La vie moderne de la biennale et la cochonnaille lyonnaise

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L’escapade du moment? Lyon et sa biennale. A deux heures de train de Genève: un weekend de rêve entre culture et cochonnailles. Jusqu’au 3 janvier 2016, le travail de 60 artistes s’exposent dans l’ancienne capitale des Gaules. Le commissaire invité Ralph Rugoff a choisi « La vie moderne » comme thème. Autrement dit, un dialogue inédit entre le présent que nous partageons tous et la réalité que nous imaginons autre.

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La Sucrière

De la gare Lyon Perrache, on rejoint la Sucrière (deux arrêts de tram) qui abrite une première partie de l’exposition. Construit sur 4 niveaux, cet ancien entrepôt des années 30 est aujourd’hui entièrement rénové.

Dans la halle principale, Haegue Yang conçoit une installation monumentale composée de plus de 500 stores vénitiens. Avec « Sol LeWitt à l’envers – structure à trois tours, agrandie 23 fois, divisée en trois », le titre sans fin de son oeuvre, l’artiste se réfère à l’un des pionniers de l’art conceptuel.

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Haegue Yang et Céleste Boursier-Mougenot

Céleste Boursier-Mougenot is everywhere cette année. L’artiste représente la France à la Biennale de Venise 2015 avec ses arbres mobiles et son œuvre vient d’être montrée au Musée d’art contemporain de Tokyo. Céleste titille, ici, l’ouïe des visiteurs et présente ce qu’il appelle des «formes sonores vivantes». Une batterie entourée de noyaux de cerises qui à la fréquence précise d’un métronome tombent du ciel pour se crasher violemment sur les cymbales provoquant le sursaut des visiteurs.

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Céleste Boursier-Mougenot

Pour sa part, Kader Attia, fortement remarqué cette année à Unlimited (en tout cas par moi), poursuit son travail. Il répare, soigne, panse. A l’étage de la Sucrière, il suture les cicatrices du temps sur le sol de l’ancien entrepôt.

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Kader Attia

Nguyen Trinh Thi pointe du doigt la mémoire et l’histoire du Vietnam par le biais de photographies. Des témoins montrent de l’index un paysage, un lieu, comme s’il s’agirait d’une scène où un crime aurait peut être été un jour commis.

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Parmi les autres artistes, on salue aussi le jardin obscur et nocturne d’Hicham Berrada, nouvelle coqueluche du moment représenté par Kamel Mennour et Prix de l’artiste Francophone 2015.

Le Musée des Confluences

Après une pause gourmande au café Cousu, direction le vaisseau spatial aussi appelé le Musée des Confluences. La salle 15 abrite une installation filmée dans un immeuble abandonné de Taipei en 2004 et projetée sur quatre murs. Yuan Goang-Ming, pionnier de l’art vidéo à Taïwan, questionne, avec Before Memory, la nature défaite de toute présence humaine et la technologie qui sature notre quotidien.

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Le musée d’art contemporain

Au cœur de la Cité Internationale, le musée d’art contemporain présente la suite de l’exposition principale de la Biennale (on ratera, faute de temps et de voiture, car c’est fichtrement loin, Anish Kapoor qui dialogue avec les lignes épurées de l’architecte Le Corbusier au Couvent de la Tourette).

Emmanuelle Lainé investit les lieux du MAC qui l’accueille et joue sur l’infini en photographiant en grand sa mise en scène (une sorte de chantier qui ressemble parfois à nos appartements après une semaine intense de travail). Elle colle cette profondeur de champ aux murs: la perspective 2D versus 3D intrigue.

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Mohamed Bourouissa, de son côté, récupère le travail d’un épicier de Brooklyn qui a contraint des voleurs pris sur le fait à poser face à son polaroïd leur marchandise en main. La série Shoplifters met en exergue une classe sociale marginale obligée de voler de la nourriture et l’humiliation de se faire prendre la main dans le sac. 

Shoplifters

Mais le génie de cette biennale se cache entre les lignes, ou dans le vent qui fait danser et virevolter les branches folles des arbres de Nightlife de Cyprien Gaillard (merci Dieu de créer des artistes aussi talentueux et de nous octroyer ces moments de poésie). Le vidéaste, et là je cite le catalogue, prend pour point de départ le Penseur de Rodin, endommagé lors d’un attentat en 1970 à Cleveland, puis s’arrête à Los Angeles et Berlin avant de retourner à Cleveland pour finir sur le seul des quatre chênes encore vivants qui furent offerts à Jesse Owens pour chacune de ses quatre médailles d’or aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936. Assis sur un banc dans cette salle obscure, on se laisse emporter par le temps, une paire de lunettes 3D flanquée sur le bout du nez avec la bande son d’Alton Ellis qui susurre en boucle  « I was born a loser ». On se surprend à tendre la main pour caresser du bout des doigts les étincelles du feu d’artifice. En vain.

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Le bouchon des filles, une tradition allégée

On a promis la cochonnaille, alors la voilà. Dans l’ambiance traditionnelle des bouchons, Isabelle et Laura affinent et revisitent les spécialités familiales des mères lyonnaises. En entrée, des betteraves et harengs ou lentilles et cervelas vous attendent dans des saladiers. De quoi saliver avant le feuilleté de boudin ou le lapin aux pruneaux.

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L’artiste argentin Pablo Reinoso accroche des chaises scolaires sur la façade. Dans la bibliothèque, des textes écrits à la craie et des photos de classe des années 50 tiennent compagnie aux pensionnaires dans une ambiance cosy. On déjeune sur des pupitres en bois chinés dans des marchés aux puces. Coté dortoir, les chambres lumineuses ressemblent au carré blanc sur fond blanc de Malevitch. Idéal pour les nostalgiques des culottes courtes.

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Le Mama Shelter

Autre alternative entre adultes consentants: chambres design, accessoires coquins et masques de superhéros en prime, histoire de se rappeler que votre partenaire pourrait lui aussi (par accident) sauver un jour la planète. Au rez-de-chaussée un bar à cocktails méga branché et un brunch XXL pour dessoûler le dimanche matin.

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