Peau de phoque sur les pentes du Val d’Anniviers historique

Premières neiges donc premières glissades à St-Luc et Chandolin. Deux stations de montagne traditionnelles pour les épicuriens férus d’authenticité. Un paysage bucolique digne d’une carte postale.

Copyright Romain Daniel / Sierre-Anniviers Marketing

«Essayez de convaincre une vache de vous suivre dansces chemins escarpés ! Je vous assure que ce n’est pas la même chose que de promener son chien», s’amuse Charlotte Renaud Boutilly en regardant les photos de la désalpe du Val d’Anniviers, de septembre dernier.

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Animations folkloriques et ambiances musicales complètent la descente des troupeaux en plaine. Dans le cortège, parmi les reines fleuries, se distinguent Titeuf (la vache pas l’enfant terrible de préaux) et la directrice du Chandolin Boutique Hôtel. Ce chalet cossu en pierre et bois de cèdre au design résolument zen a d’ailleurs été consacré en 2019 «meilleur hôtel de montagne en Europe». Sacrée à deux reprises reine laitière, Titeuf broutera son foin cet hiver dans une étable de la station de ski et nous – les clients de l’établissement quatre étoiles – goûterons sa délicieuse tomme à l’affinage maison.

 

Perché à 2000 mètres d’altitude, Chandolin peut se vanter d’être l’un des plus hauts villages d’Europe habités à l’année. Cette terre d’accueil de poètes et d’artistes hébergea Edouard Ravel et surtout l’inénarrable Ella Maillart, notre aventurière genevoise née (comme les cardons) à Plainpalais.

Ella Maillart, notre «Tintin au pays des Soviets»

Ma besace à peine déposée à l’hôtel, je glisse sur le chemin enneigé  – dans une paire de baskets 100% inadaptée à la situation – vers l’Espace Ella Maillart, lui même situé à deux minutes du chalet «Atchala» construit en 1948. L’écrivaine, aussi  photographe et journaliste, y recevra durant plus d’un demi siècle ses fidèles amis comme Miette de Saussure et sa fille qui, à cette époque ignore encore qu’elle deviendra une future star du grand écran. Je parle de Delphine Seyrig.

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Ella Maillart, invitée de marque de la station, reçoit même le titre de «Bourgeoise d’Honneur» de Chandolin en 1985. Dans le minuscule musée dédié à l’exploratrice, on s’évade au Népal avec son ascension vers le lac sacré de Gosainkund en 1951. Des objets glanés aux quatre coins du globe sont exposés comme une affiche invitant le public à une causerie sur les vallées perdues du Caucase.

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Piquée par la curiosité de cette vadrouille, j’achète son livre «Parmi la jeunesse russe – De Moscou au Caucase» glané dans une boutique du village, entre les barres chocolatées Ovomaltine et les chips Zweifel (kit de survie vital pour tout skieur suisse qui se respecte).

Chandolin_60098.jpgLivre que je dévore sur le balcon de ma chambre avec comme voisine la couronne impériale et ses cinq cimes de plus de 4000 mètres d’altitude: le Weisshorn, le Rothorn de Zinal, l’Obergabelhorn, la Dent-Blanche et le Cervin. Impossible de ne pas comparer son épopée avec celle, imaginée, d’un autre reporter. En effet, «Tintin au pays des Soviets» sortait à la même époque. C’était en 1929.

Inspirée par l’alpiniste de renom, je rejoins un membre de l’office de tourisme du Val d’Anniviers qui va m’initier aux activités sportives de la région. Dans le magasin de location, l’employé, très charmant au début, se transforme soudain en goujat.

-Comment ça vous voulez connaître mon poids ?

– Euh… c’est pour les fixations.

On commencera par la peau de phoque. La région a mis en place sept pistes balisées pour les passionnés de ce type de randonnée. Aussitôt le premier virage entamé, je frôle le claquage de muscle, la crise d’asthme et une attaque de rage en découvrant sur le cadran de ma montre que seulement 10 minutes venaient de passer. Alors quand un couple de retraités nous dépasse, je jette mes bâtons. Ce n’est pas demain que j’en ferai avec Sylvain Tesson en Sibérie. Et à quoi sert cette ascension absurde qui pourrait se faire assis tranquilou bilou sur un télésiège ? Cette escapade façon «Nanouk l’Esquimau» de Robert Flaherty s’est terminée à précisément 38 mètres du magasin de location. Rideau.

Bien. Essayons la luge alors. Nous voilà prêt à descendre à tombeau ouvert sur la piste de luge de 3,5 kilomètres depuis le sommet du télésiège du Tsapé (altitude 2500 mètres). Si dans ta vie précédente tu étais aussi un chien, tu sauras de quoi je parle. Rappelle-toi : la bouille sortie de la fenêtre de la voiture et ce vent qui fouette les gencives. Bonheur grisant.

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Le soir, au restaurant bistronomique «le Chalet», on testera la fondue dite «Anniviarde», proposée les jeudis soirs ou sur réservation 24 heures à l’avance. Cette spécialité du cru, sorte de fondue chinoise avec de la viande séchée à l’air des montagnes, s’accompagne de sauces et de frites. Ici, la viande est aromatisée d’herbes sauvages. Un délice ! Au cœur de l’hôtel, «le Restaurant» valorise aussi les produits régionaux, de la vallée ou du Valaisque le chef intègre dans son menu gastronomique. Résultat : une note de 15/20 au Gault&Millau. Et le Michelin alors ? Leurs guides semblent effrayés à l’idée de faire crisser leurs pneus dans les virages en épingles à cheveux qui donnent droit à ce menu. Dommage, l’étoile serait largement méritée.

La Belle Epoque de St-Luc

«Rassurez-vous, rater le bus est bien le seul cauchemar qui puisse vous arriver à Chandolin». Cette mère de famille, unmembre de la classe supérieure des alpha, d’Aldous Huxley, sourit en nous voyant courir les skis en croix devant le car postal. Car oui, nous partons bien pour St-Luc.

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La porte automatique du Grand Hôtel Bella Tola & St-Luc s’ouvre et là, magie : «Ô temps ! Suspends ton vol», nous lance Lamartine engoncé dans sa redingote. Les salons en enfilade regorgent d’un mobilier ancien riche en anecdotes comme ce miroir au travers duquel les parents d’un client se seraient vus la première fois.

hotel_bella_tola_historique203.JPGEntre la décoration florale et le piano à queue bruissent encore les robes longues d’antan. Nous sommes dans l’un des plus bel hôtel historique et alpestre de Suisse avec trente-et-une chambres dont dix historiques et sept, plus spacieuses, appelées nostalgiques. «Etage Belle Epoque, tout le monde descend», semble-t-on entendre en écho lointain dans l’ascenseur.

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Tout démarre en 1859. Pierre Pont ouvre un premier hôtel pour satisfaire la demande d’un curé. Le bâtiment de l’actuel hôtel est construit en 1883. Les clientes rejoignaient la station, assises sur une chaise à porteurs soutenue par des villageoises. La noblesse anglaise, friande de séjours alpins, s’empresse de découvrir ce village construit au flanc de la vallée. Ils devinrent rapidement les meilleurs ambassadeurs de l’établissement. Parmi eux, Elizabeth Lady Brunner, décédée à 98 ans, elle ne jurait que par la chambre 407. Le père de Lady Diana, Lord Spencer a aussi laissé un témoignage de son passage dans l’un des livres d’or.

Bellatola_terrasse_spa4.JPGAujourd’hui,la famille Buchs dirige cet établissement. Ils ont repris les rênes en 1996 de ce lieu historique. Le patrimoine et l’esprit d’hospitalité perdurent dans ce musée vivant où les pensionnaires se connaissent tous. Anne-Françoise Buchs orchestre des rendez-vous culturels qui se déclinent au fil des saisons : concerts de musique classique, harpe, piano ou accordéon à côté d’un feu de cheminée qui crépite. En mars, place au jazz. Et tous les jeudis, la propriétaire organise un tour historique des lieux. Côté ski, car on est quand même là pour ça, le Val d’Anniviers possède trois domaines skiables et 42 installations qui irriguent 210 km de pistes que l’on rejoint grâce aux navettes gratuites. En été, cette « station des étoiles » propose des balades jusqu’à l’observatoire François- Xavier Bagnoud, le Planétarium et le sentier des planètes.

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In vino veritas

C’est au milieu des vignes familiales qu’Anne-Françoise Buchs a vécu son enfance. Elle y puise son inspiration pour les produits de son spa. L’emploi du raisin en cosmétologie remonterait déjà à l’époque de Louis XIV : on utilisait le vin vieilli sur le visage pour rehausser son teint.

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Après une longue journée de ski et un massage relaxant aux pochons de fleurs aromatiques d’Anniviers, je craque pour les linguine aux morilles et les filets de perche de Rarogne avec une sauce safranée de l’annexe « Chez Ida » (13/20 au Gault&Millau).

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Les mardis soirs, au restaurant Tzambron (« petite chambre » en patois), une grande tablée accueille tout le beau monde pour une raclette. Un coude à coude qui tisse de nouvelles amitiés.

Romain Daniel / Sierre-Anniviers Marketing

 

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