Coui-Coui, le fer à repasser et Anouk Grinberg: Locarno day 2

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Lors de cette première nuit à Locarno, j’ai partagé ma chambre d’hôtel avec un psychopathe du repassage. Ce matin, 6 août, à l’heure où blanchit la campagne, j’entends coui-coui… (le fer à repasser qui glisse sur une chemise). Mon colocataire de chambre s’est levé à 7h du matin pour repasser ses habits et j’imagine les draps de son lit avant son départ pour Zurich.

A 10h, petit déjeuner en chambre. Je m’installe sur la terrasse. Deux moineaux gagneront la guerre et repartiront vainqueur avec un croissant en bec. Le pain au lait est sauf, coincé sous une de mes fesses.

Je dois déménager avant midi pour rejoindre ma futur demeure, un couvent. Depuis des années, je loge chez des nonnes au coeur de Locarno. C’est mon adresse secrète. La première fois, je n’ai pas su lire correctement la carte de la ville. J’ai vu une église perchée sur la montagne. Persuadée que c’était là bas, j’ai grimpé le chemin de Croix. Arrivée, suintante, 25 minutes plus tard et ce au terme des 14 stations tirées des Evangiles, j’ai pénétré dans la nef et me suis adressée à une soeur qui priait pour savoir où se trouvait la fichue réception. Elle était outrée : « Mais enfin mon enfant, vous n’êtes pas dans un hôtel, vous êtes dans la maison de Dieu. » Oui, je le vois bien mais je dois parler à Schwester Gerda qui va me loger, du coup, je pensais que c’était là. « Ah dans ce cas, vous avez fait fausse route, elle se trouve près de la gare. »

« Whaaat? » Sur le chemin du retour, j’ai balancé ma valise à roulettes et maudit toutes les épines de la couronne du Christ. Depuis, je sais que Schwester Gerda se trouve à 3 minutes à pieds de la gare. Je l’aime bien, elle me corrige patiemment mon allemand. Alors quoi de plus normal que de continuer à loger chez elle et de l’inviter, puisque je le peux, à la projection d’Horizontes ?

La semaine dernière, à Wroclaw, lors du festival Nowe Horyzonty, j’avais profité de me faire arrêter et contrôler brutalement par la police (pour avoir malencontreusement traversé le passage piéton au rouge) pour les inviter aussi. Je ne saurai jamais si ces deux agents appréciaient la danse classique cubaine et encore moins s’ils sont finalement venus voir le film. La salle quoiqu’il en soit était complète.

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A 13h15, j’ai rdv avec l’attachée de presse française du festival de Locarno. Je quitte le couvent déjà un peu en retard. Impossible de sortir, les portes sont toutes fermées à double tour, j’essaie avec toutes les clés de mon trousseau. Crise de panique, il est déjà 13h05 et j’ai une interview en direct sur France Culture. L’une d’entre elles cède enfin. Je sors en hurlant et effraie la voisine d’en face qui papote jardinage avec Candide.

Au 4e étage du bâtiment de la poste : le studio d’enregistrement de la Radio Suisse Romande. les locaux sont prêtés durant cette heure à l’émission « la grande table d’été ». Je n’y crois toujours pas : France Culture m’invite. Ils étaient trois à voir le film et ils m’invitent. Parmi les deux autres invités, je reconnais Anouk Grinberg qui prête sa voix au « Dernier passage » de Pascal Magontier montré le soir même sur la Piazza Grande. L’actrice française qui m’avait ému dans « Un, deux, trois, soleil » de Bertrand Blier me spraye le visage avec son brumisateur Evian. Je viens de lui annoncer le début de la troisième guerre mondiale. Dans mon ventre. D’autres gens appellent cela le trac. Et puis, on se retrouve fissa à la même table, tous derrière des micros. Le journaliste nous rassure, il parlera de « l’indicible » dans nos films respectifs. L’indi… what? Merde! Il veut dire quoi ce mot. Panique à bord. Il reste 10 secondes avant la reprise de l’antenne. Je sors discrètement mon téléphone et tapote nerveusement sous la table. Pitié clavier automatique que j’ai en horreur écris le mot correctement pour une fois.

INDICIBLE : Qu’on ne peut exprimer par des mots, indescriptible; Ce qui ne peut pas s’exprimer, ce qui est innommable.

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Racine latine évidente. Sauf qu’en moment de stress, la logique ne vient pas toujours à moi. C’est la deuxième fois qu’un journaliste analyse en profondeur mon film et ce avec perspicacité. L’occasion de découvrir moi même quelle est ma méthodologie de travail. Des questions que je ne me pose pas plus que cela. Je suis autodidacte et avance à l’instinct mais au final, je mets souvent en pratique l’art de la maïeutique made by Socrate. L’interview se déroule donc sans accrocs. A la sortie, Anouk demande même à voir mon film.

Je cours rejoindre la conférence d’Edward Norton qui recevait la veille l’Excellence Award Moët & Chandon avant de rejoindre un dîner avec des professionnels du cinéma à Genève, entre risotto aux truffes et un carpaccio, on élabore des plans machiavéliques qui ne verront jamais jour bien sûr. Et  puis la soirée se poursuit… Ce que je retiendrai d’elle c’est le pitch d’un type au Paravento qui m’a parlé d’un film de Zombies avec des saumons…

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