Le Four Seasons Tented Camp : Le Triangle d’Or et Catherine Deneuve

10h30. Sam, le chauffeur de la limousine du Four Seasons m’attend aussi précis qu’un Suisse qui aurait avalé un métronome. Dans la voiture, le Bangkok Post, le journal du jour (certainement préalablement repassé comme le fait le majordome dans la série « Downton Abbey »), une carte de la région en cuir et une bouteille d’eau fraiche. Nous quittons les embouteillages de Chiang Mai pour rouler direction le nord-est durant 4 heures. Mais ça c’est de ma faute. A une lettre près, j’aurais pu atterrir dans la bonne ville. J’ai confondu Chiang Mai et Chiang Rai au moment de booker mon avion. Pour rejoindre le Four Seasons Tented Camp autant voler directement à Chiang Rai histoire de ne faire que 60 kms de route et d’éviter 267 virages sans dramamine sur soi.
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Aux confins du Laos, de la Birmanie et de la Thaïlande se trouve donc ma destination: le Triangle d’Or et le campement de luxe qui m’accueille ces 48 prochaines  heures. Ce dernier trône au bord du confluent du Mékong et de la rivière Ruak dans la partie montagneuse du pays, où vivent encore de nombreuses tribus.
C’est ici que se produit et se vend l’opium (je n’ose pas mettre cette phrase au passé). Sam m’explique que le nom de cette région vient du fait que ce narcotique se payait jadis en or, la valeur sûre. Et quand on parle d’opium, on parle aussi d’or noir. Au village, proche du campement, on peut visiter le très intéressant musée Hall of Opium,  sur l’histoire de cette drogue, cause dans cette région de guerres civiles, massacres, viols et j’en passe.

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Moi, j’ai en tête Catherine Deneuve dans « Indochine » de Régis Wargnier. Ce personnage féminin autoritaire qui dirige une plantation d’hévéas et une usine à caoutchouc et qui s’allonge, las de son combat, dans une opiumerie. Cette femme épuisée aspire puis lâche prise sur ses difficultés. Elle se crée, en plein milieu des années trente, c’est à dire dans un Vietnam encore colonial, son nuage d’oxgène.

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On m’explique que sur le territoire birman cette fleur pousse encore en grande quantité tout comme en Afghanistan et au Pakistan (de manière illégale) alors qu’en Inde et en Turquie elle est légalisée car destinée à des fins médicales. Quid de la Thailande? Elle est interdite aujourd’hui. Feu la reine mère, dans les années 80, en a fait son combat. Elle a transformé ces champs en plantations de thé, de café ou de fruits offrant une vie meilleure aux agriculteurs de la région jadis victime de la corruption.

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Pour rejoindre le Four Seasons, on doit faire un trajet de dix minute en bateau privé. A l’embarcadère, je donne mon passeport car même si je ne traverse pas la frontière cette zone de la rivère est considérée comme internationale. D’ailleurs, Sam me pointe du doigt un casino côté Laos. « Il y en a d’autres du côté birman », rajoute-t-il. Les mauvaises langues parlent de blanchiment d’argent. Beaucoup de Chinois viennent jouer ici.

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Le camp propose toute une série d’activités dont une visite d’une demi-journée du côté birman, la découverte de Doi Mae Salong, un village peuplé de Chinois qui parlent encore le mandarin et travaillent le thé dans les montagnes ou un tour historique dans les villes de Chiang Rai et de Chiang Saen. La région vallonnée est aussi propice aux trekkings et aux promenades. On peut découvrir les tribus et les minorités ethniques de la région mais j’avoue que voir les femmes girafes dans un cadre similaire à celui d’un zoo ne me tente pas plus que cela.

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En ce qui me concerne, on m’orchestrera le lendemain un tour de la région en bateau avec quelques arrêts notamment au marché de Chiang Saen à 10 minutes en bateau et 15 minutes en tuk-tuk. A l’intérieur des remparts de la ville, les ruines de 66 temples se visitnt. Rien à voir avec Angkor Wat au Cambodge mais la promenade dans le royaume Lanna en vaut la peine. La dernière halte de l’excursion se fait sur le sommet d’une colline au Wat Phra That Pu Khao, un temple construit en 1302. Là, c’est la vue qui bluffe: on se retrouve face au Triangle d’or avec les rives des trois pays et des bateaux-navettes qui desservent les casinos en Birmanie et au Laos.

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Je le dis haut et fort, le camping ce n’est pas ma tasse de thé. Dormir éventuellement – et ce sur un malentendu – à la belle étoile, passe encore, mais me coltiner une tente qu’on zippe et dézippe chaque dix secondes parce qu’on a oublié un truc tantôt dehors tantôt dedans pour devoir finalement se battre toute la première partie de la nuit avec un moustique et la seconde avec une pierre située pile au niveau du bas du dos. No gracias. Par contre, le camping de luxe : si señor, parce que j’adore ça. Je dirai même plus: je suis faite pour ça.

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Quand j’ai découvert ma tente (il n’y en a que 15), une sorte de cabinet de curiosités, avec une baignoire ancienne au milieu, un parquet en bois, un lit king size, de fausses cornes en guise de poignées de robinet, une cafetière Nespresso et une terrasse aussi longue que mon appartement, j’ai frôlé l’évanouissement. Et en plus, le mini bar est à discrétion! De quoi savourer sur le champ un Johnnie Walker 12 ans Black Label histoire de profiter à sa juste valeur de la vue. En premier plan, j’ai un champ, puis la rivière Ruak, la Birmanie et derrière les montagnes du Laos. « What else ? » Dirait machin truc.

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En fin de journée, j’ai bravement traversé un pont suspendu pour rejoindre le Burma Bar, il est conseillé d’y venir autour des 17h30 pour apprécier le coucher du soleil tout en sirotant un mojito aux fruits de la passion ou un martini lemongrass dans une décoration cosy qui mêle un esprit dandy chic à l’artisanat local.

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Une heure après, je rejoins la cabane spa dont une partie est suspendue dans les airs. La masseuse m’initie au massage thailandais en réussissant un triple saut périlleux pour atterrir pile sur mon arrière-train. J’ai opté pour 30 minutes de massage thaï puis 1h de massage relaxant à base d’huiles essentielles.

A la fin, un employé m’attend, une lampe torche à la main, nous traversons à nouveau le pont suspendu. « Chut! Je lui demande de s’arrêter. Vous entendez? » Au loin, l’écho des chants des moines birmans. Il fait nuit mais j’imagine leur stupa doré, je les imagine face à un Boudha blanc, assis en tailleur. Il y a pile un an, je passais dix jours dans un centre Vipassana à Rangoon pour m’initier à la méditation. Un an déjà.
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Avant de dîner, on me fait découvrir la cave à vin, grande fierté de l’établissement. Tous les soirs, une dégustation « cheese and wine » est organisée pour les amateurs et au dîner une sélection quotidienne de deux vins rouge et deux blancs se marient au menu composé d’une entrée, d’une soupe, d’un plat et d’un dessert : cuisine thaïe ou européenne selon les goûts. Ce soir, j’opte pour un Pinot Grigio puis un Malbec. Après le dîner, je rejoins Morphée en me promettant le lendemain matin de profiter de la piscine et du jacuzzi en plein air. Parce que comme je le répète : lézarder est un métier qui doit se pratiquer quotidiennement.

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