Tanzanie : Le sauvage parc national de Serengeti et le cosy Sanctuary Kusini

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Dimanche matin, Ô joie, KLM m’offre un upgrade Genève-Amsterdam avec l’accès au lounge pour un café matinal, les pages culturelles du « Monde » couplé d’un birchermuesli qui fera connaissance quelques minutes plus tard avec une tranche de saumon au fromage frais servie à la place 1A.

Durant le vol Amsterdam-Kilimandjaro, je découvre avec effroi que les garçons de 4 ans ne se taisent jamais. De quoi penser à la conversation que j’ai eue la veille avec une connaissance : pourquoi diantre faut-il absolument faire un enfant ? Qu’importe, je mets le casque et m’apprête à passer les dix prochaines heures à pleurer comme une madeleine. Autant l’avouer, la haute altitude m’empêche de bien choisir les films. Je renifle déjà devant la bande-annonce de « Loin de la foule déchainée », un drame romantique avec Matthias Schoenaerts. L’hôtesse, dotée d’une forte dose de condescendance, me glisse discrètement quelques kleenex.

Arrivée à 21h à l’aéroport du Kilimandjaro, Isaac, mon chauffeur, me conduit à Arusha, la ville qui sert de camp de base aux adeptes de trekkings dont je ne fais résolument pas partie. La voiture bifurque brusquement évitant de justesse un camion qui nous fonçait allègrement dessus. « Welcome to Africa » chantonne Isaac.

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Le lendemain à 5h30, il fait encore nuit. Je m’habille en guignant par la fenêtre du Mount Meru Hotel. Je n’ai pas vu les cimes du Kilimandjaro la veille, là, je ne peux qu’imaginer le Meru comme une masse noire sur fond noir. Isaac m’attend dans sa jeep. On rejoint l’aérodrome. A côté de l’avion à hélices, une poupée Ken à peine déballée de sa boite. Ce sud-Africain canon va nous servir de pilote. « Tu peux t’asseoir à côté de moi. » Vous êtes très beau, jeune homme, mais sans façon, merci. On survole la ville d’Arusha qui se réveille gentiment. La terre labourée et les champs cultivés sont ponctués de villages. Les huttes entourent un enclos pour le bétail. Enfin, la nature, la brousse, les lacs et la savane.

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Le pilote me pointe du doigt des flamands roses qui se préparent à migrer. Je ne vois qu’une tâche rose au sol mais je ne cherche pas à le contredire. Il est si beau. Je découvre aussi le cratère de Ngorongoro que je vais visiter dans une semaine avant un atterrissage tout en douceur sur la piste en terre battue du parc national de Serengeti. Heureusement, Ken maitrise autant la terre battue que Roger Federer. Tandis que je frôle l’entorse en sautant de l’avion avec la souplesse d’un manche à balai, deux girafes mâchent les feuilles d’un acacia. Leur manque de curiosité vexe mon ego.

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Il est à peine 8 heures du matin qu’on m’accueille déjà avec du champagne frais. J’opte pour un jus de mangue. Patrick, mon driver est à la fois Masaï et chrétien. J’imagine, sans oser le lui demander, que les Anglais, anciens colons de la Tanzanie, y sont pour quelque chose. Il m’emmène fissa en jeep faire un premier tour du parc. On sort des sentiers. L’irrégularité du sol a pour effet de réveiller ma vessie. Il appelle ça faire de l’ « off road ». C’est donc en « off road » que je fais mon premier pipi sauvage.

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J’ai déjà participé à un safari quand j’étais au Kenya il y a 10 ans. J’avais détesté l’expérience de devoir pénétrer un enclos dans lequel vivaient « librement » des animaux « sauvages ». Je m’étais d’ailleurs imaginé la vie de ces bêtes de foire en version manga psychédélique : tous les matins, à 6h30, elles pointent à l’entrée du parc, grognent jusqu’à midi devant des touristes japonais ravis et rejoignent la cafétéria pour un déjeuner vegan & gluten free avant d’entamer la sieste du fonctionnaire le reste de l’après-midi. Sauf qu’ici, en Tanzanie, le parc de Serengeti ne possède aucune clôture et dans sa partie sud, on ne croise pas d’autres voitures. Seule au monde! Je-suis-seule-au-monde. Devant une carcasse de buffle, je m’empresse de demander à Patrick ce que je dois faire s’il s’évanouit ou meurt au volant.

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Faute d’appareil photo qui coûte une blinde, j’immortalise mes deux animaux préférés en photographiant l’intérieur d’une paire de jumelles. Je baptise ce nouveau genre artistique le « Système D africain ». Il n’y a rien à dire, je pourrai apprécier des heures durant la zénitude de la girafe qui machouillerait un pneu qu’elle ne s’en rendrait pas compte. L’autruche, elle, possède ce je-ne-sais-quoi qui me ressemble. Elle doute constamment. Sa partie supérieure veut tourner à droite alors que ses jambes l’emportent à gauche, nait de cette maladresse attendrissante une parade que je commence aussi à maîtriser dans ma vie quotidienne.

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Le soir au camp de Sanctuary Kusini quelques privilégiés profitent du coucher du soleil. Les dix tentes possèdent toutes une salle de bains, un lit double, bref, le confort rêvé d’un cinq étoiles. On m’attribue la tente VIP avec une vue remarquable la journée car la plus éloignée des autres. A la tombée de la nuit, par contre, j’imagine terrorisée sous mes draps qu’un dragon s’approche de mon balcon. Sacré bon sang, il va mettre le feu à ma tente ! Le lendemain, j’explique avoir entendu son souffle. « C’était un buffle », me rassure le manager. Patrick, lui, me dira que c’était peut être un lion. Ils viennent souvent s’abreuver la nuit au camp…

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Pour le petit-déjeuner, on roulera deux heures après un lever douloureux à 5h du matin. Le soleil se lève doucement, les animaux baillent encore. Les girafes nous dévisagent au loin toujours sans la moindre marque de curiosité à notre égard.

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La cantine se situe en plein centre ville dans une artère bruyante. En découvrant la mise en place, je regrette de ne pas porter du Louis Vuitton made in China. Je n’ose pas demander un expresso, Patrick serait capable de trouver une solution pour m’en faire un.

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On reprend la route sans but précis. On croise une femelle guépard et ses deux rejetons. Ils scrutent l’horizon et semblent constamment inquiets, sur le qui vive. Deux hyènes les observent de l’autre côté d’un étang. Avec son poil décoiffé et son regard hagard, ce prédateur ressemble  à un quadra ivre mort à la sortie d’une boite de nuit à 7 heures du matin.

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Patrick m’explique qu’un père de famille lui avait demandé s’il était possible d’assister à une chasse entre animaux. Par chance, ils tombent sur Monsieur et Madame Warthog (ça donne littéralement cochon à verrues). De la famille des cochons donc, ces derniers ressemblent avec leur crinière et petites pattes aux poneys mais aussi aux hippopotames, les cornes en plus, ces mutants courent si vite que j’ai dû piquer la photo sur la Toile.

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Donc Monsieur et Madame Warthog se retrouvent soudain entourés par des hyènes. L’une d’elle attaque Monsieur qui se débat tant bien que mal mais le voilà mordu. Mince, l’odeur du sang transforme la hyène en teigne. Elle ne va pas lâcher le morceau. Pendant ce temps, Madame a pu filer à l’anglaise et se cacher dans un trou. Dans la jeep, le père de famille et son fils mitraillent la scène, avides de sang eux aussi. Le warthog se fait attaquer de toute part et ce sans pitié aucune. Le carnage est si violent que l’épouse et la petite fille sont en larmes. Patrick m’a raconté de nombreuses anecdotes durant ces deux jours mais celle-ci m’a le plus marquée. J’imagine cette même famille américaine quelques jours plus tard mangeant un plat de macaronis au fromage à peine décongelés. Le père éteindra la TV car il en a marre que les journalistes montrent des images du peuple palestinien qui se fait bombarder et encercler par Israël. A l’heure du repas! Ca ne se fait pas.

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