Le festival de Cannes et une courgette, what else?

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« Depuis quand vais-je à Cannes ? » Voici la question qui m’a taraudée durant mon récent séjour sur la Côte d’Azur. Je manque d’exactitude dans ma vie mais je pense avoir foulé le sol de la Croisette une quinzaine de fois. 15 années à cumuler des ampoules aux pieds, à hurler un « je n’ai plus rien à me mettre! » devant ma valise vide alors que je sors à peine d’une projection et que je dois me rendre à un cocktail de la plus Ôôôte importance. Mais je retiens surtout 15 années durant lesquelles j’ai cumulé des 4 heures de sommeil par nuit pour décuver dès 8h aux projections (qui commencent à 8h30). Lovée dans mon siège, j’ai pu applaudir, renifler, m’endormir, sursauter, gémir d’impatience devant parfois les plus beaux films du monde.

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Je me rappelle, en 2009, avoir assisté au couronnement de Xavier Dolan monté une fois, puis deux, puis enfin trois sur scène lors de la remise des prix de la Quinzaine des Réalisateurs. Il n’avait que 19 ans et présentait son premier film « J’ai tué ma mère ». Un cinéaste venait de naitre. Depuis, ce dernier est devenu un habitué du festival, ne présente-t-il pas ces jours en compétition son nouvel opus avec Léa Seydoux et Marion Cotillard ? Je me rappelle avoir aussi passé la soirée de clôture avec le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan, alors juré de la 62e édition du festival. J’étais son + 1. Sur la plage archi VIP du Palais, nous étions entourés par les lauréats et le reste du jury. Michael Haneke, mon cinéaste préféré, venait de remporter la Palme d’or pour « le Ruban blanc ». Je me rappelle, ce soir-là, avoir sifflé ma coupe de champagne avant de balancer au serveur que lui et moi étions les seuls inconnus de cette fête.

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Cette année, j’y retourne avec Nespresso, partenaire Officiel du Festival pour la 9ème année. La marque de café soutiendra, pour la sixième année consécutive, le « Grand Prix Nespresso », décernée au réalisateur du meilleur premier film de la Semaine de la Critique. Comble du hasard, j’arrive le jour même que George Clooney (de là mon « what else » dans le titre au cas où vous n’auriez pas compris). Dans l’exaltant « Money Monster » de Jodie Foster, présenté hors compétition, il campe un journaliste spécialiste en économie qui se fait prendre en otage en direct alors que Julia Roberts, sa productrice, tente par tous les moyens de le sauver.

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Tandis que la pretty woman foule le tapis rouge pour la première fois de sa vie, et ce pieds nus, un peu plus loin, sur la Plage Nespresso, on s’apprête à découvrir la cuisine du chef étoilé Armand Arnal. Ce dernier prévoit de régaler ses convives en s’inspirant du film « Underground » d’Emir Kusturica, Palme d’or en 1995.

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La marque de café helvète collabore durant cette édition avec trois grands chefs qui se succèdent en cuisine pour lier leur gastronomie à leur passion du cinéma, on appelle ces dîners exclusifs « Les Chefs Font Leur Cinéma » et autant dire qu’ils sont sacrément arrosés de champagne.

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Ainsi, avant l’agneau au Grand Cru Rosabaya de Colombia (si, il s’agit bien du nom d’une capsule de café), voilà que débarque à peu près de nul part la fanfare Orkestar Radio Thrakia, l’occasion d’envoûter les 80 invités dans le rythme tsoin tsoin des Balkans. Dans un moment de lâcher prise, j’ai hésité à sortir le pistolet de ma pochette MiuMiu pour accompagner leur musique de quelques coups de feu histoire de rendre moi aussi hommage à la folie de Kusturica mais on m’a rapidement rappelé que la police antiterroriste, sur les dents, auraient des snipers cachés sur les toits. Plus tard dans la semaine, ce sera au tour de Jean-Franҫois Piège (Le Grand Restaurant, Paris, France – 2* Michelin) de revisiter son film fétiche: « Le Guépard » réalisé par Luchino Visconti, Palme d’Or en 1963.

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Le lendemain, après 27 cafés et 2 aspirines avalés cul sec, direction les salles de projection. J’ai déjà pris de l’avance en voyant « Nice Guys » de Shane Black à Genève. Deux détectives privés, Russel Crowe et Ryan Gosling, se perdent dans une ambiance à mi-chemin entre L.A. Confidential et le Dahlia noir et enquêtent sur le prétendu suicide d’une starlette. L’alchimie des deux acteurs donne un résultat hilarant. Du coup, je file à la salle Debussy. Avec mon badge presse, je ne perds pas des heures dans les interminables files.

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La section Un Certain Regard a retenu « Uchenik » (« Le Disciple »). Pour ce film, le metteur en scène de théâtre Kirill Serebrennikov adapte une pièce de l’auteur allemand Marius von Mayenburg. En bref, à Kaliningrad, un collégien ne jure que par la Bible et rejette Darwin, la science et les bikinis portés par les filles de sa classe. Nous sommes dans une ère post-communiste où le diktat de la foi revient en force avec en toile de fond de vieilles enseignantes qui, anxieuses face au changement, récitent par coeur les bonnes actions de papa Staline.

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Le même jour, deux franco-cambodgiens présentent leur opus. A la Semaine de la Critique, Davy Chou suit dans « Diamond Island » une bande de jeunes prolétaires fraichement débarqués à Pnom Penh. Il dépeint une capitale en pleine mutation économique tandis que Rithy Panh revisite dans « Exil », projeté en séance spéciale, son triste passé intrinsèquement lié au génocide perpétré par les khmers rouges. Davy, sa paire de baskets ancrée dans le présent, surpasse de par sa poésie l’approche filmique du deuxième en quête éternelle de son image manquante.

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Il reste une section parallèle que j’aime de plus en plus : l’ACID. L’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion, soutient depuis 1992 la diffusion en salles de films indépendants et propose cette année « Tombé du ciel » du libanais Wissam Charaf déjà sélectionné au festival de Locarno avec « L’armée des fourmis ». Cette satire sur la vie au Liban après la guerre est co-produite par l’équipe de Né à Beyrouth sans laquelle je n’aurais jamais pu réaliser mon court-métrage « Le deuil de la cigogne joyeuse » tourné au Liban en 2009. Je vois dans la foulée « Le Parc » réalisé par le français Damien Manivel. Une perle. Un petit bijou de simplicité qui conte durant une journée et une nuit, l’histoire d’un amour naissant puis soudain blessé d’une adolescente perdue dans la forêt d’un parc. Comme quoi avec peu de moyens on peut réussir son film.

Pendant ce temps, la Plage Nespresso accueille les jurés de la Semaine de la Critique pour des « sessions-interviews-au-soleil-quand-le-vent-n’en-décide-pas-autrement »mais aussi pour se restaurer et se relaxer. On reconnait ici Valérie Donzelli, révélée dans cette section parallèle avec le sublime « La guerre est déclarée ».

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De son côté, Vincent Lacoste, qui donne la réplique à Virginie Efira dans « Victoria » de Justine Triet, attend son tour pour passer au micro d’une chaine francophone, un peu plus loin, l’élégante nouvelle ministre de la Culture, Audrey Azoulay se fraie un passage, sourire aux lèvres, entre les tables. Deux mannequins russes friment en maillot de bains assises à une table tout en lorgnant sur des producteurs. Vu le vent glacial, elles se sont sûrement préalablement enduites le corps de graisse de baleine.

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Et pour clore ce séjour rapide mais tout de même cinéphile, j’éviterai de parler du carnage gastronomique de Bruno Dumont. « Ma loute », actuellement sur les écrans au Grütli à Genève, m’a hélas laissé tiède. L’hystérie des personnages, drôle au début, gonfle vite. Il dépeint une bourgeoisie branquignole qui se mue peu à peu en pièces de viande prêtes à se faire déchiqueter jusqu’à l’os par des pauvres pêcheurs. Mais ça reste une critique sociale hélas un brin ampoulée.Capture d’écran 2016-05-20 à 10.48.17.png

Non. Je parlerai plutôt du conte pour adulte qui a séduit la Quinzaine des Réalisateurs. « Ma vie de Courgette » a littéralement fait pleurer la Croisette. Et vous savez quoi? Il s’agit d’une oeuvre valaisanne (oui… bon, suisse) coproduite par le tandem de Rita. Signé Claude Barras, ce film d’animation en stop motion suit un petit garçon qui se retrouve dans un orphelinat et caresse nos souvenirs douloureux.

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On ressort de la salle avec l’envie de se défaire une fois pour toutes de ces casseroles qu’on transporte avec nous dans la grisaille de notre monde adulte. Vous savez, celles qui enrichissent nos psychologues.

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