Tanzanie : le Four Seasons Safari Lodge du parc national de Serengeti

Oui, c’est bateau de parler de luxe, de calme ou encore de volupté quand il s’agit de décrire un établissement hôtelier mais le Four Seasons Safari Lodge du parc national de Serengeti se prête à merveille à ce sens commun. 

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Niché au coeur du parc national, le lodge offre à chacune de ses 77 chambres une vue panoramique sur la savane. Douze d’entre elles possèdent un salon et une piscine privée sur la terrasse. C’est le cas de la mienne.

A chaque fois que je pénètre dans une chambre d’hôtel, je m’amuse à transformer son intérieur en appartement. Dans ce cas ci, j’enlèverai la deuxième salle de bains qui ne me sert à rien pour en faire une cuisine, je rajouterai un coin salle à manger et transplanterai le tout dans le 9eme arrondissement de Paris.

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On me prévient qu’il faut toujours bien fermer la porte de la baie vitrée. Les babouins apprécient le concept du room service et viennent s’approvisionner dans le lodge. Mais, à l’instar de rockstars, ils saccagent aussi l’intérieur des chambres. A peine, m’a-t-on prévenu qu’un intrus surgit sur ma terrasse. Etant naturellement née bordélique, j’ai depuis mon arrivée tout jeté en vrac à terre, histoire de marquer à ma manière mon territoire : mon sac, mes lunettes, la crème solaire que j’oublie toujours de mettre, les deux livres que je lis en même temps, le Vanity Fair du mois de mai et mon passeport que je devrai d’ailleurs vite ranger dans le safe. Et sur le canapé, mon ordinateur, mon calepin et mon téléphone.

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Le sens pratique fait que j’emporte fissa mes appareils électroniques à l’intérieur n’ayant toujours pas fait de backup. Et puis, je me dis que ce serait cocasse de retrouver le singe entrain lire le Vanity Fair. Peut être même qu’un enfant en plein safari le repèrera quelques jours plus tard avec ses jumelles et tentera de partager cette découverte incroyable avec ses parents qui lui répèteront sans prêter attention : « Mais oui, mon chéri, c’est très bien. » 20 ans plus tard, ce même garçonnet devenu adulte aura développé un esprit fragile et inquiet. C’est seulement à l’orée de ses quarante ans qu’il rencontrera enfin une femme. Elle le croira immédiatement lorsqu’il lui parlera de ce babouin qui lisait les pages glacées du magazine de Michel Denisot. Par un pur hasard, elle même avait vécu la même expérience lors d’un voyage familial au nord de la Thaïlande à quelques kilomètres de Chiang Mai. Ils auront des enfants et, un jour, les emmèneront vivre l’expérience d’un safari en Afrique. Sauf qu’au moment où leur fillette leur pointera du doigt, les yeux écarquillés, un singe surfant sur un ipad les jeunes parents seront eux en pleine dispute et donc pas réceptif : « Mais oui, ma chérie, c’est très bien. »

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Durant ces trois jours, j’ai décidé, sans une once de vergogne, de ne rien faire. A quoi bon imiter les autres voyageurs qui rejoignent à l’aube les jeeps pour un tour de « Game drive » en quête de sensations fortes puisqu’ici, les animaux viennent à vous. Ainsi, le premier matin, après un smoothie au céleri, fruit de la passion, gingembre qui accompagne un duo de pancakes surplombé par une gaufre, je rejoins mon transat au bord de la piscine centrale. A trois mètres d’elle, un étang. Et voilà qu’apparaissent à la queue un troupeau d’éléphants. Cette vingtaine de pachydermes s’abreuve, trompette, arrache du feuillage et du même pas lent mais assuré disparait à nouveau dans la savane. Les jours suivants, le même défilé s’orchestre à nouveau. A la longue, je commence à dissocier les mâles des femelles, et à imaginer les couples, tiens lui dois « tromper » machine avec celle-là, c’est pour ça qu’elle boude. Mais j’ai surement complètement tord.

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Aux abords de la piscine, un Masaï scrute l’horizon. L’établissement a engagé ces guerriers autochtones pour surveiller le lodge. Leur tribu sise en Afrique de l’Est, principalement au sud du Kenya et au nord de la Tanzanie, refuse d’abandonner ses coutumes et traditions. Même ici, ils sont armés d’un bâton, vêtu d’un tissu coloré à carreaux, les oreilles souvent percées et pendantes, ils communiquent, me dit-on, avec les animaux. je leur fais un « Jambo » de loin. ça veut dire bonjour en Swahili. J’ai presque envie de leur dire que je communique aussi avec les zèbres mais autant garder secret ce nouveau don.

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Le lendemain matin, je suis un cours de yoga privé à 7h30 heures avec un professeur indien. J’inscris dans l’agenda de mon cerveau qu’il faut absolument que je me réinscrive à mon retour à Soluna d’autant plus que cette école de yoga se trouve à dix mètres de chez moi. Je salue le soleil en long et en large avant de filer au petit-déjeuner. Dans ce genre d’hôtels, c’est un pêché selon moi de ne pas se prélasser au moins 2 heures dans la salle à manger. J’y lis la presse, j’essaie de suivre le fil de mes pensées, je relis le même article car je n’étais pas concentrée, je prends des notes et hop, le temps a filé entre mes doigts tandis que le sirop d’érable, lui, restera à vie sur mes hanches.

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L’après-midi, la direction m’invite à découvrir le massage signature de l’établissement dans l’un des bungalows du spa. Le Kifaa dure 90 minutes et s’inspire de la tradition des Masaïs qui farfouillent les plantes et arbres pour contrecarrer les maux physiques. La thérapeute applique une huile de baobab sur le corps et masse le corps à l’aide d’un bâton en bois d’eucalyptus ou de chêne trempé dans de l’eau chaude, le tout s’accompagne de chants traditionnels. A la 73e minutes, je lève les yeux vers l’horizon. Un babouin est assis sur la terrasse et me toise du regard. De là ou mes poils s’hérissaient en sa présence, je prends conscience de ma soudaine zénitude.

wpid-20150814_182437.jpgLes deux soirs, l’un des managers, originaire de Jordanie, m’invite à dîner. C’est généralement souvent ennuyant ces dîners de bienséance où l’un pense faire plaisir à l’autre alors que cet autre est très bien avec son livre. Mais voilà, il s’avère qu’il est passionnant. Et puis, on vient du même coin. D’ailleurs une de mes cousines vit à Amman. On entame la conversation sur le Moyen-Orient, sur un de mes projets de filmer des surfeurs palestiniens à Gaza qui, comme Brice de Nice, attendent inlassablement « la vague ». Le lendemain soir, il fait déposer une veste dans ma chambre histoire que j’ai moins froid lors du dîner suivant.

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Nous recréons le Moyen-Orient une fois de plus. Le soleil se couche aussi vite que se vide ma coupe de sparkling cheetahs (prosecco et fruit de la passion, un clin d’oeil aux guépards). « La vita è bella » aurait répondu Fellini à Visconti avant de s’allumer un cigare et d’observer un Il Gatopardo se fondre dans l’horizon.

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