where the hell is Locarno? Where the hell is Edward Norton?

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Ce 5 août lumineux va me tordre les boyaux en douze, sauf que je l’ignore encore à 7h du matin dans les couloirs de Cointrin. Dans ma besace : des cernes et une gueule de bois à revendre. L’avion Swiss atterrit à Lugano à 9h30. Je voyage avec un journaliste qui doit rencontrer le soir même Cécile de France de Belgique. On file en taxi direction la gare afin de récupérer in extremis la connexion pour Locarno. Le train traverse une multitude de villages bucoliques dont le nom finit tantôt en « o » tantôt en « a ».

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Le check-in à l’hôtel ne se faisant pas avant 15h, on décide de récupérer nos accréditations. J’ai toujours eu celle de la presse mais cette fois ci, je rejoins la file des réalisateurs et autres délégués de films. Après-demain, à la présentation de Horizontes nous seront 5 personnes à monter sur scène. Les badges sont tous prêts. Je prends le mien et file remettre au service de presse mon sac rempli d’enveloppes destinées aux journalistes internationaux. « Non. » « What ? Vous n’avez plus de casiers pour la presse? » « Non. » Et comment je fais pour remettre ces enveloppes nominatives à vos invités? J’essaie de soudoyer une stagiaire, sa boss, la boss de la boss, rien n’y fait. Ma collègue a passé une journée entière à calligraphier des noms de famille sans fautes d’orthographe pour rien.

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Je retourne au bureau des accréditations des médias et convaincs la gentille dame léopardée de déposer le matériel de promotion à son desk. Au moins, les journalistes qui patientent pour l’obtention de leur sésame le liront. Délestée d’un kilo de paperasse, je repars avec la fâcheuse impression que personne ne viendra voir mon film. Comment choisir cet horaire sur un programme aussi riche ? Je croise un anglais qui travaille pour le quotidien The Independent à Londres, il a vu mon film à Wroclaw en Pologne et avait directement Twitté dessus. Il me promet de lancer une rumeur positive.

Je file au restaurant la Cittadella que le directeur du festival Tous Ecrans, Emmanuel Cuénod m’avait fait découvrir il y a trois ans. On commande une assiette qui ne figure pas sur la carte: spaghettis et son homard rieur. Mais j’ai toujours cette mauvaise humeur qui me rode autour. Du coup, à l’heure du café, je passe devant une terrasse et aborde l’attachée de presse française. Il faut remettre l’église au milieu du village: mon film, n’a pas reçu les aides nécessaires et pour assurer une sortie en salles, il doit avoir un max de visibilité et de bonne presse pour qu’un exploitant prenne le risque de le montrer. Alors oui, à Visions du réel, nous avons tout eu : du JT de la RTS, à la Puce à l’oreille, en passant par une pleine page dans Variety et l’Hebdo… Mais c’était en avril, là on est en août et le film doit sortir cet automne, il est impératif que les gens s’en souviennent.

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Comme la chambre n’est toujours pas libre et que j’ai vu « Fight Club » présenté au Fevi en présence d’Edward Norton, je barbote dans le lac entourée de canards puis rejoins une salle sombre avec clim pour un premier film de la rétrospective de Sam Peckinpah : « Coups de feu dans la Sierra ». A 18h30, je retrouve des collègues journalistes à l’entrée de la Magistrale. La soirée d’inauguration s’y tient depuis des lustres. Je connais son déroulement sur le bout des doigts: on commence par les interminables discours en italien, pour la plupart du temps, enfin le buffet devient accessible. La foule se presse et puis on transpire car il fait toujours méga chaud. Du coup, j’entraine mes amis au bar à la fin du discours de Carlo Chatrian, l’actuel directeur. Nous sommes les premiers à être servis. Un morceau de salami entre les dents et me voilà à parler avec Alain Berset, notre conseiller fédéral.

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Je l’ai déjà interviewé plusieurs années de suite du coup son attachée de presse s’est arrêtée pour me serrer la main. Je lui annonce fièrement que cette année je suis invitée en tant que cinéaste. Berset s’approche et semble curieux. De fil en aiguille, je lui glisse que l’OFC n’a pas soutenu comme elle aurait dû (ou pu) mon film. Le vendredi 7 août à 11h, il ne pourra pas se rendre à la projection mais le voilà qui demande le lien du film. En deux secondes je me retrouve avec une carte de visite et une adresse email. Je lui serre la main et me retourne vers mes amis toute contente, mon salami encore entre les dents.

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Et puis je tombe nez à nez avec Udo Kier que j’avais déjà rencontré il y a deux semaines à Karlovy Vary. Un vrai gentleman. L’acteur allemand fait partie du jury de la compétition internationale. Je lui explique que je présente le même film qu’en République Tchèque et me rends compte qu’il pense que je le soudoie, je tente une marche arrière, en insistant sur le fait que je ne suis pas en compétition. Il me dit qu’il le verra. J’insiste en disant que non puisque je ne suis pas en compétition. Il me promet le contraire. Sauf qu’il ne connait pas le titre de mon film.

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« You’re late! »

19h30 : On quitte les lieux au plus vite pour trouver une table sur la terrasse d’un restaurant avant que le reste de la foule ne pense faire la même chose. « Vous devez être à 20h45 devant le tapis rouge » nous a précisé à plusieurs reprises la représentante de Moët & Chandon. En tant que journaliste, je suis invitée par la marque de champagne. On nous offre la possibilité de faire des photos avec Edward Norton qui reçoit un «prix d’excellence». Sauf que nos pizzas peinent à sortir du four, nous voilà en retard et il faut contourner la Piazza Grande pour arriver au rdv. 21h08, l’attachée de presse nous fusille du regard. Je regarde autour de moi, tous les journalistes romands sont en retard. Tous. Sans exception. Par contre, les Alémaniques sont déjà de l’autre côté de la barrière. Nous venons de rater notre photo avec l’acteur américain. Impossible aussi de rejoindre le carré VIP au centre de la Piazza Grande malgré nos badges rouges. « La place est full », nous répète-t-on. On file au Fevi, où la cérémonie est retransmise en duplex.

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Avant la projection de «Ricki and the Flash» de Jonathan Demme avec Meryl Streep en chanteuse de rock, Carlo Chatrian tente de cacher la déception de ne pas avoir l’actrice américaine à ses côtés. Du coup, marketing oblige, les distributeurs du film ont offert une rose aux spectatrices de la Piazza. « Allez, maintenant saluez la caméra avec votre fleur, c’est pour une photo souvenir qu’on enverra à Meryl. » J’imagine aisément l’actrice sexagénaire découvrir quelques heures plus tard le cliché sur son ipad alors qu’elle cuisine une recette vegan dans sa demeure hollywoodienne et lâcher, les mains enfarinées mais glutenfree, un « what the fuck is that ? »

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Bref, à la fin du film, nous sommes tous conviés à la fête que la marque de champagne organise. On arrive un brin en retard, je croise mon ami journaliste anglais, il me présente à sa clique comme la révélation du cinéma suisse. On me demande de pitcher mon film mais, je vacille, je ne sais pas me vendre. Bah, c’est une vieille danseuse… Gloria Swanson version cubaine… et puis je me fais interrompre:  « Edward Norton vient de partir » me lâche un représentant de Moët.

What? Je l’ai encore raté?

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Le « pop » d’une bouteille s’entend au loin et me ramène à la véritable raison de ma présence. Tant pis. Buvons. C’est précisément à ce moment-là que le salami, que je transportais clandestinement dans ma bouche depuis des heures, s’est enfin décoincé.

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