Vienne, Mozart et Michael Haneke en Weihnachtsmann

Retrouvailles avec mon premier amour : Vienne. J’y déployais mes ailes il y a pile 20 ans. Aujourd’hui, j’y présente mon court-métrage « My Honeymoon » et me rends compte que déjà à l’époque j’avais cette envie cachée de faire du cinéma…

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J’avais 18 ans et le bac fraichement en poche. La capitale autrichienne se présentait à moi comme la première halte de mon année sabbatique. J’avais 18 ans et m’imaginais peintre, danseuse du ventre, historienne, je me voyais sauver des bébés phoques au bord du Nil et apprendre à mordre les cordes d’une guitare électrique à l’instar d’un Jimi Hendrix. Je partais déjà dans tous les sens mais une chose était sûre : j’avais 18 ans et, après trois années passées dans un internat de jeunes filles catholiques, je rêvais d’horizons lointains.

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D’octobre 1993 à mars 1994, j’ai vécu dans un studio décati dans le 18e, au numéro 21 de la ruelle Mitterberg. J’ai griffonné des silhouettes de femmes nues dans un atelier à l’Académie des beaux-arts, pris des cours de langue allemande avec des réfugiés bosniaques qui se cachaient, effrayés, derrière les voitures à chaque fois que la police passait. J’ai découvert les cafés traditionnels de la ville, bu du Sturm, dansé pour la première fois sur de la techno, visité la Sécession, discuté avec Gustave Klimt et Egon Schiele (en rêve). J’ai joué aux échecs avec Stefan Zweig et tenté de voler comme « Fraülein Else » d’Arthur Schnitzler ce qui m’a valu une succession d’entorses.

Et puis un soir, dans la chapelle de l’Albertina, j’ai découvert le Requiem de Mozart. Un électrochoc. Le lendemain, je ramenais dans mon 18 mètres carré une machine à écrire. J’avais convaincu la secrétaire du département français de l’Université de m’en prêter une. Sur ma table, un bloc de feuilles blanches et un thermos constamment rempli de thé des Moines. J’ai passé les deux semaines suivantes enfermée à la maison. J’ai écrit frénétiquement « 101 lettres à Océan » tout en écoutant en boucle le CD du Requiem. Depuis, dans un de mes 33 déménagements, j’ai perdu le scénario de ce qui aurait pu devenir mon premier long-métrage. Quoiqu’il en soit, je n’ai jamais autant pleuré que durant ces deux semaines. Mon protagoniste se mourait au fil des pages comme Mozart. Ma chambre sentait le Tipp-Ex que j’utilisais pour corriger les fautes de frappes. Un beau matin, j’ai tapé « Fin » et je me suis couchée, exténuée.

bennysvideoPendant que je dormais, à la fenêtre, l’hiver cédait sa place au printemps. Quelques semaines plus tard, je rencontrais Arno Frisch, un étudiant issu d’une bonne famille viennoise. Il vivait encore chez ses parents ce qui fait qu’il préférait dormir chez moi. On buvait du vin rouge tout en refaisant le monde. Je pratiquais le dimanche mon allemand avec sa grand-mère. Un jour je suis tombée sur un classeur rempli d’articles sur lui. Il avait tenu, l’année précédente, le rôle principal dans «Benny’s vidéo» de Michael Haneke.

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Quelques temps plus tard, il m’a invité à diner avec le cinéaste autrichien et l’équipe de ce film. Par un pur hasard, je me suis retrouvée assise à côté de celui que j’admire encore tant aujourd’hui. Haneke me parlait en français, me questionnait sur mes études et déversait autant de bienveillance à mon égard que de crème au chocolat sur sa glace vanille. Avec sa barbe déjà blanche, je l’imaginais à merveille déguisé en Weihnachtsmann, le père Noël local. Quelques jours plus tard, je quittais le pays. J’emmenais ma malle de 40 kilos, et les deux casseroles achetées sur place, sur le quai numéro 3 de la gare. A l’époque, je prenais encore le temps de voyager avec le train de nuit.

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Et puis, en 1997, me voilà à faire la queue devant une cabine téléphonique de la place de la République à Paris. En face de moi, le visage d’Arno Frisch en grand sur l’affiche du nouveau film de Haneke. Le lendemain, je sortais titubante de « Funny Games ». Mon ami y tenait le rôle d’un psychopathe prenant en otage une famille et dans la foulée les spectateurs. Une violence psychologique sans nom qui m’a empêchée de dormir durant une semaine. Dire que je trouvais Haneke parfait en père Noël… J’en ris encore.

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