Festival du film de Locarno : « Horizontes » et Andy Garcia

Projection de « Horizontes » dans la catégorie Panorama Suisse, Andy Garcia et  la magistrate Carla del Ponte croisée aux WC de l’Eden Roc.

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Mon film « Horizontes » était projeté ce vendredi à 11h dans la salle Fevi du festival du film de Locarno et ce, précédé du court métrage « Nuvem Negra » de Basil da Cunha. Le cinéaste Suisse d’origine portugaise est aux abonnés absents. Ça m’aurait fait plaisir de présenter le film avec lui sachant que nous avons déjà fait les 400 coups ensemble.

Un responsable de Manor, sponsor du festival, m’écrit un sms: il vient d’atterrir à Lugano avec son épouse. Je lui promets de tenir le micro un long moment pour lui laisser le temps d’arriver à Locarno. Sur scène, une partie de l’équipe technique du film m’accompagne: Javi Gesto m’a aidée à la post production et Grégory Bindschedler a signé l’image.

« Nuvem Negra » aborde la destruction systématique de la favela Reboleira. Un petit village au cœur de l’agglomération de Lisbonne menacé par des grues terrifiantes. On pense forcément à « dans la chambre de Vanda » de Pedro Costa avec ce regard nostalgique d’un passé qui s’effrite sous nos yeux. Les souvenirs des voisins s’entrechoquent jusqu’au moment où la musique, quelques sons grattés à la guitare électrique, vole soudain la vedette à la parole et à l’image. J’imagine Jim Jarmusch. S’il était là, il aurait clos les yeux pour mieux s’imprégner de cette bande son.

Le générique de mon film commence. J’hésite entre le regarder à nouveau et prendre un café au soleil. Il faut préciser que ma carrière de cinéaste a démarré dans la même salle, en 2008. Mon court métrage « Racines » concourait pour le Pardo di Domani. La veille de la projection, j’avais rêvé qu’il commençait à mi-chemin. Je m’étais empressée d’entrer dans la cabine du projectionniste pour sonner l’alarme. Il m’avait alors expliqué qu’il y avait du retard dans le programme et qu’il avait décidé de sucrer les premières minutes de mon film puisqu’il ne s’y passait rien. Un véritable cauchemar.

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Finalement, je suis restée dans la salle. A l’issue de la projection, une salve d’applaudissements. Je suis pudique et ne sais jamais trop quoi faire à ce moment. Mais ce jour-là, cette reconnaissance du public me touche profondément. Le jeu des questions-réponses commence dans la foulée. Dans la salle des têtes connues. On me parle tantôt en français, tantôt en allemand ou encore en anglais. Je rencontre à la sortie le Président du Béjart Ballet Lausanne qui me félicite. Je le challenge : « Vous avez vu mon clin d’œil à Maurice ? » Et puis le directeur du festival de Guadalajara s’approche : « Je veux votre film dans ma prochaine édition. » Top! J’adore les fêtes de ce festival mexicain et surtout je connais une adresse où l’on y savoure les meilleures Margaritas. Le responsable de Manor et son épouse, arrivés pour le début du film, m’invitent le soir même au dîner du Leopard Club de l’Eden Roc : « histoire de rencontrer de futurs mécènes ».

Mais pour l’heure, la direction du festival tessinois nous convie à un déjeuner sous le porche de la Magistrale. La chaleur est étouffante. Une heure plus tard, je rejoins les professionnels du cinéma suisse pour le traditionnel cocktail orchestré par l’Office Fédéral de la Culture. Isabelle Chassot à la tête de l’institution sert elle-même des verres d’eau tant la chaleur est oppressante. Un journaliste turc me demande par mail une photo pour un article qu’il s’apprête à envoyer à un quotidien.  Bon sang, j’en ai aucune. Je demande à une amie de m’immortaliser cachée derrière un buisson. Je suis suintante et stressée. Tant pis, on l’envoie. Je planifie la sortie en salle du film et en parallèle communique déjà sur mon nouveau court-métrage qui devrait être terminé cet automne. Je vois l’heure qui tourne, je suis en retard. Heureusement, Mme Chassot m’emmène dans son taxi. C’est l’une des seules à être invitée au diner du Leopard Club. L’occasion durant le trajet de lui faire part de la nouvelle tapisserie de mes WC qui représente en taille géante les lettres de refus de soutien de l’OFC…

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Nous voilà foulant le sol de la terrasse de l’Eden Roc, un des dix hôtels les plus chics de la Suisse. Parmi les invités prestigieux, Andy Garcia, venu en famille. L’acteur américain recevra le soir même un prix honorant sa carrière sur la Piazza Grande. Pour l’heure, on l’invite à prendre la parole devant les sponsors du festival. Le Cubain d’origine rappelle son parcours sans passer par les cases « le Parrain 3 » ou  « les Incorruptibles ». Il parle de « Lost City » qu’il a tourné lui même et qui aborde la période de transition entre Batista et Castro. Un mauvais film, ceci dit en passant, mais qui lui a tenu à coeur puisqu’il a trimé des années durant pour le réaliser. Lui même n’a-t-il pas quitté Cuba avec ses parents en 1961? A la fin de son discours, une horde de gens l’approche.

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C’est quand même ballot d’avoir montré un film le matin même qui parle de Cuba et de l’avoir ce soir en face de moi. Je regarde sa femme qui est en retrait avec ses enfants. Comme dit le proverbe (que j’ai peut être inventé pour l’occasion) « si tu ne peux pas approcher le lion, vise la lionne ». Je contourne la foule et l’aborde. Ses enfants adorent Alicia Alonso!

Juste avant de passer à table, je me retrouve nez à nez avec Andy Garcia. Il est seul, je suis seule. Je lui refais mon pitch en espagnol sur mes deux films tournés à Cuba: « j’ai laissé un flyer à son épouse avec mon contact… blabla… je serai ravie qu’il les regarde…blabla… Cuba, Alicia Alonso, Omara Portuondo et Paris Hilton, bla bla bla… » Il me sert la poigne : « Gracias ». Va savoir s’ils retrouveront mes coordonnées demain.

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Après le foie gras poêlé et le risotto aux truffes, direction les WC. Des bus attendent à l’extérieur pour nous amener à la Piazza. Le film du soir, “Der Staat gegen Fritz Bauer” by Lars Kraume traite de ce procureur allemand qui a aidé le Mossad à capturer Eichmann. Devant moi, un autre procureur se lave les mains : Carla del Ponte. My hero ! J’avais suivi de près son travail pour le Tribunal de la Haye. Elle s’était battue des années durant contre la bureaucratie et l’hypocrisie de la diplomatie pour que soient jugés les criminels de guerre serbes. Aujourd’hui, me raconte-t-elle, tout en s’essuyant les mains, elle se concentre sur la Syrie. La magistrate helvète se déplacera ces prochains jours en Irak, au Liban puis en Turquie. On aborde le problème d’Erdogan. Je ne l’aime pas. A cause de lui, mon nouveau projet de documentaire qui était de filmer un hôpital psychiatrique pour enfants à la frontière turco-syrienne est bloqué car la zone est devenue trop dangereuse. Une chose est sûre par contre :  je viens d’avoir pour la première fois de ma vie une conversation passionnante dans les WC des femmes.

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