Tanzanie : Le rhinocéros de John Wayne et le campement de luxe du Sanctuary de Ngorongoro

« Hatari! » Un rhinocéros de l’Unesco et un John Wayne comme nouveaux compagnons de route…  De quoi mériter un scotch en pleine brousse avec un, et puis non, deux glaçons.20150816_165515_resized

La veille de mon départ pour le camp Sanctuary Ngorongoro situé à l’entrée du célèbre cratère, un Masaï travaillant pour la sécurité du Four Seasons me surprend lorgnant sur les films de la vidéothèque. Il me pointe d’un doigt certain « Hatari! » qui veut dire « Danger! » en Swahili.  Un Howard Hawks avec John Wayne tourné dans la même région en 1961? If you say so…

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Le lendemain, après une heure de route, départ dans un petit avion à hélice pour le lac Manyara. Manyara me fait penser à Myanmar… Le 31 juillet dernier je devais récupérer mon visa au consulat de la Tanzanie. La porte est close alors qu’ils m’avaient promis de ne pas fermer leur bureau en cette veille de fête nationale suisse. Finalement, un asiatique (assurément des services techniques ou du nettoyage) m’ouvre la porte. Il comprend qu’il n’a pas d’autre choix que de me rendre mon passeport et se lance dans une série d’appels. 30 minutes plus tard, – durant lesquelles j’ai légèrement perdu patience – il m’annonce qu’un de ses collègues est parti chercher une clé chez le consul. Soudain, je reconnais au mur la photo de la pagode de Shwedagon, l’emblème de la Birmanie, et comprends avec effroi que je me suis trompée d’étage : le consulat de la Tanzanie se trouve au 2eme. Je lance un « Mingalabaaaa!  » (je ne sais dire que « bonjour ») et déguerpis de la Mission du Myanmar sise au premier.

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Me voilà donc au lac Manyara avec mon visa pour la Tanzanie tout sec dans mon passeport. Je partage ma jeep avec un couple de médecins de l’ex République démocratique allemande : « Nous avons grandi dans une prison. Depuis la chute du mur, nous voyageons de par le monde. » En effet, ils ont sillonné à peu près toutes les régions de notre planète. Au fil des ans, leur citrouille s’est transformée en carrosse, et aujourd’hui, ces sexagénaires se paient le luxe de l’exclusif en posant leurs valises au Sanctuary. Nous serons durant ces deux jours les seuls clients du luxueux camp mobile situé près du cratère de Nogorongoro, à 180 kilomètres à l’ouest d’Arusha.

Nous roulons une heure sur la crête circulaire de plus de vingt kilomètres de diamètre située au cœur du massif. Cette aire de conservation est non seulement protégée mais aussi inscrite au patrimoine mondial. Notre campement se trouve, lui, à l’écart dans une forêt de brocolis géants.

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Dix tentes avec chacune un majordome à disposition. Il est là pour nous verser de l’eau chaude chauffée au feu de bois quand on veut prendre sa douche mais aussi, la nuit tombée, pour nous escorter au dîner guidé d’une lampe torche. Entre deux, il aura pris le temps de me cirer mes baskets. Welcome to Downton Abbey façon Africa.

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Evidemment, dans cette série télévisée où une famille d’aristocrates anglais souffle des heures durant sur des nuages de lait flottant dans des tasses de thé en porcelaine, ce serait un vieil oncle marginal qui vivrait ce genre d’expérience subsaharienne. Il débarquerait sans prévenir dans la froide Angleterre pour célébrer Noël en famille. Et durant deux épisodes, il bousculera ses hôtes qui n’avaient pas prévu un domestique pour l’habiller : « Grand Dieu ! j’ai besoin de personne ! »

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Et voilà que la grand-mère acariâtre, la comtesse de Grantham, le toisera du regard, choquée par son franc parler. Lui, jettera un, et puis non, deux glaçons dans son scotch et racontera son périple africain à qui veut l’entendre…

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Le premier soir, après le dîner, je ferme le zip ma tente et fonce sous la couette. Une bouillotte chaude m’y attend, je l’entoure de mes pieds et appuie « play » sur mon ordinateur. Regarder un Howard Hawks au fin fond du monde : what else ? L’électricité fonctionne grâce à un générateur.

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Voilà qu’une course entre deux voitures et un rhinocéros s’entame sur mon petit écran. Ils sont en Afrique à quelques kilomètres d’Arusha. Dans une scène suivante, John Wayne, chasseur d’animaux sauvages, doit accueillir dans son lit une photographe rouquine envoyée par le zoo de Bâle. C’est embêtant, elle est canon et convoite dès le lendemain le coeur bourru et blessé de Wayne. Celui-ci, tel un animal bientôt en cage, maugrée tout seul dans son coin en jetant un, et puis non, deux glaçons dans son scotch. Un autre pourvoyeur qui fait partie de cette bande hétéroclite rassure la jeunette : « s’il était gentil avec toi ce serait le signe de son désintérêt à ton égard. »

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Le matin mon majordome de la forêt de brocolis géants me réveille à 5h30 avec un café fumant. Le cadavre de ma bouillote est déjà froid. Le déjeuner terminé, on monte dans la jeep direction le cratère de Ngorongoro. Je m’entortille dans du tissu masaï, il fait frisquet mais je me réjouis de voir un rhinocéros. Il parait qu’il y en a 24 dans le coin. J’espère qu’ils ne défonceront pas notre voiture à l’instar de celle de John Wayne.

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Nous sommes les premiers sur place. La lumière du ciel inspirerait Turner. Je découvre l’option ISO sur mon Samsung, sans trop savoir à quoi ça sert je mitraille les buffles en surfant de 100 à 400.

20150817_082945-1_resizedLes hyènes se partagent une carcasse de gazelle ou jacassent avec leur progéniture. Un chacal mordille la viande autour des cornes de feu l’inoffensif gnou herbivore tandis qu’un vautour se lime patiemment les ongles attendant son tour à quelques mètres de là. Le lion sieste seul au cœur du cratère. Il boude. A droite, des autruches, à gauche des buffles. Mais voilà, quatre heures plus tard, les rayures des zèbres ne me font plus d’effet en ce 9e jour de safari. Et puis, toutes les voitures cherchent le rhinocéros, le seul qui manque à l’appel dans ma liste des animaux sauvages.

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Au début de la matinée nous roulions seuls, à midi, nous sommes plus de 100 jeeps devant un point d’eau où flottent une famille d’hippopotames. Le prix de l’entrée au cratère par transport s’élève à 300 dollars. Je me demande ou file les 30’000 USD quotidien que le lieu génère. Je pense que je rentrerai en Europe avec cette énigme non résolue.

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Le soir, je rejoins John Wayne sous ma tente tout en savourant à sa santé un scotch avec un, et puis non, deux glaçons. Le « Bwana » comme l’appelle amicalement ses disciples, n’aura pas ramené son rhinocéros malgré maintes tentatives mais aura cédé au charme de la belle photographe en l’épousant. Un chasseur sachant chasser sans son chien s’est fait chassé.

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Plus d’informations: http://www.sanctuaryretreats.com/tanzania-camps-ngorongoro-crater-camp

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