Souvenirs tunisiens : la bohème glam du septième art et l’insouciance, son amie d’enfance.

Lorsque j’ai retranscrit l’interview enregistrée la semaine dernière de Carmen Chaplin, le timbre de voix doux et réservé de sa sœur aînée, Dolores, m’est revenu en tête. L’occasion d’un flashback sur notre séjour en Tunisie alors que le pays pleure aujourd’hui ses morts après la fusillade de Sousse.

Dolores Chaplin, jurée du festival international du film de Tunis, lors de la montée des marches de la soirée de clôture.
Dolores Chaplin, jurée du festival international du film de Tunis, lors de la montée des marches de la soirée de clôture.

 J’ai rencontré Dolorès Chaplin à de multiples occasions entre Gstaad, Cannes et Genève mais surtout lors du 4e festival international de Tunis en mai 2010. Elle y officiait comme membre du jury. J’y présentais « Le deuil de la cigogne joyeuse », le seul court-métrage de cette édition, projeté lors de la soirée de clôture. Sur scène, Claudia Cardinale me remettait un prix. La soirée achevait une semaine de festivités hors du commun.

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Les actrices Julie Judd et Ana Girardot lors du déjeuner chez l’ambassadeur de France.

Parmi les moments forts de ce festival « fantôme » qui titillait fortement les souvenirs d’un colonialisme lointain, un déjeuner officiel composé de tajine et de couscous au poisson des îles servis chez l’ambassadeur de France. Le repas s’était terminé par une « battle » au piano entre une star de téléréalité et ce dernier. Je me souviens aussi de ce thé à la menthe siroté sur une terrasse bleue et blanche du village de pêcheurs de Sidi Bou Saïd avec l’actrice Julie Judd et la jeune Ana Girardot qui débutait sur le grand écran. Les petits déjeuners sur la terrasse de notre 5 étoiles ressemblaient, quant à eux, à une lascive danse du ventre. Nous portions des djellabas brodées et restions des heures durant protégés du soleil écrasant à toiser du regard les luxueux voyageurs bohèmes, prédécesseurs de l’étroite étiquette Gypset. Emmanuelle Béart dont le sourire paraissait déjà figé par le poison nous saluait de loin. Le soir, nous partions en cavale avec la présentatrice Hélène Verbois et ses joyeux trublions de Canal +. Nous commettions des actes terroristes en pénétrant dans les demeures privées de la banlieue huppée de Carthage. Nous étions les wedding et birthday crashes most wanted de la jet set corrompue qui se pavanait de jour en Porsche décapotable.

Dolores, elle, s’adonnait respectueusement au dur labeur qu’exige le statut de juré de festival et rejoignait inlassablement chaque jour la salle désuète de cinéma. Car du public, il n’y en avait point, ou peu. Lors de la soirée de clôture, nous étions une quarantaine d’invités étrangers à descendre d’un bus privé. De nombreux parisiens – dont nous ne comprenions pas trop la raison de leur présence mais qui à force de se plaindre se faisaient passer pour des Very Important People – s’impatientaient devant le tapis rouge bardé de photographes locaux. Nous attendions les consignes des organisateurs du festival. Ceux-ci semblaient en plein litige avec les gérants de la salle. Pour raison de non paiement, les propriétaires refusaient d’ouvrir leur cinéma.

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Sur scène avec Julie Judd et Claudia Cardinale, après la projection du « Deuil de la cigogne joyeuse »

Le festival nous est paru soudain sur la paille. Et toutes ces paillettes et ce facétieux bling bling? Une porte béante venait de s’ouvrir sur la vitrine crasseuse de ce septième art, véritable gouffre financier pour un pays touristique en quête déséspérée de médiatisation. Finalement, une liasse de billets est passée de main en main, le festival a pu célébrer la remise de ses trophées aux films en compétition et j’ai pu dîner aux côtés de l’actrice italienne née à Tunis que j’ai fini à l’heure du digestif par appeler Claudia. Tout simplement. Mais à quel prix ?

Claudia Cardinale, la magistrale.
Claudia Cardinale, la magistrale.

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