultanahmet, une ancienne prison à l’époque des Sultans devenue depuis un havre de paix pour les voyageurs chanceux. Et j’ai siroté un verre de raki, une boisson anisée et alcoolisée, sur leur terrasse pour y regarder les minarets de Sainte Sophie et de la Mosquée Bleue qui, protégés des djinns par le ballet incessant des mouettes, s’élancent fièrement dans le ciel étoilé.

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Dans ce même quartier, j’ai découvert, au coin d’une ruelle, le musée de la photographie qui regroupe une série de clichés sur la ville prise au milieu du XXe siècle. Il n’y avait étrangement aucune femmes voilées. Je me suis arrêtée, dans la foulée, pour manger un künefe, un dessert turc apparenté au kenafeh du proche-orient et fait de fromage fondu entre deux couches de cheveux d’ange le tout arrosé de sucre fondu. Je l’ai savouré tandis que le serveur, esseulé sur sa terrasse abandonnée par les touristes, me parlait de son village natal. Il devait être content de partager ce moment car il m’a offert un thé et des lokums.

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Et puis j’ai quitté l’historique Corne d’Or pour me perdre dans les ruelles animées de Beyoglu en passant devant des boutiques de jeunes designers, des bars branchés où des personnes concentrées derrière leur ordinateur m’ont paru écrire les premières lignes de leur roman ou scénario.

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J’ai acheté un cd du groupe Baba Zula que j’avais eu la chance de découvrir lors d’un concert il y a dix ans de cela. La chanteuse portait une tenue de danseuse du ventre avec des lunettes ray-ban au bout du nez et maniait avec dextérité la guitare électrique.

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J’ai présenté mon film « Horizontes », sélectionné au festival Documentarist. Dans la même salle, en 2003, je découvrais pour la première fois le travail de Nuri Bilge Ceylan. Nous étions en avril, au festival d’Istanbul, il y présentait »Uzak » en première mondiale. Je regardais le film assise à côté du sélectionneur de Cannes. Un mois après, ce même film concourait dans la sélection officielle du plus grand festival au monde.

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J’ai passé une heure dans le hammam du Shangri-La, cette ancienne fabrique de tabac transformée en palace et située sur les rives du Bosphore à deux pas de l’embarcadère de Besiktas. Une heure durant laquelle j’ai imaginé les belles épouses des Sultans qui chassaient l’ennui en se nettoyant le corps avec de l’huile de rose. Certaines, une fois déchues, finissaient au fond d’un sac en jute, jetées durant la nuit dans le Bosphore depuis le palais du Dolmabahce. En regardant depuis la fenêtre de l’hôtel, je peux voir ce palais surplombant la rive, et devant lui, celui du nouveau premier ministre. Je suis soudain prise de pitié pour lui. Combien de temps restera-t-il au pouvoir avant de finir lui aussi dans un sac en jute ?

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Et puis j’ai passé une demi-journée à faire des allers-retours à bord d’un bateau à vapeur qui relie Besiktas à Kadikoy, sur la rive asiatique. J’avais « Istanbul » d’Orhan Pamuk comme compagnon de voyage et, chaque deux minutes, je relevais la tête pour observer le paysage si similaire à ses descriptions.

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Le jour suivant, j’ai procrastiné au bord de la piscine du Four Seasons Bosphorus avec, disons-le, une des plus belles vues du monde. J’aurais rêvé que le temps s’arrête pour rester plus longtemps dans cette parenthèse de rêve. C’est marrant, j’ai vécu dans cette ville durant l’hiver 2003. J’y préparais un mémoire de post-grade sur le cinéma turc. J’ai vu au moins 300 films à cette époque mais je n’avais jamais su apprécier la magie de la ville. Comme le dit Orhan Pamuk, il faut quitter Istanbul et c’est seulement quand on revient qu’on se rend compte qu’on l’aime à la folie.

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