Paris : Noël en compagnie du chat Fa-Raon

En confiant à des artistes la mise en lumière de plus de 120 rues, la capitale française se pare de ses plus beaux atours pour les fêtes de fin d’année. Check-in au Bristol Paris qui m’invite pour un week-end 100% parisien entre ces rivières de guirlandes et un parcours culturel féerique.

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Il s’agit du premier hôtel cinq étoiles français à recevoir l’appellation « Palace » décernée par le ministère du Tourisme en 2011. Dès son ouverture en 1925, l’hôtel particulier devient l’adresse préférée des politiciens français (le Palais de l’Elysée étant à seulement 300 mètres) mais aussi des personnalités du spectacle et du sport à l’instar de Shirley Bassey, David Beckham, Charlie Chaplin, George Clooney, Robert de Niro ou encore la Mona Lisa du septième art, Julia Roberts. Du comptoir de la réception, je guette, curieuse, le lobby en quête d’une tête célèbre et sursaute:

– Dites, ne vous retournez pas mais il y a un chat qui dort sur le coussin de l’un de vos fauteuils de style Louis XIV, XV ou XVI.

– Oui ! C’est Fa-Raon.

– Ah vous le saviez.

– Il vit avec nous depuis 8 ans.

– Autant pour moi.

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On m’explique que les habitués aiment retrouver ce Sacré de Birmanie. Et effectivement, durant mon séjour, j’aurai largement l’occasion, lors de mes allers et retours, de caresser sa robe à poil blanc et de succomber à ses yeux bleus profonds avant d’éternuer dix fois, allergie oblige.

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Jusqu’au 7 janvier, les clients de l’hôtel reçoivent avec la clé de leur chambre et le code wifi une promenade d’une demi-heure en calèche. Ce mode de transport écologico-festif occupe sans vergogne une place de parking devant l’entrée: « Ma foi, pourquoi ne pas commencer ce séjour par une chevauchée fantastique !» Laissons John Ford de côté, dans le fiacre décorée par la créative fleuriste de l’établissement on savoure chocolat ou vin chaud. La ballade s’articule aux alentours du Faubourg-Saint-Honoré, dans le Paris haussmannien, au rythme du cliquetis des sabots, les klaxons et le trafic en plus.

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Cet hiver, l’agenda culturel la capitale de la mode et du luxe s’acquoquine de ses paradoxes avec les expositions de Sophie Calle, Camille Henrot, Yves Saint Laurent, Christian Dior, Malick Sidibé, Irving Penn ou encore Harmony Korine.

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Le Paris Museum Pass en poche, on commence par le Musée de La chasse et de la Nature qui présente sur ses trois étages un large éventail de l’œuvre de Sophie Calle. Son humour, sa sensiblité et sa prose, touchante et cynique à la fois, se distille dans les salons de cet hôtel particulier.

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Elle chasse son spleen suite au décès de son père et s’entoure d’un bestiaire tantôt imaginaire tantôt réel. Un véritable cabinet des curiosités avec comme fil conducteur l’univers personnel de l’artiste française. A la sortie, je ne change pas mon fusil d’épaule et reste décidée à lui demander une greffe de son cerveau à son décès (qu’elle a déjà mis en scène avec l’acquisition de sa future demeure éternelle et l’envoi de sa sépulture via Fedex ou DHL).

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Le soir, virée pour la première fois à l’Opéra Garnier. « Le Sacre du Printemps » de Pina Bausch est au programme. Ce ballet fait partie du répertoire de l’opéra depuis 1997. La danseuse Eleonora Abbagnato, qui interprète l’élue, vêtue de rouge, se frappe la poitrine avec la même force sauvage que la chorégraphe allemande avec laquelle elle a jadis travaillé le rôle. Frissons et standing ovation dans la salle du spectacle, sous un plafond peint par Chagall et un lustre de cristal de huit tonnes, pour cette œuvre majeure créée en 1975 et encore si contemporaine.

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le lendemain, après un petit-déjeuner gargantuesque : jambon serrano, gaufres, pancakes, œufs brouillés aux truffes, viennoiseries et… jus détox (histoire de vivre dans le déni), petite promenade digestive en direction du Louvre. On se faufile dans la queue du musée des Arts décoratifs, dans une aile du bâtiment. Les amoureux de la mode se pressent pour admirer l’exposition consacrée à Christian Dior qui célèbre les 70 ans de la création de sa maison de haute couture. Au fil de cette immense rétrospective plus de 400 robes dévoilent l’évolution de la mode française mettant à l’honneur les courbes féminines.

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L’avant-dernière salle réserve une belle surprise avec la présence de deux couturières. L’une d’elle était encore stagiaire quand elle rencontre pour la première fois le grandiose John Galliano, enfant terrible de la mode, punk excentrique qui fera converser l’impératrice Sissi avec Pocahontas. Elle explique aux curieux le procédé et l’importance de son travail artisanal. les ateliers sont la pierre angulaire de la maison Christian Dior. Les chefs des ateliers Flou et Tailleur reçoivent le croquis du directeur artistique et lui présentent en retour une interprétation: « Parfois, l’esquisse est validée directement mais il arrive que des retouches soient nécessaires pour valider le patron final qui servira à la création du vêtement », explique-t-elle assise devant sa machine à coudre.

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A Montparnasse, Malick Sidibé fait vibrer la Fondation Cartier pour l’art contemporain. Les photographies de l’artiste africain témoignent des festives années soixante où il faisait bon se faire tirer le portrait chez lui et danser le soir au rythme du rock’n’roll et du twist. Le photographe malien enchaine sur sa bicyclette les clubs branchés de l’époque. Son flash crépite créant l’enthousiasme et l’admiration des jeunes. Cette jeunesse bamakoise aborde fièrement des tenues extraverties et sa joie de vivre au lendemain de l’indépendance du pays. A ne pas rater le film au sous-sol : 1h20 de pur bonheur qui se termine sur une note amère, celle d’un pays transformé par la charia.

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Sur le chemin du retour, je m’arrête dans une galerie, une artiste peu connue y exposait une quarantaine de dessins. Mais j’arrive trop tard. L’accrochage est dorénavant réservé à une autre créatrice. Le propriétaire des lieux me fait savoir qu’il lui reste encore quelques tableaux. Et comme nous sympathisons, tout en égarant notre conversation dans les antres du septième art, des voyages et du destin, il se lève brusquement et m’invite à le suivre dans son bureau situé dans le bâtiment adjacent.

– Venez, j’ai une surprise pour vous, lâche-t-il sourire aux lèvres.

David Lynch, de passage à Paris,  se tient assis dans son bureau. La dernière fois que j’ai ressenti une telle joie, c’était à mes 6 ans quand j’ai reçu ma première poupée Barbie. Je le touche. Celui que je considère comme l’un des meilleurs cinéastes au monde est bien là, en chair et en os. Elle existe donc réellement cette magie de Noël… Ensemble, nous ne parlons pas cinéma mais méditation transcendantale dont il est un fervent défenseur versus Vipassana, la seule que je connaisse.

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19h. Je me remémore l’époque des premiers épisodes de « Twin Peaks » durant un soin du visage signé Tata Harper, cette pionnière américaine de la cosmétique écolo que le Spa Le Bristol by La Prairie me fait découvrir dans un espace crée sur mesure et qui aurait pu, sans problème, servir de décor à un film de David Lynch.

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La série était diffusée, sauf erreur de ma part, sur Canal +. En tout cas, c’était les vendredis, en deuxième partie de soirée.  Et pour rien au monde, j’allais rater un épisode. Il y a aussi eu la sublime Laura Dern dans « Sailor et Lula », cet hymne à la liberté, la mélancolique Isabella Rossellini chantant « Blue Velvet ». Chacun de ses films marque un moment de ma vie. Autant dire que j’ai littéralement grandi aux côtés de David Lynch.

You are my father! I love you.

Ah mais quelle tarte, pourquoi lui ai-je dit ça? Erase your head ! Bref.

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20h30. Encore toute secouée par cette rencontre hallucinée et fantasmée, je descends en pantoufles dîner au 114 Faubourg avant de vite remonter dans ma chambre pour enfiler ma paire de bottines. Le chef Eric Fréchon, en plus de gérer cette étoile Michelin, préserve jalousement les 3 autres du restaurant Epicure. Le menu à 5 plats (114 euros) est un voyage en soi. Coup de cœur pour la «Soupe d’artichaut, escalope de foie gras poêlée, émulsion à la truffe», le dessert signature «Millefeuille à la vanille Bourbon, caramel au beurre demi-sel» et… pour l’un des sommeliers, Narcis.

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Celui-ci égaie les papilles en farfouillant parmi les 150 références de la carte des vins. Quand, entre deux accords vins et mets, on le questionne un peu, ce Roumain lève le voile sur un événement marquant de son pays. A quatre ans, il assistait à la rébellion de Timisoara en décembre 1989 alors qu’il jouait dans un parc pour enfants. Apeurés, ses parents se barricadent chez eux. En quelques jours, la fissure aboutit au renversement et à la mort du couple Ceaucescu diffusée à la télévision. Il n’y a pas à dire, la vie est faite de jolies rencontres qui révèlent l’histoire personnelle d’un tel avec l’Histoire.

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